Avec le dérèglement climatique, « on ramasse déjà des feuilles mortes depuis la mi-août ! »

SECHERESSE Dans de nombreuses villes comme à Nantes, les feuilles d’arbres n’ont pas attendu l’automne pour joncher les trottoirs

Julie Urbach
Avec le dérèglement climatique, le ramassage des feuilles mortes commence de plus en plus tôt — 20 Minutes
  • D’habitude lancé à la mi-octobre, le ramassage des feuilles mortes bat déjà son plein aux quatre coins de la France, comme à Nantes.
  • Un phénomène dû au « stress hydrique » vécu par les végétaux cet été, et qui pose de nombreuses questions.

Il est 7 heures 30 et le gros camion blanc avance lentement, aspirant sur son passage l’épais tapis de feuilles jaunes et marron. Une scène banale boulevard de l’Egalité, quartier Chantenay à Nantes, si les rares riverains qui sortent de chez eux ce mercredi matin ne portaient pas encore une tenue légère. D’habitude lancé à la mi-octobre, le ramassage des feuilles mortes bat déjà son plein, en ce début septembre très estival. « On démarre de plus en plus tôt chaque année, constate Mickaël Moustapha, responsable propreté des quartiers Ouest de Nantes. Il y a deux ans, c’était début septembre. Mais là, on ramasse déjà depuis le 10 ou 15 août. C’est vraiment très très surprenant. »

Comme dans de nombreuses villes de France, les arbres n’ont donc pas attendu l’automne pour se dégarnir. En raison de la sécheresse que le pays a connue cet été, certains d’entre eux, sujets au « stress hydrique », n’ont pas eu d’autre choix que de se débarrasser de leurs feuilles pour préserver la sève. « Face au manque d’eau, les arbres déploient différentes stratégies de défense, explique l’Office national des forêts. En refermant les stomates de leurs feuilles, sortes de « pores » qui permettent les échanges gazeux, les arbres diminuent leur transpiration. Mais cela se fait au prix d’un ralentissement de la photosynthèse et donc, de leur croissance. » De quoi susciter aussi dans un premier temps chez certains un dessèchement prématuré des feuilles, qui ont donc fini par tomber.

Les platanes « ont mal supporté l’été »

Boulevard de l’Egalité, les agents de la ville de Nantes procèdent minutieusement. Par rapport à l’automne, il y a évidemment et heureusement moins de feuilles à ramasser, mais pas question de les laisser s’accumuler. Armés pour certains de souffleurs électriques, les professionnels « font dans la finesse », passant même sous les voitures stationnées. « La préoccupation majeure, c’est la sécurité, estime Mickaël Moustapha. S’il pleut, les trottoirs et la chaussée peuvent devenir glissants. Nous priorisons donc les grands axes, car c’est aussi là qu’on en récupère le plus. Notamment en raison des platanes, qui, avec leurs grandes feuilles, semblent avoir plutôt mal supporté la sécheresse. C’est inquiétant car à terme, ils pourraient être plus sensibles aux maladies. »

De premières observations qui vont sans doute devenir de sérieuses pistes de travail pour les municipalités dans les années à venir. A Strasbourg, par exemple, une étude vient d’être lancée pour définir quelles essences résistent le mieux aux fortes chaleurs, dans le but de repenser l’architecture de plantation des arbres dans la ville. Des sondes et des capteurs ont été installés, pour déterminer également lesquels rafraîchissent le mieux leur environnement. A Paris, la mairie annonce sur son site Internet qu’elle introduira de nouvelles espèces, « en provenance de régions plus arides et plus montagneuses, car elles acceptent des amplitudes thermiques fortes ». Et le dérèglement climatique n’aura pas qu’un impact sur le visage vert de nos villes. « Si ça continue comme ça, il va falloir repenser notre organisation, indique Mickaël Moustapha, à Nantes. Et notamment avancer la période officielle de ramassage, du 15 au 1er octobre par exemple. »