Bretagne : Ancienne végétarienne, elle a tout plaqué pour élever des vaches à viande

OPNI La question délicate de la transmission des fermes est au cœur du Space, salon de l’élevage qui a ouvert ses portes à Rennes mardi

Camille Allain
Amande et son compagnon ont racheté une ferme à Tresboeuf, en Ille-et-Vilaine, pour se lancer dans un projet d'élevage de vaches à viande.
Amande et son compagnon ont racheté une ferme à Tresboeuf, en Ille-et-Vilaine, pour se lancer dans un projet d'élevage de vaches à viande. — C. Allain/20 Minutes
  • Installée avec son conjoint à Tresboeuf, en Ille-et-Vilaine, Amande s’est lancée dans l’élevage de vaches et de bœufs.
  • Alors que le Space (salon de l’élevage) vient d’ouvrir à Rennes, elle témoigne du parcours difficile pour obtenir une ferme quand on n’est pas « du milieu ».
  • Dans moins de dix ans, la moitié des agriculteurs français partira à la retraite, ce qui inquiète la profession.

Elle est un peu un OPNI. Un « objet paysan non identifié ». Après des années à exercer dans l’économie sociale et solidaire, Amande a décidé de s’aventurer dans un projet fou. Celui de se lancer dans la reprise d’une ferme paumée dans la campagne bretonne pour y élever des vaches et des cochons. Si le projet qu’elle a porté avec son conjoint Damien a de quoi surprendre, c’est que ni la jeune femme ni son conjoint n’avaient d’expérience en agriculture. Pas même un tonton maraîcher ou un papi du métier. Rien, personne. Plus surprenant encore est le choix de ce couple ouvertement écologiste de se lancer dans des élevages souvent décriés pour leur empreinte carbone. Surtout lorsque l’on apprend qu’Amande a longtemps été végétarienne avant de revenir à une (petite) consommation de viande. Et de foncer tête baissée dans un monde qui lui était étranger.

Alors que le Space vient d’ouvrir ses portes à Rennes, la question de la transmission des fermes est sur toutes les lèvres. Dans les travées du grand salon de l’élevage, le départ à la retraite de la moitié des agriculteurs français d’ici 2030 inquiète tout le monde. Pourtant, la profession a encore du mal à s’ouvrir aux « nouveaux venus » comme Amande et Damien. Eux ont passé des années à trouver une ferme qui leur convenait, tout en acceptant de déménager à plus d’une heure de route de leurs amis. « Il n’y a jamais de ferme parfaite pour ton projet. Mais on a bien senti qu’aux yeux de certains, on n’était pas crédibles. Certains cédants nous ont dit qu’ils auraient honte qu’on échoue. On nous a dit dans les yeux : il faut que ça marche. On s’est positionnés plusieurs fois et on n’était pas retenus. Il y a des moments où on s’est dit qu’on n’y arriverait pas », raconte la jeune femme.

« Chez nous, la vache elle se sacrifie pour garder toute une biodiversité »

Après plusieurs refus et des années à patienter, le couple a pris le temps de se former et a trouvé un éleveur de vaches qui acceptait de leur vendre son bien à Tresboeuf, à mi-chemin entre Rennes et Châteaubriant (Loire-Atlantique). « Il a accepté que l’on vende ses vaches pour mener notre projet, il était ouvert. » Le couple possède désormais une cinquantaine de têtes de race armoricaine qu’il fait paître dans ses champs enherbés. Six mois après l’arrivée des bovidés, Amande et Damien ont vu leur premier animal partir à l’abattoir ce lundi, qu’ils proposeront en vente directe. « Ce n’est pas le meilleur moment du métier mais il y avait une part de fierté. Chez nous, la vache elle se sacrifie pour garder toute une biodiversité. On a replanté des haies, on ne travaille pas le sol, on ne traite pas. Avec nos prairies, on offre des espaces préservés », explique Amande.

Pour cette ancienne végétarienne, la question de la consommation de viande s’est longtemps posée. Si elle en mange désormais « un peu », elle refuse d’en faire l’apologie, plaidant pour une agriculture diversifiée. « La question de la viande est plus complexe que de dire si c’est bien ou c’est mal. Ce qu’il faut, c’est de la diversité. Et surtout éviter que les exploitations ne s’agrandissent sans cesse faute de repreneur. » D’ici quelques mois, elle et son compagnon se lanceront dans l’élevage de cochons en plein air. Ils prévoient aussi de planter un verger et des fruitiers afin de se diversifier et de ne pas dépendre que d’un revenu. Un virage que bon nombre de « nouveaux » paysans ont entrepris pour éviter de tout perdre lors des crises de telle ou telle filière.


Sensible à la question de la transmission, Amande aimerait servir d’exemple pour d’autres projets. Elle aimerait notamment que l’administration s’ouvre davantage aux projets collectifs portés par plusieurs familles. Mais elle s’inquiète de voir les barrières érigées face aux plus jeunes générations. « C’est un tel casse-tête administratif ! Il faut être super zen car les administrations ne se parlent pas. Il y a de quoi se noyer ». Et se décourager aussi.