Toulouse : Et si vous vous mettiez au covoiturage de courses (même à pied) ?

SHOPPER MALIN Cabashop, une toute nouvelle appli toulousaine, permet aux particuliers qui fréquentent les mêmes commerces de proximité de se livrer entre eux, remettant finalement au goût du jour des habitudes conviviales tombées en désuétude

Hélène Menal
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Avec Cabashop, le client d'un petit commerce peut en livrer jusqu'à cinq autres. Illustration.
Avec Cabashop, le client d'un petit commerce peut en livrer jusqu'à cinq autres. Illustration. — gritsivoleksandr
  • L’appli toulousaine Cabashop permet aux particuliers de passer commande dans des commerces de proximité et de se livrer entre eux.
  • Celui qui fait la tournée fait rentrer une petite commission dans sa cagnotte.
  • L’idée vient d’un trentenaire nostalgique de l’esprit d’entraide qui régnait dans la boucherie artisanale de ses parents.

En cette rentrée plombée par l’inflation, Jean, un jeune habitant des Minimes, dans la Ville rose, met « du beurre dans les épinards ». Il « mange mieux », bio même, sans payer forcément plus cher. Cet alternant en informatique a rejoint la communauté des utilisateurs de la toute nouvelle appli Cabashop. Exclusivement toulousaine pour l’instant, elle permet aux particuliers de grouper des commandes auprès de commerçants de proximité puis de se livrer entre eux. Du « covoiturage » de courses en quelque sorte, même si Jean a fait ses trois premières petites tournées en métro et en VéloToulouse. En tant que livreur – pour cinq personnes maximum –, il indique sur l’appli son trajet et quand il compte faire ses courses. Les autres « cabashoppeurs » se greffent à la commande. Et lui reçoit une petite commission déduite de son ticket de caisse. « Le fonctionnement ressemble à celui de Blablacar, les paiements sont sécurisés », explique celui qui fait « de petites économies » tout en mangeant « des choses plus saines ». Jean enrichit aussi ses relations humaines, il a le pressentiment qu’une « communauté sympa » est en germe.

Et, qui sait, il pourrait bien livrer un jour un panier de victuailles au bureau de Clothilde, en centre-ville. Cette jeune active, qui travaille dans l’agriculture, vient tout juste de télécharger l’appli parce qu’elle s’est aperçue que les premiers commerces partenaires – Bio C’Bon et les Délices de Tunis aux Carmes – étaient justement ceux où elle se servait déjà. « Je garde mes habitudes, je me fais livrer au bureau et je ne perds pas de temps le soir », anticipe-t-elle. La Toulousaine a testé pas mal de systèmes de livraison et elle a souvent été déçue du service. « J’aime l’idée de me faire livrer par des gens qui font leurs courses comme moi plutôt que par un livreur sous-payé », confie-t-elle, en n’écartant pas l’idée d’être livreuse à son tour si l’occasion se présente.

Les petits mots dans la boucherie familiale

Si elle enthousiasme les jeunes, cette solution participative et écolo pour faire ses courses n’est pas franchement nouvelle. C’est même avec une bouffée de nostalgie que Yohann Marconato a créé Cabashop avec deux de ses amis ingénieurs. Il a voulu « faire renaître l’esprit » qui régnait dans la boucherie familiale de ses parents à Tournefeuille. « Les gens laissaient de petits mots sur la caisse pour savoir si quelqu’un pouvait les livrer, il m’arrivait même de le faire moi-même sur mon petit vélo, pour trois francs six sous, de vrais francs à l’époque », raconte-t-il. Et inutile de dire que le trentenaire est tout acquis à la cause des petits commerçants, qui n’ont ni le temps, ni la logistique pour monter leur propre service de livraison.

Cabashop, qui prend son élan dans l’incubateur 1Kubator, fait ses gammes dans le centre de Toulouse. Mais l’appli, qui se rémunère par une commission sur les commandes, veut aussi séduire les salariés d’entreprises, s’exporter en banlieue – et en premier lieu à Tournefeuille forcément – puis conquérir progressivement l’Occitanie et tout l’Hexagone.