Gazoduc Nord Stream : Pourquoi des soupçons de sabotage après les fuites en mer Baltique ?

GAZ Une double fuite a été détectée sur le gazoduc en l’espace de 24 heures, sans doute un sabotage, entraînant des bouillonnements allant de 200 m jusqu’à 1 km de diamètre

20 Minutes avec AFP
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Vue d'un terminal du gazoduc Nordstream, qui transporte le gaz russe vers l'UE, le 8 novembre 2011 à Lubmin, dans le nord de l'Allemagne, au moment de son inauguration
Vue d'un terminal du gazoduc Nordstream, qui transporte le gaz russe vers l'UE, le 8 novembre 2011 à Lubmin, dans le nord de l'Allemagne, au moment de son inauguration — John Macdougall

Après le rationnement de la Russie, les fuites. L’approvisionnement en gaz de la Russie vers l’Europe du Nord est décidément très compliqué depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. Les deux pipelines exploités par un consortium dépendant du géant russe Gazprom ne sont pas opérationnels à cause des conséquences du conflit, mais tous les deux étaient encore remplis de gaz. Le « sabotage », selon les termes des différents gouvernements, de ces gazoducs ne devrait pas apaiser les relations entre Poutine et ses voisins européens.

Que s’est-il passé exactement ?

Le gazoduc Nord Stream 1 reliant la Russie à l’Allemagne a été touché par deux fuites de gaz en mer Baltique, entraînant une forte chute de pression, ont indiqué mardi les autorités danoises et suédoises, au lendemain de l’annonce d’une fuite dans le gazoduc parallèle Nord Stream 2, qui suit un tracé quasi parallèle sous la Baltique.



« Les autorités ont maintenant été informées qu’il y a eu deux autres fuites dans le gazoduc Nord Stream 1, qui n’est pas non plus opérationnel, mais qui contient du gaz. Il est trop tôt pour dire quelque chose sur les causes des incidents », a indiqué Dan Jørgensen, le ministre danois du Climat et de l’Energie dans un premier communiqué.

Un porte-parole de l’autorité maritime suédoise a également confirmé ces fuites, au large de l’île danoise de Bornholm. Une des fuites sur Nord Stream 1 s’est produite dans la zone économique exclusive du Danemark, l’autre dans celle de la Suède, selon les deux pays.

Quelles sont ses conséquences ?

Les trois grandes fuites identifiées depuis lundi sont visibles à la surface avec des bouillonnements sur plusieurs dizaines de mètres, a annoncé l’armée danoise, images impressionnantes à l’appui. « Le plus grand [bouillonnement] agite la surface sur un bon kilomètre de diamètre. Le plus petit fait un cercle d’environ 200 mètres » de diamètre, explique l’armée danoise dans un communiqué au sujet de ces fuites situées au large de l’île danoise de Bornholm. On ne connait pas encore les conséquences écologiques sur la faune et la flore de ces bouillonnements. L’impact environnemental direct devrait être local et limité. Mais le gaz naturel, ou plus précisément le méthane, a un fort impact sur l’effet de serre quand il est directement relâché dans l’atmosphère.




Quelles causes à ces fuites ?

L’institut sismique suédois a indiqué dans l’après-midi de mardi que deux explosions sous-marines avaient été enregistrées avant les fuites de Nord Stream.

« Les fuites de gazoducs sont extrêmement rares et nous voyons donc une raison d’augmenter le niveau de vigilance à la suite des incidents auxquels nous avons assisté au cours des dernières 24 heures », a expliqué dans un communiqué le directeur de l’Agence danoise de l’énergie, Kristoffer Böttzauw, promettant « une surveillance approfondie des infrastructures critiques du Danemark ». Il a annoncé « relever le niveau de préparation du secteur de l’électricité et du gaz » dans le pays nordique.

Selon une source proche du gouvernement allemand, citée par le quotidien allemand Taggesspiegel « tout parle contre une coïncidence », et en faveur d’une « attaque ciblée ».

La navigation dans un rayon de cinq milles nautiques (environ 9 kilomètres), ainsi que leur survol dans un rayon d’un kilomètre sont depuis interdits. Des mesures concrètes pour augmenter la sécurité des usines et des installations vont aussi devoir être mises en place par les entreprises du secteur.

Que dit Moscou ?

Tous les regards sont bien évidemment tournés vers la Russie. Depuis plusieurs semaines, des responsables militaires occidentaux alertent régulièrement sur le risque de saboter des installations civiles sous-marines essentielles, comme des câbles de télécommunications, des liaisons électriques ou d’hydrocarbures.

« Nous sommes extrêmement préoccupés par ces nouvelles », a toutefois déclaré à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, qualifiant les informations disponibles de « très alarmantes ».

« La fuite de gaz à grande échelle de Nord Stream 1 n’est rien de plus qu’une attaque terroriste planifiée par la Russie et un acte d’agression contre l’Union européenne », a affirmé sur Twitter le conseiller de la présidence ukrainienne, Mykhaïlo Podoliak, sans avancer de preuves à l’appui de ces accusations.