La France est-elle réellement envahie (plus que les autres années) par les guêpes cet été ?

BZZ BZZZZ Le journal le Times a qualifié 2022 de l’année de la guêpe en France

Marie De Fournas
Frelon europeen, Vespa Crabro, il s'agit de la plus grosse des especes de guepes europeennes.
Frelon europeen, Vespa Crabro, il s'agit de la plus grosse des especes de guepes europeennes. — RAPHAEL BLOCH/SIPA
  • Le Times a qualifié 2022 « année de la guêpe en France ». Pourquoi ? Parce que l’insecte est l’un des grands sujets de discussion des Français cet été en raison de son nombre.
  • Pourtant, le spécialiste de l’étude des insectes, Henri-Pierre Aberlenc, n’observe pas d’augmentation particulière du nombre de guêpes sur le territoire.
  • Selon lui, l’idée une « invasion de guêpes » viendrait surtout de notre peur de ce petit insecte. Une peur pas toujours justifiée.

Marc de café, objet en cuivre et piège en bouteille plastique, etc. A table entre amis, au bureau, comme au bar de la plage, on se refile les meilleures astuces pour éloigner cet insecte qui veut absolument partager notre grenadine : la guêpe. Et si on en parle autant c’est parce que cette année, pour beaucoup, les guêpes seraient particulièrement nombreuses. Dans la Marne, l’entreprise Guêpes-Apens (à qui l’on accorde la médaille du jeu de mots du mois) assure que son activité a augmenté de 50 % dans le département. Même le journal anglais le Times assure que les guêpes prolifèrent de la Méditerranée aux côtes de la Manche, décrétant que 2022 était « l’année de la guêpe en France ».

Mais à 20 Minutes, outre le fait qu’on n’aime pas trop que les Anglais nous disent comment appeler notre année, on s’est demandé si cette invasion avait réellement été observée par des experts et pas juste par votre oncle qui en a marre de ne pas pouvoir faire un barbecue tranquille.


Des études chiffrées prouvent-elles qu’il y a cet été une invasion globale de guêpes partout en France ?

Non. En tout cas pas encore. Et de toute façon, cela serait assez compliqué. « On ne peut pas faire de généralité puisqu’il y a des quantités d’espèces de guêpes très polyvalentes », explique à 20 Minutes l’entomologiste (ça veut dire spécialiste de l’étude des insectes), Henri-Pierre Aberlenc. L’auteur du manuel Les Insectes du Monde, a recensé en France des centaines de familles de guêpes « au sens classique du terme ». C’est-à-dire les jaunes rayées noires, si on vulgarise complètement l’espèce de vespidés où l’on peut pourtant distinguer la Vespa Crabo de la Vespula germanica.

Certaines vont ainsi mieux se faire au réchauffement climatique que d’autres. Tout va dépendre aussi de la région où l’on se trouve. « Les populations de guêpes, comme de n’importe quel insecte, fluctuent énormément d’une année à l’autre. Cette fluctuation est ponctuelle, locale et conjoncturelle », insiste Henri-Pierre Aberlenc, qui dit ne pas en observer particulièrement cette année. En fait, il suffit qu’il fasse chaud ou humide au bon moment, au bon endroit pour que la population d’une espèce soit importante et une autre beaucoup moins.

Pourquoi a-t-on l’impression qu’il y en a plus alors ?

L’été, notre observation de la population des guêpes est souvent biaisée. D’abord parce que si on est en vacances et qu’il fait chaud, on est généralement dehors pour manger et se baigner par exemple. Deux choses qui attirent les guêpes. « Les sources de nourriture carnée ou sucrée peuvent concentrer énormément de guêpes au même endroit, tout comme les points d’eau où elles viennent boire en ces temps de sécheresse », analyse l’entomologiste.

Sauf que partager son entrecôte ou sa piscine avec ces petites bourdonneuses, ça enchante rarement les gens. Non pas parce qu’ils sont égoïstes, mais parce que la piqûre de guêpe fait peur. Eh oui, personne ne se plaindra jamais d’une invasion de jolis papillons ou de petits chatons. Pourtant, « seules les guêpes femelles piquent », rappelle l’expert, « et seulement si l’on s’approche à moins de deux mètres de leur nid ». Pas de risque de se faire piquer à table donc, à moins que leur maison ne se trouve juste en dessous.

Pourquoi devrait-on se réjouir qu’il y en ait autant ?

La guêpe est un insecte et « sur le long terme, à l’échelle des décennies, au-delà des péripéties locales et des fluctuations annuelles, il y a un déclin général des insectes », observe Henri-Pierre Aberlenc. Or la guêpe, animal omnivore comme nous, « joue un rôle utile pour réguler les populations d’autres insectes et est une proie pour certains oiseaux ». Les guêpes françaises sont un élément essentiel de notre biodiversité et de l’équilibre de la nature.

Henri-Pierre Aberlenc recommande de ne pas systématiquement faire retirer un nid de guêpes dès qu’on en repère un, mais d’analyser d’abord si ce dernier se trouve à un endroit où l’on est amené à passer à moins de deux mètres. Si, c’est dangereux, on appelle un spécialiste. Si ce n’est pas le cas, alors pas de risque. Alors, vous allez partager un peu votre limonade ?