Les gaz non conventionnels vont-ils sauver notre énergie?

ENVIRONNEMENT De plus en plus d'études se font pour commencer leur extraction en France...

Oriane Raffin

— 

Un forage dans une exploitation de gaz, en Floride, en août 2009.
Un forage dans une exploitation de gaz, en Floride, en août 2009. — JERRY MCBRIDE/AP/SIPA

C’est officiel depuis mercredi. Total a obtenu du ministère de l’Ecologie et de l’Energie un permis de recherche d’hydrocarbures dans la région de Montélimar, dans la Drôme, pour une durée de cinq ans. Objectif du groupe: trouver des gaz «non conventionnels» à extraire par la suite. Le point sur ce type de gaz, qui pourrait nous sauver de la pénurie annoncée du gaz conventionnel...

Qu’est ce que sont le gaz conventionnel et le gaz non conventionnel?
Dans les deux cas, il s’agit de gaz naturel. «Pour le gaz conventionnel, explique Roland Vially, géologue à l’IFP, contacté par 20minutes.fr, on va le chercher dans une roche poreuse et perméable, qui forme un réservoir. C’est relativement facile à produire: on fait un puit, et le gaz vient naturellement dans le puit.»

Mais face à l’épuisement des ressources de gaz conventionnel, on commence à s’intéresser à d’autres gisements, plus compliqués. «On parle de gaz shale, qui se développe dans une roche argileuse imperméable, relativement profonde», explique Roland Vially. «Cette roche est tellement imperméable que les gaz restent piégés et ne vont pas dans un réservoir». Il faut donc mettre en place tout un processus d’extraction, plus complexe. Donc plus cher.

Comment se passe l’extraction d’un gaz non conventionnel ?
Il faut maîtriser deux techniques principales. «Dans un premier temps, le forage horizontal, qui fait que l’on traverse plus longtemps la couche de gaz, et la fracturation artificielle», détaille Roland Vially. En effet, comme la roche est imperméable, il faut intervenir avec de l’eau propulsée sous haute pression pour créer des fractures. Ces deux techniques, complexes, coûtent cher. Néanmoins, leur prix a baissé, et la maîtrise est meilleure, ce qui explique que les entreprises comme Total ou GDF-Suez se tournent vers les gaz non conventionnels.

Où existe-t-il déjà des extractions de gaz non conventionnel?
Pas en Europe pour le moment. En revanche, aux Etats-Unis, depuis 10 à 15 ans, la production industrielle s’est développée. Plus de la moitié du gaz produit sur le territoire américain est ainsi conventionnel. «Il n’y a aucune raison géologique pour qu’il n’y ait qu’aux Etats-Unis qu’on en produise», estime Roland Vially. D’où les études depuis 2 à 3 ans.

Où peut-on trouver du gaz non conventionnel en France?
«Principalement dans le bassin du sud-est, dans un grand triangle, entre Valence, Montpellier et Nice», détaille le géologue. Si on s’intéresse à cette région, c’est aussi pour des raisons tectoniques. En effet, ces roches contenant du gaz non conventionnel sont généralement enfouies à 3 ou 5 km de profondeur. Or, plus le forage est profond, plus il coûte cher. Dans des régions comme l’Ardèche, la Drôme ou les Hautes-Alpes, les mouvements tectoniques ont créé des plis et ont fait remonter les roches à 500 ou 2.500 mètres.

Est-ce vraiment rentable?

Pour le moment, avec un prix du gaz faible sur le marché mondial, pas vraiment. «Mais on n’en est qu’aux permis de recherches, prévient Roland Vially. Il va donc y avoir des études pendant plusieurs années avant qu’une décision soit prise qui mène éventuellement à la construction de puits».

Et pour l’environnement, quel impact?
A plusieurs échelons, des critiques risquent de s’élever contre les forages et les puits. Roland Vially explique notamment: «Ce type gisement, dans une roche très imperméable, nécessite un nombre important de puits. Quelques centaines ou quelques milliers. Ce n’est pas anodin comme impact.» Ensuite, pour le paysage, resteront tête de puits et tuyaux...

Ensuite, le forage hydraulique nécessite de grandes quantités d’eau, à traiter ensuite avant d’être rejetées dans la nature.