Transition écologique : Qu’est prête à faire la génération Z sur les écogestes ?

MOIJEUNE Bien avant cet été 2022, marqué par des événements climatiques extrêmes, l’environnement figurait parmi les principales préoccupations des jeunes dans divers sondages. Mais jusqu’où sont-ils prêts à aller dans les écogestes ?

Fabrice Pouliquen
Une participante à une manifestation de la jeunesse contre le changement climatique brandit une banderole
Une participante à une manifestation de la jeunesse contre le changement climatique brandit une banderole — Thomas SAMSON / AFP
  • L’été 2022 aurait été un déclic chez de nombreux Français sur la réalité du dérèglement climatique en cours, selon plusieurs sondages. Au point aussi de les pousser à changer leurs comportements ?
  • Dans cette optique, les 18-30 paraissent moins réfractaires aux « écogestes » auxquels le gouvernement a appelé les Français tout l’été, si on en croit l’étude #MoiJeune 20 Minutes avec OpinionWay que nous dévoilons ce mercredi.
  • 75 % des sondés disent déjà réduire leurs déplacements en avion, 58 % assurent déjà avoir réduit leur consommation de viande rouge ou encore 59 % achètent déjà des produits d’occasion ou reconditionnés. De quoi faire de la génération Z un modèle ?

Canicules, feux de forêt, sécheresses, rationnement en eau, inondations… L’été 2022, le plus chaud enregistré en France après celui de 2003, a été ponctué d’événements climatiques extrêmes. Au point d’avoir provoqué un « déclic » chez de nombreux Français sur la réalité du dérèglement en cours, pointent plusieurs sondages.

Mais pas tant, visiblement, chez les 18-30 ans. Avec Opinion Way, 20 Minutes a sondé son panel « #MoiJeune », régulièrement interrogé sur l’actualité, pour savoir si cet été avait changé leur façon de voir le changement climatique… 66 % des 456 répondants ont répondu « non ».

Des jeunes plus sensibles et bien informés

Mais n’y voyez pas de l’indifférence, au contraire. 85 % des sondés s’estiment déjà bien informés sur le réchauffement climatique et ses conséquences. Et 69 % se disent par ailleurs bien informés sur les actions qu’on peut mener au quotidien et qui ont un réel impact pour lutter contre le réchauffement climatique.

Ces pourcentages n’étonnent guère Elodie Gentina, professeure en marketing à l’IESEG School of Management, spécialiste de la génération Z. « Cette génération est bien plus aux faits de l’actualité que certains le pensent, ne serait-ce parce qu’ils s’informent en continu, via leur smartphone et en consultant des réseaux sociaux que les médias traditionnels ont aussi investis. »

Parmi leurs centres d’intérêt, l’environnement figure en bonne place. Il était même en tête des préoccupations (32 %) des 18-30 ans, selon une enquête de 2019 menée par  le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc), devant l’immigration (19 %) et le chômage (17 %). Notre étude #MoiJeune souligne de nouveau cette sensibilité. 76 % affirment que la crise climatique impacte leur moral, et 52 % se disent inquiets des annonces de cet été sur la nécessaire sobriété et la fin de l’abondance.

Moins réfractaires aux écogestes ?

Pour autant, pour Elodie Gatina, cette génération Z n’est pas tant dans le « négatif » qu’on le dit ou, du moins, ne peut être résumée à cela. « Elle montre aussi une énorme envie de s’engager », assure-t-elle, en l’observant notamment dans le rapport au travail. Les récents discours aux cérémonies de remise de diplômes de grandes écoles, appelant leur promo à fuir les jobs destructeurs, en témoignent. Et même pour ceux qui ne vont pas jusqu'à «bifurquer», « travailler dans une entreprise à mission ne leur suffit plus bien souvent, observe Elodie Gentina. Ils demandent aussi de la cohérence entre les valeurs prônées et les actions au quotidien. »

Cette fibre écologique ne se limiterait pas au travail. Si on en croit l’étude #MoiJeune, les 18-30 ans seraient moins réfractaires aux écogestes, ces petits gestes du quotidien pour limiter sa consommation de ressource auxquels le gouvernement a appelé les Français tout l’été. Ainsi, 69 % des répondants rejettent l’idée que c’est au gouvernement d’agir plus qu’aux particuliers. Ils ne sont pas plus d’accord avec l’affirmation qu’il ne sert à rien d’agir tant que tous les pays ne s’y mettent pas.

Ces pourcentages font écho à une précédente enquête réalisée par l’institut BVA pour Greenpeace en juillet 2021 sur les Français et le changement climatique. « 80 % des - de 35 ans avaient la conviction que leur comportement pouvait faire la différence, détaille Alexis Chailloux, responsable « engagement citoyen » de l’ONG. Contre 74 % en moyenne et bien plus que les personnes âgées, la tranche d’âge qui partageait le moins cette conviction. »

Prêts à moins d’avions, de voitures, de viandes rouges ?

Mais quels sont ces écogestes qu’adoptent le plus facilement les 18-30 ans ? Dans l’étude #MoiJeune 20 Minutes, 75 % des sondés disent déjà réduire leurs déplacements en avion pour les vacances et week-ends et 19 % sont prêts à le faire. « C’est l’action individuelle qui a le plus d’impact sur la réduction de son empreinte carbone, du moins pour ceux qui prennent régulièrement l’avion », précise Alexis Chailloux.

Suit juste après, dans le top 7 des écogestes établis par Greenpeace, l’enjeu de végétaliser son alimentation. Là encore, les 18-30 y semblent plutôt disposés. Dans notre étude, 58 % assurent avoir déjà réduit leur consommation de viande rouge et 17 % sont prêts à le faire. Une étude FranceAgrimer de 2018, reposant sur des échantillons représentatifs de la population de quatre pays européens, montrait déjà que les jeunes se convertissaient davantage au régime sans viande. 12 % des 18-23 ans se disaient végétariens contre 2 % des 55 ans et plus.

Si on poursuit sur les écogestes qui comptent le plus, 79 % des 18-30 ans assurent privilégier déjà les fruits et légumes de saison (et 19 % sont prêts à le faire), 84 % disent garder longtemps leurs appareils électroniques en état de marche sans les renouveler (14 % sont prêts à le faire), et 59 % achètent des produits d’occasion ou reconditionnés (et 28 % sont prêts à le faire). Enfin, 64 % ont déjà réduit leurs déplacements en voiture (14 % prêts à le faire), et 61 % ont réduit le chauffage dans leur logement (26 % prêts à le faire) .

Etude #MoiJeune « 20 Minutes » ? OpinionWay
Etude #MoiJeune « 20 Minutes » ? OpinionWay - Etude #MoiJeune « 20 Minutes » ? OpinionWay

Une génération Z qui a ses contradictions

De quoi faire alors de la génération Z un moteur de la transition écologique ? Alexis Chailloux et Elodie Gentina invitent à ne pas trop s’emballer, en ne commettant pas l’erreur de présenter cette génération comme un seul bloc cohérent. En clair, il y a plusieurs jeunesses qui portent en elles, comme les autres classes d’âges, leurs contradictions. Le Crédoc les mettait en exergue dans son enquête de 2019. Certes, il pointait deux domaines dans lesquels les jeunes (les 18-24 ans dans l’étude) ont des habitudes plus écologiques que leurs aînés : les déplacements du quotidien d’une part, pour lesquels ils privilégient la marche, la bicyclette, les transports en commun, et les alternatives à l’achat neuf (occasion, location, revente, troc).

Pour autant, ces même 18-24 ans « ne se situent pas vraiment en rupture vis-à-vis du modèle de société consumériste dans lequel ils ont grandi et vivent aujourd’hui », constatait le Credoc. Alexis Chailloux prend l’exemple du rapport à l’avion de la génération Z, «qui ne le prend globalement pas moins que ses aînés». Elodie Gentina évoque aussi l'attrait de la génération Z pour les friperies, « vu aussi par certains comme un moyen de se payer encore plus de produits, notamment des grandes marques de la fast fashion ».

Ne pas en rester aux petits gestes

D’où l’importance de ne pas se contenter de ces actions individuelles. « Cela ne suffira pas », insiste Alexis Chailloux, qui renvoie vers l’étude « Faire sa part ? » de Carbon 4. A partir d’une liste d’une douzaine d’actions relevant de la seule volonté d’un individu – des petits gestes à des changements de comportement plus ambitieux –, le cabinet d’étude a estimé à 25 % la baisse de l’empreinte carbone d’un Français qui les adopterait tous. « Force est de constater que même un comportement "héroïque" généralisé ne peut permettre une baisse suffisante pour respecter l’objectif de + 2 °C », conclut Carbon 4, pour qui il faut alors « transcender le seul maillon individuel et accéder à un niveau collectif d’actions ».

Pour y arriver, l’État et les entreprises ont donc leur rôle à jouer. Une vision que semblent partager les jeunes sondés dans notre étude #MoiJeune : 80 % sont en tout cas d’accord avec cette nécessité de ne pas se contenter des petits gestes.

*Etude #MoiJeune « 20 Minutes » – OpinionWay, réalisée en ligne du 6 au 9 septembre 2022 auprès d’un échantillon représentatif de 456 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas)

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