Inondations : Repenser nos villes devient urgent

DECRYPTAGE Certaines artères et stations de métro parisiennes ont été inondées après un fort épisode de pluie. Un phénomène lié à un problème d’urbanisme qui nécessite des adaptations

Cécile De Sèze
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Les quais de Seine inondés en 2016 à Paris. Archive
Les quais de Seine inondés en 2016 à Paris. Archive — Xavier Francolon/SIPA
  • Si Paris ne faisait pas partie des départements placés en alerte orange pour des risques d’orages et d’inondations mardi soir, une pluie diluvienne s’est abattue dans les rues de la capitale.
  • Les images de l'eau déferlant dans les stations de métro font écho à d’autres photos prises ailleurs sur la planète, comme lors des inondations à New York en 2021 ou plus récemment à Séoul, en Corée du sud.
  • Marta Torre-Schaub, directrice de recherche au CNRS et à l’université Paris-1, estime que des améliorations sur l’urbanisme peuvent encore être mises en place pour adapter les villes aux conséquences du changement climatique qui vont devenir plus fréquentes et plus violentes.

Après la canicule, le déluge. Si Paris et l’Ile-de-France ne faisaient pas partie des huit territoires placés en vigilance orange orages ce mardi, la foudre a tout de même frappé la capitale, accompagnée d’une pluie battante. « Il est tombé l’équivalent d’un mois de précipitations en quarante minutes », résume à 20 Minutes Marta Torre Schaub, directrice de recherche au CNRS à L’ISJPS de l’Université Paris-1. Plus précisément, plus de 40 millimètres de pluie sont tombés en l’espace de quatre-vingt-dix minutes. Une averse qui a surpris les habitants, notamment dans les usagers du métro où de véritables cascades se sont déversées, comme ici à la station Balard sur la ligne 8.


Le métro parisien est conçu pour supporter des fortes pluies et est doté d’un système de pompes parfois « capables de vider une piscine olympique en quelques minutes » et qui permet de réguler les conséquences de la pluie dans la capitale, explique un conducteur SNCF sur Twitter. Toutefois, ce système ne semble pas adapté aux précipitations diluviennes comme celles de mardi soir. Celles qui font pleuvoir des mètres cubes d’eau équivalents à une pluie d’un mois sans prévenir, en quelques minutes. Le trafic a en effet été fortement perturbé sur le réseau francilien, avec plusieurs stations fermées.

Un problème parisien ou urbain ?

Et ce n’est pas un problème qui ne concerne que Paris. « Plus la ville est urbanisée, plus on va rencontrer ce genre d’inondations », explique Marta Torre-Schaub. « On a planifié un type d’urbanisme qui n’était pas prévu pour ce genre de conséquences du changement climatique, on a ignoré le fait que ça pouvait arriver, on a ignoré les différents rapports du Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat], s’émeut la directrice de recherche. Donc on a continué à construire nos villes comme si ce genre d’intempéries majeures n’allaient pas nous arriver ».

Ainsi, en dehors de la capitale, près de Marseille, à Cassis, un torrent de pluie s’est également répandu dans la ville. Des images qui font écho à d’autres photos prises ailleurs sur la planète, comme lors des inondations à New York en 2021, ou dans la ville chinoise de Zhengzhou la même année. Plus récemment, en été 2022, Séoul, en Corée du Sud, a été marquée par de violentes inondations, tout comme Doha, la capitale du Qatar.

Le changement climatique étant planétaire, personne n’est désormais épargné. « Il y a trente ans, on le voyait dans territoires éloignés, dans les îles du Pacifique, et maintenant, les conséquences se répandent un peu partout », constate Marta Torre-Schaub. Cela concerne les inondations comme d’autres événements extrêmes produisant des catastrophes, tels que les incendies, qui, cette année en France, ont déjà ravagé plus de 60.000 hectares.

Un épisode prévisible ?

Etait-il possible de prévoir cet épisode pluvieux et de prendre des mesures en amont de l’inondation ? C’est toujours plus simple de critiquer une fois que l’orage est passé. Toutefois, si ce genre d’épisode surprend par sa violence et son imprévisibilité, les semaines et semaines de canicules ainsi que l’état très préoccupant des nappes phréatiques en France, auraient pu aiguiller quelques responsables publiques. « On sait depuis longtemps qu’à chaque fois qu’on a des épisodes caniculaires très forts, les sols sèchent et ne peuvent plus absorber, donc lorsque des fortes pluies s’abattent, il y a plus de risques d’avoir des inondations », développe Marta Torre-Schaub. Ce type de risque est rappelé dans le rapport rendu en avril dernier à l’Ademe (l’Agence de la transition écologique), dont notre directrice de recherche est l’auteure.

Paris est pourtant une « pionnière » en matière d’adaptation au changement climatique. Un dossier de la Ville fait ainsi état des risques encourus face aux inondations qui seront plus violentes et plus fréquentes à l’avenir. Il propose quelques solutions afin de protéger les habitants : « Le plan de prévention des risques d’inondation de Paris (PPRI) impose aux gestionnaires d’établissements ayant une mission de service public d’élaborer un plan de protection contre les inondations (PPCI) lorsque ces établissements sont situés en zone inondable à Paris. Ce plan doit être mis à jour annuellement et décrit les mesures prises pour faire face à une crue exceptionnelle, ainsi que sur la période de retour à la normale après la crue ».

Les risques d’incendies, d’orages, de canicule sont également abordés. Ces plans d’adaptation sont essentiels quand on a compris que ces épisodes vont se répéter et devenir pratiquement annuels dans une trentaine d’années.

Comment s’adapter au changement ?

Des progrès restent manifestement à faire et on peut tirer des leçons des impressionnantes images diffusées sur les réseaux sociaux mardi soir. Peut-être « mieux protéger certaines stations » davantage exposées au risque d’inondations, propose Marta Torre-Schaub. Elle souligne par exemple que dans certaines parties du 16e arrondissement, « le sol est totalement imperméable, donc dès qu’il pleut beaucoup, des fleuves se créent sur plusieurs mètres avec une profondeur importante ». Plus largement, « il faut faire des plans d’adaptation urbanistique et pas seulement à Paris », plussoie la directrice de recherche.

« Enlever le béton, créer des îlots de fraîcheur, planter des arbres, repenser la chaussée, investir dans des matériaux plus adaptés… », sont autant d’idées qui peuvent inspirer les maires des villes afin de prévenir contre les risques liés au changement climatique. Mais Marta Torre-Schaub le concède : « C’est plus compliqué pour des villes comme Paris, Lyon, Bordeaux, qui ont une histoire urbanistique particulière ». Néanmoins, repenser nos villes devient urgent « parce que plus on tarde, plus ça coûtera cher et plus on devra faire des sacrifices pour s’adapter », poursuit-elle. Au final, pour faire des économies, mieux vaut dépenser tout de suite sans attendre qu’il ne soit trop tard, car l’urgence climatique est là.