Les cours d'eau, plus exposés aux pollutions

ENVIRONNEMENT Les eaux des rivières et des étangs sont aussi des sources d’eau potable, mais elles nécessitent souvent plus de traitements que les eaux souterraines pour arriver au robinet.

Aurélie Blondel

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Le PDG du groupe Veolia, principal concurrent de Suez dans le traitement des eaux et déchets, a estimé dimanche qu'il n'avait "de leçon d'éthique à recevoir de personne" dans l'affaire de l'OPA contre Suez.
Le PDG du groupe Veolia, principal concurrent de Suez dans le traitement des eaux et déchets, a estimé dimanche qu'il n'avait "de leçon d'éthique à recevoir de personne" dans l'affaire de l'OPA contre Suez. — AFP Video/Archives

Rivières, canaux, étangs, lacs naturels ou retenues de barrage : une large majorité de l’eau prélevée en France provient des eaux superficielles. Elles représentent 81% des 32,6 milliards de m3 d’eau captés chaque année dans la nature. Ces eaux de surface sont essentiellement utilisées dans l’industrie et l’agriculture.

 

Une partie de ces eaux (environ 7%) finit également dans nos robinets. Au total, c’est un peu moins de 40% de notre eau potable qui est produite à partir des eaux de surface, soit plus de 2 milliards de m3.

 

De l’eau essentiellement courante

Elles sont puisées sur environ 1300 prises d’eau. C’est surtout dans les eaux courantes (les cours d’eau, par opposition aux eaux stagnantes) que les réseaux de distribution d’eau potable captent leurs ressources. En 2007, près de 70% des eaux de surface prélevées pour l’eau de consommation provenait ainsi des cours d’eau.

 

Une plus grande fragilité

Les eaux des rivières et des lacs sont toutefois en général plus vulnérables aux polluants que les nappes d’eau souterraines. Elles sont par exemple plus facilement contaminées par les pesticides et nitrates de l’agriculture, emportés par l’eau de pluie qui ruissellent jusqu’à elles, ou par les résidus de médicaments et des détergents des eaux usées rejetées dans les fleuves par les stations d’épuration.

 

Selon des chiffres des Services de l’Observation et des statistiques (ministère de l’Ecologie), parmi les points d’observation des eaux de surface analysés en 2006, seul un sur 10 ne contenait pas du tout de pesticide. En revanche, près de la moitié (47%) des 1507 points d’observation de la qualité des eaux souterraines suivis n’en contenaient pas.

 

Des traitements plus lourds

«Si certaines eaux souterraines n’ont pas besoin d’être traitées et sont juste concernées par la désinfection obligatoire au chlore, les eaux de surface subissent en général des traitements complexes», explique Nathalie Karpel, directrice de recherche CNRS au laboratoire de chimie et microbiologie de Poitiers.



Selon la qualité de l’eau prélevée, il existe trois niveaux de traitement pour rendre une eau potable, appelés A1 (le plus léger), A2 (intermédiaire) et A3 (le plus complexe). Selon un rapport de 2008 du ministère de la Santé, «68,6% des volumes traités en A3» en 2007 étaient «d’origine superficielle».  Pas moins de 61% de l’eau de surface traitée la même année l’a été en A3 et a donc subi un traitement lourd, contre 11% seulement des eaux souterraines.

Les eaux de surface les plus polluées sont exclues du circuit. Comme l’eau potable, l’eau brute est aussi soumise à des critères de qualité et n’importe quelle eau ne peut pas être prélevée pour être potabilisée. Notez qu’au final, toutes les eaux distribuées, qu’elles viennent du sous-sol ou des cours d’eau, doivent répondre aux mêmes normes de qualité.

La France a enfin très peu recours à l’eau de mer pour sa consommation d’eau potable. Seules quelques rares îles ont mis sur pied des infrastructures de dessalement sur la presqu’île du Cap Corse.