Illustration d'un pichet d'eau du robinet.
Illustration d'un pichet d'eau du robinet. — Aurélie Blondel

ENVIRONNEMENT

L'eau potable, c'est quoi?

Fer, fluor, calcium, mais aussi pesticides, nitrates, traces de médicaments: l'eau potable n'est jamais pure et peut contenir mille et une substances. Mais elle est strictement réglementée et surveillée pour demeurer sans danger pour la santé.

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our être potable et distribuée dans les robinets français, l’eau doit respecter 56 critères. Le principe : tout le monde doit pouvoir consommer cette eau toute sa vie sans danger.



«Il faut prendre en compte le long terme (une substance peut ne pas être nocive dans l’immédiat et avoir des effets sur la santé si elle est consommée longtemps), mais aussi le fait qu’il y a des personnes hyper-sensibles, comme celles atteintes du sida, celles qui suivent un traitement contre le cancer, les bébés, etc.», précise Jean-Pierre Duguet, directeur adjoint à la direction recherche développement et qualité de l'eau d’Eau de Paris (entreprise publique chargée de distribuer l’eau à Paris).



Eau=H2O?

L’eau pure de nos cours de chimie n’existe pas à l’état naturel, l’eau est un remarquable solvant qui emporte avec elle toute sorte de compagnons de voyage croisés dans les roches, les cours d’eau, etc. Certains sont bons pour la santé, d’autres ne peuvent être absorbées qu’en-dessous de seuils ou sont à bannir totalement. Ces éléments peuvent être naturels ou provenir des activités humaines.



Les normes inscrites dans le Code de santé publique respectent une directive européenne qui s’inspire elle-même de recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé. «Les normes en France intègrent des marges de sécurité importantes», explique Nathalie Karpel, directrice de recherche CNRS au laboratoire de chimie et microbiologie de Poitiers.




Quels sont les critères?



Pas question d’abord que l’eau potable contienne des bactéries pathogènes, des virus, des parasites. Ces micro-organismes, qui proviennent des défécations humaines et animales, peuvent par exemple être à l’origine de gastro-entérites et aucune tolérance n’est admise.

Certains minéraux ou oligoéléments, en revanche, ne sont pas réglementés car ils ne présentent pas de danger – c’est le cas du calcium. (Les distributeurs surveillent quand même le niveau de calcaire car une eau calcaire entartre et une eau trop peu calcaire peut être corrosive pour les canalisations.) D’autres sont réglementés car au-delà de certaines doses, ils sont nocifs : c’est le cas du fluor.

Sont enfin limitées les substances chimiques en partie liées aux activités humaines, comme les pesticides et les nitrates. Les résidus de médicaments ne font pas encore l’objet de normes.

L’eau doit aussi être agréable à boire: des critères vérifient sa limpidité, son goût, son odeur, sa couleur.

Certains critères mesurent enfin la présence de radioactivité naturelle ou artificielle dans l’eau.


Quels sont les traitements?



Pour satisfaire ces normes, l’eau prélevée dans les sous-sols ou dans les rivières peut subir des traitements. Elle est au minimum désinfectée au chlore. Parmi les autres procédés physiques et chimiques : la coagulation-floculation (ajout d’éléments chimiques pour agglomérer les minuscules particules), la décantation, les filtrations (par sable, membranes, charbon actif).



L’eau non traitée a longtemps été à l’origine de la propagation de maladies en France. Les premiers filtres ont été installés sur les fontaines publiques au XVIIIe siècle, et les premières usines de traitement datent d’environ 1900, rappelle Nathalie Karpel.




Comment l’eau est-elle contrôlée?

«L’eau est aujourd’hui l’aliment le plus surveillé», assure Nathalie Karpel. Des contrôles officiels sont effectués par les DDASS (directions départementales des affaires sanitaires et sociales), et les distributeurs d’eau doivent aussi faire des analyses», explique Jean-Pierre Duguet. Le nombre d’analyses obligatoires dépend notamment de la taille du réseau de distribution.



Attention, un critère peut être dépassé momentanément sans que la santé ne soit immédiatement en danger. Les autorités peuvent par exemple décider d’attendre d’autres analyses, ou de recommander temporairement à la population de ne pas boire l’eau du robinet. Dans les municipalités où le seuil de nitrates est parfois dépassé, l’eau du robinet est alors déconseillée aux femmes enceintes.