Réchauffement climatique : Les montagnes « au point de bascule », les scientifiques lancent un cri d’alarme

ALERTE A l’instigation de chercheurs toulousains, 22 scientifiques lancent un cri d’alarme concernant les menaces qui pèsent sur les montagnes. Pour eux, il est urgent d’agir

Hélène Menal
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Ces paysages idylliques, ici le versant espagnol des Pyrénées, sont menacés selon la communauté scientifique. Illustration.
Ces paysages idylliques, ici le versant espagnol des Pyrénées, sont menacés selon la communauté scientifique. Illustration. — Sergi Reboredo
  • Réchauffement climatique, artificialisation des sols, importation de nouveaux agents pathogènes… Les chercheurs spécialistes de la montagne ont recensé six menaces qui planent sur nos montagnes.
  • L’appel, parti de Toulouse, est signé par 22 scientifiques de 11 nationalités.
  • Pour eux, les écosystèmes montagnards ont atteint « un point de bascule » et il faut agir avant qu’il soit trop tard.

« Des troupeaux qui redescendent des estives bien plus tôt parce qu’il n’y a plus rien à manger en haut. » Ou des randonneurs qui recherchent désespérément de fameuses cascades réduites à un goutte-à-goutte, ou ne serait-ce qu’un « endroit où l’eau coule encore ». Ce spectacle navrant, Dirk Schmeller et Adeline Loyau, chercheurs du Laboratoire écologie fonctionnelle et environnement de Toulouse* (LEFE), y ont assisté cet été, lors de leurs traditionnelles campagnes dans les Pyrénées. Sans s’en étonner particulièrement.


Ces chercheurs, qui il y a six mois dévoilaient que certains lacs limpides d’altitude aux allures paradisiaques pouvaient renfermer de véritables cocktails toxiques et conseillaient d’y réfléchir à deux fois avant d’y remplir une gourde, ont l’habitude d’être des oiseaux de mauvais augure. Et comme il n’y a pas que dans « leurs » Pyrénées que la situation s’aggrave, qu’ils ont bien noté que, même en été, il s’avère dangereux désormais d’escalader les glaciers alpins, ils passent à la vitesse supérieure. Ils sont à l’origine d’une alerte globale sur les menaces qui pèsent, dans le monde entier, sur les montagnes, ces écosystèmes plus fragiles que les autres. Rédigé par 22 scientifiques, de onze nationalités différentes, cet appel lancé dans une revue spécialisée fait le point sur la recherche et les six grandes menaces qui pèsent « de tous côtés » sur les systèmes d’altitude.

« Eveiller les consciences »

« Nous ne voulons pas jouer les rabat-joie, ce que nous voulons, c’est éveiller les consciences », insiste Dirk Schmeller pour qui, évidemment, la menace principale reste le réchauffement climatique, « bien plus fort en montagne qu’à basse altitude ». Les barrages hydroélectriques, qui combinent « captage excessif d’eau » et « artificialisation des sols » sont aussi dans son collimateur, tout comme les impacts du tourisme de masse. Les scientifiques identifient aussi d’autres dangers moins évidents comme les fameux « empoissonnements » qui font la joie des pêcheurs à la ligne, avec parfois le risque d’introduire, en même temps que des poissons, des « agents pathogènes » ou des algues toxiques inconnus dans un écosystème déjà fragilisé par la remontée de la température de l’eau.



Le tableau est sombre, très sombre. Mais Dirk Schmeller, lassé de prêcher dans le désert quand il rend des avis d’expert pour le Conseil national de la protection de la nature, est persuadé qu’on « arrive à point de basculement » pour la montagne.  « Les amortisseurs pourraient casser sous le choc. Si des décisions ne sont pas prises, la nature le fera pour nous », prévient, pessimiste, Adeline Loyau.

* Un laboratoire sous tutelle INP/université Paul-Sabatier/CNRS