De la rue à la nature, le trajet des eaux usées parisiennes

ENVIRONNEMENT Chaque jour dans la capitale, 1,2 million de m3 d'eau sont évacués via les égouts, avant d'être traités et rejetés dans le fleuve. L'équivalent de 35000 camions de 35 tonnes constituant une file entre Lyon et Paris…

Aurélie Blondel

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Le Musée des Egouts de Paris propose de visiter une partie aménagée du réseau d’égouts de la capitale.
Le Musée des Egouts de Paris propose de visiter une partie aménagée du réseau d’égouts de la capitale. — Aurélie Blondel

Fini le temps où les Parisiens criaient «Gare à l’eau» avant de jeter leur eau sale par la fenêtre, direction la Seine! Les eaux usées sont désormais recueillies par 2400 kilomètres de canalisations formant une véritable ville sous la ville.

Deux tours Montparnasse

Une majeure partie des 600000 m3 d’eau potable (deux fois la tour Montparnasse) que les Parisiens consomment par jour est recueillie dans des collecteurs au pied des immeubles. Attention, il est interdit de jeter dans l’évier des déchets solides ou dangereux.

Les eaux usées se retrouvent dans les égouts, mêlées à l’eau de pluie. A chaque rue correspond une galerie d’égout, qui porte le même nom. Les numéros d’immeuble sont aussi marqués sous terre. Les petits conduits situés sous chaque rue rejoignent de plus grosses canalisations, les collecteurs, qui aboutissent aux stations d’épuration.

 
Sept siècles d'égoûts

Pendant longtemps, les Parisiens ont déversé leurs eaux dans la rue, jusqu’à ce que François 1er impose des fosses sous chaque immeuble au XVIe siècle. Parallèlement, quelques égouts couverts ont été construits –le premier en 1370 rue Montmartre, mais Paris n’en totalise par exemple encore que 24 en 1643.

C’est au XIXe siècle que le réseau actuel d’égouts est largement conçu, par l’ingénieur Eugène Belgrand, suite à des épidémies de choléra qui favorisent la prise de conscience sur les questions d’hygiène. Pour éviter la propagation des maladies, chaque immeuble doit être raccordé au réseau d’évacuation depuis 1894.

 Les eaux des Parisiens sont ensuite traitées dans les usines du Siaap, Syndicat interdépartemental d’assainissement de l’agglomération parisienne. Elles subissent des traitements qui les lavent d’une partie de leurs polluants : de gros déchets comme des canettes ou des sacs plastiques, des matières décomposées, ainsi que des micropolluants comme le phosphore, le carbone, l’azote. Ces derniers proviennent des produits ménagers, des graisses, des matières fécales, des urines. Quand ils sont rejetés dans les fleuves, ils contribuent à diminuer la quantité d’oxygène disponible pour les poissons.

Les eaux usées traversent d’abord des grilles qui retiennent les plus gros déchets, avant d’être stockées dans un bassin : les matériaux lourds (comme le sable) et les particules en suspension (comme des miettes d’excréments) tombent dans le fond alors que les matières grasses remontent à la surface et sont raclées.  Vient enfin un traitement biologique : des bactéries vont digérer les micropolluants.


Et au bout, la boue

Longtemps, les eaux de Paris, même évacuées par égouts, ont été rendues à la Seine sans traitement, favorisant la pollution du fleuve. A la fin du XIXe siècle, les eaux étaient stockées dans des champs d’épandage avant d’être rejetées, pour y subir une épuration naturelle. Il a fallu attendre 1940 pour que soit inaugurée la première station d’épuration de la région parisienne, à Achères.

Le nettoyage de l’eau aboutit à la création de boues. Elles sont elles-mêmes traitées et finissent par exemple incinérées ou recyclées en engrais pour l’agriculture.

 

« Les eaux épurées [mais non potables] sont ensuite reversées dans les fleuves à proximité des stations d’épuration, surtout dans la Seine, un peu dans la Marne », explique Michel Gousailles, directeur développement et prospective du Siaap. « L’eau rejetée doit respecter la réglementation en matière de pollution carbonée, de phosphore et d’azote, poursuit-il. Il y a des seuils mais ils ne sont pas les mêmes partout en France car ils dépendent de la fragilité du milieu naturel où l’eau est versée. La Seine est fragile en raison du volume des rejets : son premier affluent l’été n’est pas la Marne, mais les eaux d’égouts de l’agglomération parisienne ! »

 

Signe que la qualité de l’eau de la Seine s’améliore depuis les années 1990, notamment grâce au traitement de l’eau : le retour des saumons, qui traversent désormais Paris sans qu’aucune opération de réintroduction n’ait eu lieu.