Sécheresse : La douche, le premier poste où agir pour être sobre en eau ?

SOBRIETE 40 % de l’eau consommée par un foyer l’est pour la douche. Pour y remédier, Hydrao, entreprise grenobloise, a mis au point un pommeau connecté passant par le nudge pour nous pousser à revoir nos habitudes. Explications

Fabrice Pouliquen
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93 % de l?eau utilisée à la maison sert à l?hygiène et au nettoyage. Dans le lot, 39% est consommé pour les bains et les douches.
93 % de l?eau utilisée à la maison sert à l?hygiène et au nettoyage. Dans le lot, 39% est consommé pour les bains et les douches. — - Canva
  • En moyenne, les Français laissent s’écouler entre 40 et 50 litres d’eau par douche. Cela en fait, sein du foyer, en fait le premier poste de consommation de cette ressource dont on prend conscience qu’elle est de plus en plus précieuse.
  • Plusieurs technologies existent pour être plus sobre en eau sous la douche. A commencer par les aérateurs, pas nouveaux, qui permettent de réduire le débit sans changer le confort.
  • La start-up grenobloise Hydrao a voulu aller plus loin encore, en mettant en plus au point un pommeau de douche qui change de couleur plus on laisse l’eau filer. Tout le jeu alors est d’éviter d’atteindre le palier rouge. Ludique, mais efficace ?

Combien de litres d’eau utilisez-vous pour votre douche ? Gabriel Della-Monica en met sa main à couper : à cette question, beaucoup de Français répondront par un haussement d’épaules ou une estimation au pif, parie-t-il. C’est ce déficit d’information que le Grenoblois, par le passé ingénieur telecom, propose de combler avec Hydrao, un pommeau de douche connecté mis au point avec des amis et commercialisé depuis fin 2015.

Le pommeau change de couleur plus on laisse l’eau s’écouler : du vert tant qu’on est sous les 10 litres au rouge quand on franchit la barre des 30. Tout le défi est alors de franchir le moins de paliers de couleur possible. Ludique, mais pas seulement. La preuve : Hydrao a déjà glané plusieurs prix et figure parmi les 1.000 solutions pour la planète répertoriées par la fondation Solar Impulse.

Le pommeau de douche Hydrao utilise un jeu de couleurs pour nous indiquer notre consommation d'eau.
Le pommeau de douche Hydrao utilise un jeu de couleurs pour nous indiquer notre consommation d'eau. - SMART & BLUE

La douche, premier poste de consommation d’eau d’un foyer

C’est que l’enjeu n’est pas anodin : « 21 % de l’eau consommée en France l’est à des fins domestiques, pas rien donc », rappelle Marillys Macé, directrice générale du Centre d’information de l’eau (C.I.EAU), association qui informe sur les enjeux de l’eau et observe les opinions et comportements des Français vis-à-vis de cette ressource. Dans le détail, 20 % sont utilisés pour les toilettes (chasse d’eau), 12 % pour le nettoyage du linge, 10 % pour la vaisselle, 6 % pour l’entretien de la voiture et du jardin…

« Mais le premier poste de consommation, ce sont les bains et les douches, à hauteur de 40 % », reprend Marillys Macé. En moyenne, les Français laissent s’écouler entre 40 et 50 litres d’eau pour une seule douche. Difficile donc de passer outre quand on cherche à réduire sa consommation en tant que particulier. La sécheresse historique qui touche l’Hexagone cet été en a rappelé encore la nécessité. Dans sa sortie sur la « fin de l’abondance », récemment en Conseil des ministres, Emmanuel Macron a rangé l’eau parmi les ressources qui se raréfient. « Début août, on comptait plus de 100 communes privées d’eau potable et ravitaillées par camion-citerne, rappelle Gabriel Della-Monica. Ça ébranle cette idée trop souvent ancrée que l’eau est une ressource inépuisable en France et qu’il suffit d’ouvrir les robinets pour qu’elle s’écoule sans avoir à se poser plus de questions. »

L’eau, grande oubliée des écogestes ?

C’est le constat de départ d’Hydrao : l’eau est la grande oubliée des écogestes. « On y est beaucoup moins sensibilisé qu’à la nécessité d’économiser l’énergie », regrette Gabriel Della-Monica, Ces vingt dernières années, alors que de nombreux procédés techniques ont permis de mieux gérer et réduire en amont la consommation d’énergie dans les bâtiments, rien de similaire n’a pu être fait sur l’eau, souligne-t-on aussi à Hydrao.

Marillys Macé nuance quelque peu le tableau : « On observe des changements de comportement sur les 25 dernières années. Ne serait-ce le fait que les Français privilégient de plus en plus les douches aux bains, commence-t-elle. Ce qui permet des économies, du moment qu’on ne reste pas deux heures sous la douche. » En parallèle, elle pointe des gains de performance sur les appareils électroménagers et des procédés technologiques qui permettent de mieux maîtriser les consommations. « Le meilleur exemple, c’est la chasse d’eau à double commande, qui tend à devenir la norme dans les foyers. »

Pour les robinets et pommeaux de douche, la directrice du C.I.EAU évoque les aérateurs. « Ils permettent de mélanger de l’air et de l’eau quand on ouvre les vannes, donnant l’illusion d’avoir la même quantité d’eau que d’habitude alors que le débit a été réduit par deux », détaille-t-elle. Le pommeau Hydrao intègre aussi un réducteur de débit. « Le débit d’un pommeau de douche classique est autour de 9 litres par minute quand il est de 6,1 avec le pommeau Hydrao, le tout sans changer le confort », explique Gabriel Della-Monica.

Le nudge, pas un gadget

« Mais notre solution serait inaboutie si nous nous étions arrêtés à la seule réduction de débit », insiste-t-il. Manière de dire que le jeu de couleurs – autonome en énergie grâce à sa mini-turbine – est loin d’être un gadget à ses yeux. Le Grenoblois veut jouer sur les ressorts du « nudge », cet art de nous inciter à adopter un comportement bénéfique pour nous et pour la collectivité sans s’en rendre compte. Il est déjà régulièrement utilisé à des fins écologiques pour inciter au tri, à opter pour les mobilités douces ou réduire sa consommation d’électricité…

Alors pourquoi ne pas l’utiliser pour raisonner sa consommation d’eau ? « Le jeu de ne pas arriver à la couleur rouge, mais aussi l’application smartphone que nous avons développée et qui permet de noter les progrès dans le temps, en mémorisant jusqu’à 200 douches, sont des leviers tout aussi puissants que la réduction du débit », assure Gabriel Della-Monica.

De 40 à 50 litres utilisés par douche, les pommeaux hydrao feraient passer à 20 litres d’eau en moyenne. Au-delà de la satisfaction de faire « sa part » pour préserver les ressources, Gabriel Della-Monica ajoute les gains sur les factures. « Pas que celle sur l’eau, insiste-t-il. On l’oublie souvent, mais l’eau chaude, c’est aussi une consommation d’énergie. » La production d’eau chaude sanitaire représente 11 % des consommations énergétiques d’un foyer, dit l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

7.051.810 m³ d’eau déjà économisés

Au final, les économies sont loin d’être négligeables, assure-t-on à Hénéo. Depuis fin 2020, cette filiale de la  Régie immobilière de la ville de Paris (RIVP), qui gère 76 résidences en Ile-de-France, a commencé à installer des pommeaux Hydrao dans ses logements et compte en équiper 2.953 d’ici à fin 2024. C’est déjà fait dans sa résidence de la rue Richemont (13e arrondissement), qui compte 125 logements en grande partie occupés par des étudiants. « Sur une année, nous sommes parvenus à réduire la consommation d’eau de la résidence de 2.500 m3, et la facture d’un peu plus de 5.500 euros », détaille Ousmane Sylla, responsable « achats » et contrats techniques. Nous devrions rembourser l’investissement (7.900 euros) en un peu plus d’un an. »

D’autres professionnels ont aussi choisi de miser sur les pommeaux Hydrao. « Des promoteurs immobiliers, des hôtels ou des collectivités », liste Gabriel Della-Monica. A l’instar de Dunkerque qui, depuis août 2019, a investi dans 498 pommeaux Hydrao pour équiper 24 de ses équipements sportifs de notre technologie. Si on ajoute les particuliers - pour 79,90 euros pièce –, Hydrao annonce avoir vendu 70.000 pommeaux en France depuis sa création. Ils ont permis d’économiser 7.051.810 m³ d’eau, soit l’équivalent de la consommation domestique annuelle d’une ville de la taille de Bayonne (44.000 habitants), évalue l’entreprise grenobloise.

Gabriel Della-Monica s’attend à ce que les chiffres augmentent encore avec l’été qu’on vient de passer. « Alors qu’août est généralement un mois calme, nous avons enregistré beaucoup de visites sur notre site », observe-t-il notamment.