Alsace : C’est quoi cette « maison qui épouse les trajectoires du soleil » ?

ECONOMIE d’energie Grâce à son « héliodome », une maison qu’il a conçue en s’appuyant sur les mouvements solaires, un Alsacien ne consomme quasiment pas d’énergie pour se chauffer

Thibaut Gagnepain
Éric Wasser, ébéniste de formation, a bâti son « héliodome » en 2010 en Alsace.
Éric Wasser, ébéniste de formation, a bâti son « héliodome » en 2010 en Alsace. — T. Gagnepain
  • A Cosswiller, dans le Bas-Rhin, une habitation détonne. C’est ici qu’Eric Wasser a installé son « héliodome ».
  • Sa « maison solaire » suit les trajectoires de l’astre, ce qui permet d’être chauffé à température constante toute l’année.
  • « L’été, le soleil est beaucoup plus haut et ne rentre pas. C’est le cas pendant quatre mois. Pendant quatre autres, il est bas et nous chauffe. Et deux fois dans l’année pendant deux mois, il passe de sa position été à celle hiver, ou inversement. On épouse les trajectoires du soleil selon les saisons », explique l’Alsacien.

Une petite route au milieu de la campagne alsacienne, à une demi-heure à l’ouest de Strasbourg. Un village avec des maisons colorées par-ci, d’autres à colombages ou plus modernes par-là… Et soudain, un bâtiment à l’allure inattendue. A quelques centaines de mètres avant l’entrée de Cosswiller (Bas-Rhin), la partie haute de « l’héliodome » est déjà visible. Un panneau indique bientôt son emplacement exact, un peu perdu à côté d’une ferme.

C’est ici, sur les terres familiales « depuis 1680 », qu’Éric Wasser a achevé en 2010 la construction de sa « maison solaire ». De près, elle ressemble à une toupie, ou un éventail, au choix. Avec, d’un côté, cette structure composée d’une grande verrière de 160 m² délimitée par des barres d’acier et de l’autre, un toit en bois parcellé de velux et d’une terrasse. Le tout pour une hauteur d’environ 10 mètres.


« L'héliodome » vu de derrière, la plupart du temps à l'ombre l'hiver.
« L'héliodome » vu de derrière, la plupart du temps à l'ombre l'hiver. - T. Gagnepain

« Aujourd’hui, on veut toujours résoudre un problème avec une nouvelle technologie, jamais avec l’architecture », lance cet ébéniste de formation, aux allures de Géo Trouvetou. Son invention est le résultat d’un long processus pour le sexagénaire. « L’idée, je l’ai eue quand j’étais étudiant, mais j’étais loin de tout ça, retrace-t-il. J’ai toujours été attiré par la géométrie et le soleil. C’était juste logique d’en arriver là, les Grecs construisaient déjà des villes entières bien orientées. »

Lui a souhaité que sa construction « épouse les trajectoires du soleil » Alors il les a longuement étudiées. « En 1992, j’ai trouvé un livre qui m’a donné les angles à chaque heure de la journée sur une année. J’ai dû le traduire avec une amie mathématicienne. » Pour en arriver, six ans plus tard à… « une cocotte en papier ». Une première maquette avant un dépôt de brevet en 2000 et surtout la victoire au concours Lépine en 2003.

Un vrai coup d’accélérateur pour son projet ? Oui et non car Éric Wasser a ensuite longtemps buté sur le financement. « En Suisse, on m’a proposé de le prendre en charge à 100 %. Mais comme un bon Alsacien, je suis resté ici », s’amuse celui qui a aussi été meilleur ouvrier de France à 25 ans.

Une maison pas énergivore

En 2009, la dalle de son « héliodome » a été coulée sur les terres familiales, et les travaux de ce prototype terminés l’année suivante. « Ça fait maintenant un peu plus de douze ans qu’on est dedans », résume l’ancien designer, qui vit avec son épouse artiste sur verre. Les deux ouvrent d’ailleurs largement leur maison, où les œuvres de chacun sont exposées et en vente au rez-de-chaussée et au premier étage. Seul le troisième et dernier leur est pleinement réservé, avec un petit espace nuit.


Eric Wasser  l'intérieur de sa maison solaire. Un intérieur tout en sobriété, entre bois, métal, verre et béton
Eric Wasser l'intérieur de sa maison solaire. Un intérieur tout en sobriété, entre bois, métal, verre et béton - T. Gagnepain

L’intérieur baigne dans la lumière. Pas illogique vu la verrière… Ce matin de septembre, il fait bon. Un peu plus de 20°C mais guère plus, malgré le soleil qui reflète. « On a à peu près cette température toute l’année », assure le propriétaire, qui n’utilise que très peu de moyens de chauffage. « Si, j’ai un petit poêle au sous-sol et je dois passer 3 stères par an »… soit presque rien pour 200 m² habitables en surface !

C’est bien là l’un des principaux attraits de sa « maison solaire » : elle n’est pas du tout énergivore. Grâce à sa structure, son orientation et son isolation (« de la laine de bois mais je mettrais de la paille aujourd’hui »), la température est quasi constante. Même en été, quand le mercure grimpe très fort. « L’été, le soleil est beaucoup plus haut et ne rentre pas. C’est le cas pendant quatre mois. Pendant quatre autres, il est bas et nous chauffe. Et deux fois dans l’année pendant deux mois, il passe de sa position été à celle hiver, ou inversement. On épouse les trajectoires du soleil selon les saisons. »


La vaste verrière qui donne sur les champs et la ferme familiale. « On a dû nettoyer les vitres trois fois en douze ans », s'amuse Eric Wasser. « Vu qu'elles sont inclinées vers le bas, elles ne se salissent pas. »
La vaste verrière qui donne sur les champs et la ferme familiale. « On a dû nettoyer les vitres trois fois en douze ans », s'amuse Eric Wasser. « Vu qu'elles sont inclinées vers le bas, elles ne se salissent pas. » - T. Gagnepain

Son concept a séduit quelques familles. Très peu. Peut-être le coût : « Celui d’une belle maison, je dirais environ 3.500 euros/m² aujourd'hui ». Une dizaine de constructions avec les mêmes principes ont vu le jour « en Suisse, Allemagne et le reste dans le Grand-Est. En ce moment, on a une vingtaine de projets en cours », détaille encore Éric Wasser, qui s’est associé avec un promoteur afin de mieux faire connaître « l’héliodome ». Surtout vue la période et la flambée des coûts du fuel, gaz, de l’électricité, du bois aussi…

« ll serait temps de construire des bâtiments moins énergivores plutôt que de penser à réduire sa consommation », plaide celui qui refuse le qualificatif d’architecte. « Non, c’est la nature. »