Oiseaux amaigris, poissons envasés… L’estuaire de la Loire souffre et inquiète

NATURE La répétition des épisodes de sécheresse affecte durement la biodiversité de l’estuaire de la Loire, halte migratoire majeure pour les oiseaux en Europe

Frédéric Brenon
Un échassier sur un bras de Loire (illustration).
Un échassier sur un bras de Loire (illustration). — P.Siccoli/Sipa
  • Le niveau d’eau des roselières et marais a beaucoup baissé.
  • Les oiseaux migrateurs ont quitté les lieux ou sont très amaigris.
  • Un plan d’actions local, en cours de définition, sera adopté en 2023.

C’est l’une des zones humides les plus importantes de France. L’une des plus fragilisées aussi. Long d’une soixantaine de kilomètres entre Nantes et Saint-Nazaire, classé site de protection Natura 2000, l’estuaire de la Loire souffre du dérèglement climatique et, plus particulièrement, de la répétition des épisodes de sécheresse. C’est le constat inquiétant des collectivités et associations avant l’adoption d’un plan d’actions en 2023.

« Il y a énormément de facteurs qui impactent les espèces de l’estuaire et leurs habitats. Il y a des pratiques humaines que ce soit les activités portuaires, la gestion de l’eau, l’agriculture, la pêche, la chasse, les activités de loisirs aussi. Mais il y a aussi, et de plus en plus, les conséquences du changement climatique, sujet qui dépasse largement notre département », explique Chloé Girardot-Moitié, vice-présidente du département de Loire-Atlantique et présidente du comité Natura 2000 de l’estuaire.


L'estuaire de la Loire bénéficie d'un périmètre de protection Natura 2000.
L'estuaire de la Loire bénéficie d'un périmètre de protection Natura 2000. - F.Brenon/20Minutes

Phénomème déjà observé ces dernières années, le manque de pluies, conjugué à une hausse des températures, a eu pour effet d’assécher les roselières et prairies de la Loire à partir du printemps. La population d’insectes a fortement diminué. Et leurs prédateurs, au premier rang desquels se trouvent les oiseaux migrateurs, se sont affaiblis ou ont déserté les lieux. « Le déficit d’oiseaux nicheurs est de 30 à 50 % par rapport à la seule année dernière, c’est énorme », s’alarme Hubert Dugué, responsable des programmes européens au sein de l’association d’ornithologie Acrola.

« Une responsabilité internationale »

« Dès la fin avril, les petits échassiers avaient quitté leur nid vers d’autres zones plus favorables. On n’avait jamais vu ça. Ça veut dire qu’il n’y a eu que très peu de reproduction au niveau local. » Les oiseaux observés dans l’estuaire étaient, eux, « extrêmement maigres ». « Leurs plumes étaient marquées, signes de pause de croissance due à un manque de nourriture. Certains, comme les fauvettes, s’ils ne passent pas dans l’estuaire avec 5 g de graisse, ils n’ont aucune chance d’arriver jusqu’en Afrique pour y passer l’hiver. On a vu aussi des jeunes cigognes extrêmement faibles à l’envol », déplore Hubert Dugué. Ces difficultés valent aussi pour les amphibiens et même les chauves-souris dont plusieurs refuges « ont été abandonnés » ces derniers mois.

L’abaissement du niveau d’eau fragilise également certaines espèces de poissons, en particulier les brochets, tanches et rotengles, lesquels ont connu « des épisodes de mortalité importants », relève Vincent Mouren, directeur de la fédération de pêche de Loire-Atlantique. Autre effet du réchauffement : la température de l’eau du fleuve augmente, jusqu’à atteindre 30 °C dans les mares connexes. « C’est insidieux mais ça modifie la reproduction et fragilise le peuplement. Certaines espèces exotiques prolifèrent au détriment d’autres, à l’image du poisson-chat, du goujon asiatique ou de la perche soleil », raconte Vincent Mouren.



Des pistes d’actions locales contribuant à améliorer la situation existent : sanctuarisation des parcelles, interdiction des intrants, promotion des pratiques agricoles vertueuses comme la fauche tardive des prairies… Sera-ce suffisant ? Probablement pas. « Les estuaires français, et celui de la Loire en particulier, jouent des rôles prépondérants de halte migratoire. On se doit de les garder en bon état. Il est grand temps de mener des actions de fond. C’est une responsabilité internationale », insiste Hubert Dugué, de l’Acrola.