Radiographie d'une facture d'eau

ENVIRONNEMENT Un euro par jour: c'est ce que dépense en moyenne une famille de 4 personnes pour l'eau potable. Mais ce calcul cache d'importantes inégalités.

Aurélie Blondel

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Une facture d'eau
Une facture d'eau — DR

«L’écart [entre les factures d'eau de deux familles] peut aller du simple au triple», explique Stéphane Bernhard, chargé de mission environnement à l’association de consommateurs CLCV. «Un réseau national d’eau n’étant pas techniquement possible, chaque collectivité locale dispose de son service et fixe les prix.»

 

On ne paie pas l'eau

Que paie-t-on dans notre facture d’eau? Pas l’eau elle-même, mais une série de services. Si la facture est souvent adressée par un seul opérateur –généralement le distributeur d’eau– elle regroupe en fait trois postes de dépenses: la distribution de l’eau (46%), la collecte et le traitement des eaux usées (37%, ne concerne que les particuliers raccordés à l’assainissement collectif), et les taxes (17%, comprend notamment la TVA et les redevances versées aux agences de l’eau).

«Tous ces prix varient selon les spécificités géographiques, politiques, économiques de chaque commune», indique Hélène Valade, directrice du développement durable à la Lyonnaise des eaux.

Moins la qualité de l’eau brute est bonne, plus les traitements sont chers; plus l’habitat est dispersé, plus le service est onéreux; plus le milieu naturel où les eaux usées sont rejetées est fragile, plus l’assainissement revient cher; plus le lieu de prélèvement de l’eau est loin de la commune, plus les canalisations et le pompage coûtent, etc. «Le prix dépend aussi beaucoup des décisions politiques prises par les municipalités, des décisions d’investissement, d’où en est l’amortissement des investissements, de la vétusté du réseau, etc.», précise Hélène Valade.

 

Des marges pointées du doigt

Les écarts de prix sont-ils pour autant justifiés? Pas si simple, répond Stéphane Bernhard. Selon lui, «si les contraintes techniques expliquent certaines différences, il y a aussi le jeu de la négociation.» Explication: La commune peut soit gérer le service public de l’eau elle-même, «en régie», soit déléguer la mission à une ou plusieurs entreprises privées, en négociant un contrat (par exemple avec Veolia ou la Lyonnaise des eaux)

Mais l’association UFC-Que Choisir dénonce des «années de surfacturation». Elle se félicite, dans une enquête d’août 2009, d’une «vague de renégociations à l'initiative de maires décidés à baisser les tarifs». A «obligations identiques, un maire peut négocier entre moins 20 et moins 30%», estime Patrick du Fau de Lamothe, consultant cité dans l’enquête de l’UFC.

«Les marges sont telles dans ce secteur qu'on peut se mettre aux nouvelles normes sans augmenter le prix de l'eau.» A Saint-Etienne, par exemple, le contrat a été renégocié récemment entre la mairie et l’entreprise et le prix a baissé de 1€ par m3.

 

La Lyonnaise des eaux se défend

Comment de telles baisses de prix sont-elles possibles si ce n’est pas en diminuant des marges élevées ? «Il faut étudier les situations au cas par cas», répond-on à La Lyonnaise des eaux. «Un exemple : imaginez une commune où le remplacement des branchements en plomb se termine; le contrat est renégocié, la municipalité peut décider de ne pas faire d’autres investissements pour afficher une baisse mécanique du tarif.»

Pourquoi le prix moyen de l’eau distribuée par les régies est-il en moyenne moins élevé que celui des délégations ? «Parce que l’on compare des chiffres qui ne sont pas comparables», proteste Hélène Valade. «Les situations les plus difficiles, par exemple là où la ressource est plus polluée, sont davantage déléguées aux entreprises privées, qui ont l’expérience et le savoir faire, alors que quand l’exploitation est simple, la commune a davantage tendance à la gérer elle-même.»