Bordeaux : « Le gecko, la Tarente de Maurétanie, s’installe à vitesse grand V chez nous »

INTERVIEW L’association Cistude nature a lancé un recensement de la Tarente de Maurétanie, espèce de gecko qui arrive de Méditerranée, que l’on trouve maintenant un peu partout dans Bordeaux

Propos recueillis par Mickaël Bosredon
— 
La tarente de Maurétanie est une espèce de gecko méditerranéenne, désormais installée dans la région bordelaise
La tarente de Maurétanie est une espèce de gecko méditerranéenne, désormais installée dans la région bordelaise — Matthieu Berroneau/Cistude Nature
  • Les toutes premières observations de cette espèce de gecko ont été faites autour de la gare à Bordeaux.
  • Elle est maintenant présente dans l’ensemble de la métropole.
  • Sa remontée par la Garonne est en partie une conséquence du réchauffement climatique.

Avez-vous vu la Tarente de Maurétanie autour de Bordeaux ? L’association Cistude nature a lancé au début de l’été une étude avec Bordeaux métropole, sur l’installation de cette espèce de gecko, originaire de Méditerranée, dans la métropole bordelaise. Les habitants sont ainsi invités à partager leurs observations, pour aider l’association à améliorer le suivi de cette espèce, et en mesurer les conséquences. 20 Minutes a interrogé l’herpétologue et coordonnateur du suivi, Matthieu Berroneau.

Depuis combien de temps la Tarente de Maurétanie s’est-elle installée à Bordeaux ?

Les toutes premières observations de cette espèce strictement méditerranéenne remontent au début des années 2000, mais cela fait vraiment deux ans que l’on a des remontées de plus en plus fortes. Au début, nous avons eu un ou deux signalements, dans le quartier de la gare à Bordeaux, après on a vu un ou deux jeunes, ce qui prouvait qu’il y avait de la reproduction, et depuis deux ans nous avons de plus en plus de données, ce qui montre que cette espèce est en train de s’installer à vitesse grand V chez nous.

La trouve-t-on partout dans Bordeaux dorénavant ?

C’est vraiment ce qu’on voulait savoir, c’est pourquoi nous avons lancé cette campagne de recensement cette année. Et nous avons eu énormément de remontées cet été : on est passé d’une quinzaine de signalements en 2021 à 120 cette année. Il s’avère qu’elle est présente quasiment partout, de façon ponctuelle à certains endroits comme à Pessac, ou en abondance à Nansouty, autour du jardin botanique sur la rive droite, ou aux Chartrons, où nous avons une trentaine de données à chaque fois. Il y en a au Bouscat, à Bruges, Talence, Bègles… Nous allons d’ailleurs étudier s’il y a un lien entre l’installation de la Tarente, et la température des rues de la métropole, grâce à la cartographie thermique de Bordeaux Métropole.

Sa présence à Bordeaux est-elle liée au réchauffement climatique ?

Complètement, ce gecko adore les climats chauds, et c’est en cela un formidable indicateur du réchauffement.

Est-ce que vous avez pu établir une cartographie qui commence à montrer son évolution géographique ?

Nous avons une carte de plus en plus précise de la répartition de l’espèce, montrant qu’on la trouve aussi en zone rurale. A l’échelle régionale, on voit qu’elle a suivi le grand axe de la Garonne. Elle a colonisé Toulouse, Villeneuve-sur-Lot, Marmande, Agen et Bordeaux. C’est assez logique, car le climat autour de la Garonne est assez proche de celui de la Méditerranée. La Tarente est par ailleurs anthropophile, c’est-à-dire qu’elle est très proche de l’homme, et elle est souvent introduite par l’homme, en grimpant dans des trains de marchandise par exemple. C’est aussi la grande mode des oliviers - tout le monde veut son olivier dans son jardin - qui arrivent des zones méditerranéennes, et c’est souvent un refuge pour la Tarente. Le climat lui étant désormais plus favorable, il y a de fortes chances qu’elle se maintienne chez nous.

Quelles sont les particularités de cette espèce ?

Le gecko ressemble au lézard mais avec une forme plus évasée, et il a au bout de chaque patte des sortes de ventouse. En fait, ce sont des micropoils qui lui permettent de grimper même sur des surfaces lisses, comme des vitres. La Tarente sort essentiellement la nuit, où elle devient plus claire, presque blanche. On la voit souvent sur les murs, en train de chasser les papillons près des lampes, surtout les nuits chaudes d’été. En journée, elle est plutôt sombre, ce qui lui permet de se réchauffer au soleil. A priori, il ne s’agit pas d’une espèce qui posera de problème sur le long terme, car elle colonise un endroit aujourd’hui vide de reptile, hormis la présence du lézard des murailles, mais qui n’a pas les mêmes capacités de grimpe.

Si vous avez observé la Tarente vous pouvez compléter le formulaire avec vos photos et vos descriptions.