Alpes-Maritimes : Pourquoi les anguilles de la Cagne ont-elles été pucées ?

ESPECE MENACEE L’association Migrateurs Rhône Méditerranée vient de mener une campagne de marquage de ces poissons encore très mystérieux pour pouvoir étudier leur dévalaison vers la mer

Fabien Binacchi
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Un transpondeur est inséré dans l'abdomen grâce à une petite incision
Un transpondeur est inséré dans l'abdomen grâce à une petite incision — MRM
  • Des anguilles argentées, donc ayant atteint l’âge de la maturité sexuelle, ont été capturées dans la Cagne, un fleuve côtier des Alpes-Maritimes, et équipées de transpondeurs.
  • Comprendre comment s’organise leur périple dans l’eau douce permettrait d’en préserver « en arrêtant les turbines au moment de leur passage », explique l’association Migrateurs Rhône Méditerranée, à la manœuvre.

La « table » d’opération installée cette semaine sur les rives de la Cagne, à Vence, a vu défiler des patientes particulièrement visqueuses. Des anguilles argentées, donc ayant atteint l’âge de la maturité sexuelle, ont été capturées dans ce fleuve côtier des Alpes-Maritimes et équipées de puces, des minuscules transpondeurs.

« Ils réagissent avec des antennes que nous avons installées le long du cours d’eau et des capteurs mobiles. A chaque passage, on enregistre également différents paramètres, comme le débit et la température de l’eau. On espère ainsi arriver à déterminer les mécanismes qui déclenchent leur dévalaison vers la mer », explique Géraldine Verdot de l’association Migrateurs Rhône Méditerranée, à la manœuvre.

« En danger critique d’extinction »

Ces grandes voyageuses, qui quittent les rivières pour aller se reproduire en mer des Sargasses, dans les Caraïbes, à 7.000 km de là, sont encore très mystérieuses. Et leurs populations baissent régulièrement ces dernières années. L’espèce est d’ailleurs classée « en danger critique d’extinction » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Comprendre comment s’organise son périple dans l’eau douce permettrait d’en préserver. « On pourra déjà éviter la mortalité liée à l’activité humaine en arrêtant les turbines au moment de leur passage », poursuit la porte-parole de l’association.

Les anguilles ont été capturées grâce à la pêche électrique
Les anguilles ont été capturées grâce à la pêche électrique - MRM

Un travail de longue haleine, entamé depuis 2017 avec plusieurs campagnes de marquage, et particulièrement minutieux. La capture est réalisée grâce à l’électricité par des spécialistes de la Fédération de pêche. « C’est inoffensif, assure Alexandre Viguier, inspecteur de l’environnement à l’Office français de biodiversité, qui était sur place. Le courant désoriente les poissons qui sont prélevés grâce à une épuisette. »


Pesés, mesurés, les spécimens sont endormis. Et les transpondeurs sont insérés dans le ventre grâce une petite incision. Plusieurs centaines d’anguilles ont déjà été pucées et de nombreux relevés ont déjà été effectués. Mais les premiers résultats concrets devraient encore prendre quelques années. En attendant, une autre menace qui pèse sur ce migrateur a été identifiée. Une mortalité importante constatée dans le Loup, un cours d’eau voisin, cet été, a été attribuée à la sécheresse.