Sète : 780 taurillons bloqués dans le port d’Alger vont être rapatriés et abattus en France

ANIMAUX Embarqués le 3 septembre à Sète pour Alger, les animaux n’ont pu être débarqués pour des raisons sanitaires. Ils seront finalement abattus en France et enlevés du circuit de consommation

Jérôme Diesnis
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Des taureaux dans un champ. (illustration)
Des taureaux dans un champ. (illustration) — CHARLY TRIBALLEAU / AFP
  • Les taureaux d’origine française ont été refusés par les autorités algériennes en raison d’un imbroglio administratif sur leur vaccination.
  • Par peur de contamination à la fièvre aphteuse sur le port d’Alger, ils seront abattus à leur retour en France et enlevés du circuit de consommation.
  • L’ONG de défense des animaux d’élevage Welfarm.met en doute la version des autorités françaises.

Près de 800 taurillons partis de Sète en bateau et bloqués dans le port d’Alger depuis plus de deux semaines vont être rapatriés et abattus en France, après un imbroglio sur leur statut sanitaire avec les autorités algériennes. Deux jours après le départ du navire bétailler du port de l’Hérault le 3 septembre, ces bovins ont été interdits de débarquer en Algérie. En cause, une « difficulté d’interprétation » sur le statut sanitaire de trois animaux, explique le ministère.



Ces taurillons sains avaient été vaccinés contre la rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR). Or des documents joints à leur certificat export portaient la mention « IBR positif » - laissant croire à tort qu’ils étaient porteurs du virus. Malgré une clarification apportée par la France, l’Algérie leur a refusé l’entrée sur le territoire « pour des raisons réglementaires ». « Il n’y a pas eu de manquement des autorités françaises sur le certificat export », qui a permis leur départ de Sète, assure toutefois le ministère.

Risque de fièvre aphteuse

A l’issue de « discussions infructueuses », la France a décidé de faire revenir le bateau, et d’abattre ces 780 animaux : ils ont, en effet, « été affouragés avec du foin algérien » lors de leur stationnement, du fourrage issu d’un pays où une autre maladie animale - la fièvre aphteuse - est présente. Le risque d’une contamination est « extrêmement minime, mais on ne peut l’écarter », détaille le gouvernement, qui souhaite éviter l’introduction de cette maladie sur le sol européen.

Le retour du bateau devrait s’opérer « d’ici la fin de la semaine ». Les bovins seront examinés par des vétérinaires, et ne seront « pas remis dans le circuit de consommation humaine » une fois abattus. « Nous doutons que le problème vienne d’un risque de contamination dû à la fièvre aphteuse : nous pensons qu’il y avait un risque d’infection à bord avec la maladie IBR », a déclaré Adrienne Bonnet, représentante de l’ONG de défense des animaux d’élevage Welfarm.

L’association Welfarm dénonce les conditions de transport des animaux

Depuis mardi, l’association accuse les autorités d’avoir « approuvé ce transport d’animaux au mépris des exigences sanitaires », et assure qu’une trentaine d’entre eux sont morts à quai. « Nous n’avons pas d’informations qui indiqueraient un problème particulier » sur l’état de santé des animaux, a affirmé le ministère, qui précise que le bateau est agréé et « a fait l’objet d’une inspection au départ de Sète par nos services ».

L’association a aussi dénoncé le départ des bovins sur un « cargo-poubelle », « en activité depuis quarante-cinq ans ». Selon elle, des contrôles effectués en mars avaient mis au jour « 16 défaillances de sécurité » sur ce navire. « Les scandales ne cessent de se répéter, montrant les lacunes du règlement européen sur le transport d’animaux vivants », estime l’ONG, qui milite pour son interdiction à destination de pays hors UE.

1,5 million de bovins vivants exportés chaque année

La France est le premier producteur européen de viande bovine et exporte chaque année 1,5 million de bovins vivants. Elle n’envisage pas d’interdire leur transport, mais indique qu’à l’occasion d’une révision des textes législatifs européens sur la protection animale en 2023, « des discussions pourront avoir lieu pour évoquer des évolutions de réglementation ».