Bretagne : « La pire récolte de pommes de terre » depuis 20 ans... Face à la sécheresse, les maraîchers en plein stress

AGRICULTURE Les rendements de certains légumes ont chuté jusqu’à 50 % dans les secteurs les plus secs de Bretagne

Camille Allain
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A Saint-Malo, les maraîchers voient leurs légumes souffrir terriblement du manque d'eau. Les productions de choux fleurs, de poireaux et de pommes de terre sont en net recul.
A Saint-Malo, les maraîchers voient leurs légumes souffrir terriblement du manque d'eau. Les productions de choux fleurs, de poireaux et de pommes de terre sont en net recul. — Damien Meyer / AFP
  • Dans le secteur de Saint-Malo, la sécheresse fait craindre des coupures d’eau potable cet hiver tant les réserves sont faibles.
  • Dans ce contexte de stress hydrique, les légumiers tentent de limiter leur arrosage mais ne peuvent le stopper, sous peine de perdre leur production.
  • La FDSEA souhaite que des réserves soient créées afin d’irriguer avec les eaux de pluie tombées en hiver.

Il a un peu plu en août à Saint-Malo. Au milieu d’un été caniculaire, les ondées orageuses sont venues nourrir la végétation asséchée, jaunie par l’absence totale de pluie. Penser que ces quelques millimètres de bénédiction venus du ciel breton réglera la question de la sécheresse serait pourtant une erreur. Inquiet du manque d’eau, le syndicat Eau du pays de Saint-Malo ne cesse de le crier. Sans précipitation en septembre et octobre, la côte d’Émeraude pourrait manquer d’eau potable dès cet automne en raison de l’abaissement continu des retenues d’eau du nord de l’Ille-et-Vilaine.

Dans ce territoire très touristique, le syndicat a pu compter sur les efforts de nombreux particuliers et entreprises pour réduire la consommation. Mais la situation reste préoccupante, d’autant que le secteur abrite de très nombreux professionnels du maraîchage. Souvent dotés de systèmes de récupération d’eau de pluie, les maraîchers ont puisé dans leurs ressources mais n’ont eu d’autres choix que d’arroser leurs cultures, sous peine de perdre toute leur production. Alors qu’il est désormais interdit aux particuliers d’arroser les plantes en pot (seuls les potagers sont autorisés la nuit), certains professionnels de l’agriculture bénéficient de dérogations pour irriguer leurs cultures. « Laissez-les arroser. S’ils ne le font pas, il n’y aura pas de légumes cet hiver », prévient Laëtitia Bouvier, secrétaire générale de la FDSEA 35.

« La pire récolte de pommes de terre »

Son syndicat a déjà dressé un bilan alarmant de la baisse de productivité liée à la sécheresse. Les pertes oscillent entre 20 et 50 % dans les cultures de choux. Les pommes de terre ? L’union nationale des producteurs attend «la pire récolte à venir depuis 2000 ». Même constat pour les carottes ou les betteraves qui ont très mal levé en raison du manque d’eau. Les haricots ? Ils étaient remplis de graines et de fils en juillet et affichent désormais « des rendements catastrophiques avoisinant seulement 30 % du prévisionnel », selon la FDSEA.


« Les terres du bassin malouin sont très sableuses, elles ne retiennent pas l’eau. Il faut qu’ils puissent arroser un peu. Ils le font le soir, en petite quantité. Et cette eau n’est pas gaspillée, elle retourne à la terre », estime Cédric Henry, président départemental du syndicat majoritaire.

Alors que la sécheresse perdure, la FDSEA espère d’ailleurs peser dans les débats pour améliorer le stockage des eaux de pluie accumulées en hiver, afin de mieux irriguer en été. Une mesure qui a ses opposants. En effet, retenir les pluies hivernales dites efficaces peut affaiblir les nappes phréatiques, qui ne se rechargent pas entre mars et novembre. En Charente-Maritime et dans les Deux-Sèvres, de nombreuses manifestations ont été organisées pour s’opposer à la création de ces bassines géantes. « C’est un parcours du combattant pour obtenir les autorisations », prévient le syndicat agricole. Le sujet est loin d’être tranché.