Gironde : Les feux reprennent si violemment, car la forêt est devenue un véritable « champ d’allumettes »

INCENDIE Les feux sont repartis en Gironde quelques semaines après avoir été fixés, ravageant plus de 6.000 hectares de forêt en moins de 24 heures

Marie De Fournas
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Le 18 juillet 2022, le secteur de Landiras en Gironde était déjà le théatre de violents incendies de forêts
Le 18 juillet 2022, le secteur de Landiras en Gironde était déjà le théatre de violents incendies de forêts — Phillippe Lopez/AP/SIPA
  • Huit feux ont repris mardi après-midi en Gironde dans le secteur de Landiras, brûlant en quelques heures plus de 6.000 hectares de forêt.
  • Les incendies sur cette zone avaient pourtant été maîtrisés mi-juillet. Les nouveaux départs seraient intervenus à l’extérieur des zones calcinées, sur des espaces particulièrement sec du fait des chaleurs et des précédents incendies.
  • Autant de paramètres qui ont généré la formation de feux particulièrement violente à la progression très rapide.

On pensait en être venu à bout, mais pas du tout. Mardi après-midi, le feu qui avait pourtant été fixé par les pompiers mi-juillet dans le secteur de Landiras en Gironde, est reparti de plus belle. Rien que cette nuit, de violentes flammes ont ravagé 6.000 hectares de forêt. S’il n’était pas forcément attendu, ce nouveau départ était en tout cas redouté. « Jamais déclaré éteint », ce feu qui a déjà dévoré 14.000 hectares de forêt en juillet était toujours sous surveillance, a rappelé ce mercredi le préfet délégué de la Gironde, Martin Guespereau.

Par ailleurs, les canicules et vagues de chaleur consécutives n’ont pas amélioré la santé de la forêt en stress hydrique à cause du manque d’eau, depuis des semaines. « A la moindre étincelle, ça repart », avertissait dans une interview accordée à 20 Minutes il y a quelques semaines, Eglantine Goux-Cottin, ingénieure forestière. Ses craintes se sont malheureusement réalisées.

Des couronnes de végétation agressée

Contrairement à ce que craignaient les pompiers, « le feu n’est pas reparti du sol de tourbe » de la zone, qui laissait craindre un feu couvant sous la terre, assure à 20 Minutes Bruno Lafon, président de la DFCI (Défense des Forêts contre l’Incendie) en Aquitaine. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser (moi en tout cas), les feux n’ont pas repris à l’exact endroit où ils avaient eu lieu, mais à « l’extérieur du périmètre », précise-t-il. Pour Anthony Collin, enseignant chercheur spécialiste des incendies à l’université de Lorraine Lemta/CNRS/Polytech Nancy, la raison est assez logique : « Le charbon et les braises n’offrent pas un support au feu pour qu’il repasse une deuxième fois par-dessus ». Si c’est déjà carbonisé, cela signifie que le feu a déjà consumé ce qu’il pouvait consumer.

En revanche, la végétation se trouvant juste à côté de la zone incendiée est particulièrement exposée à un nouveau départ de feu. « Ces prairies et arbres à la lisière du front de flamme sont des champs d’allumettes », assure à 20 Minutes Anthony Collin. Cette végétation n’a pas été directement brûlée, mais elle a tout de même été agressée à distance par les immenses flammes. « Ici, on a des arbres de 25 mètres de haut. Quand ça s’embrase, on a des flammes de 80 mètres », assure Bruno Laffon. Autour de chaque noyau d’incendie, ce sont donc des couronnes de végétations particulièrement sèches qui se sont formées sur des dizaines de mètres.

«C’est la taille de la flamme qui pilote la vitesse de propagation»

Or si c’est sec, ça s’allume et particulièrement fort. En effet, l’humidité contenue dans la végétation retarde normalement la propagation d’un feu, puisque pour consommer le combustible, le feu doit d’abord le sécher. « C’est pourquoi son développement dans les premiers instants a été comparable à ce qu’il y a eu lieu il y a trois semaines », analyse Anthony Collin. Et en plus d’être fort, ce « feu très vigoureux », comme le décrit le préfet délégué de la Gironde, s’est également étendu de façon extrêmement rapide.

D’abord en raison du manque d’humidité comme expliqué ci-dessus, ensuite à cause « des forts vents cette nuit », assure Bruno Laffon et enfin du fait de la nature de la végétation. Leur taille compte pour beaucoup, un peu comme une bougie : la hauteur de la flamme varie en fonction de celle de la mèche. « Or c’est la taille de la flamme qui pilote la vitesse de propagation puisqu’elle agresse au loin la végétation vierge et favorise une propagation plus dynamique », explique Anthony Collin. Ainsi, les feux d’herbe vont progresser de quelques centimètres par seconde et les feux de broussailles jusqu’à 5 km par heure environ. Quant au feu de cimes d’arbres, ce sont les plus rapides et peuvent atteindre jusqu’à 8 km/h selon l’expert. La vitesse d’un petit footing.

Encore la faute aux humains ?

Pour l’heure, la propagation du feu semble avoir légèrement ralenti, nous assure le Président de la DFCI, « en raison d’un vent moins violent ». Des coupes techniques ont été effectuées dans des forêts où le feu n’est pas encore arrivé, afin de stopper sa progression. Un combat de plus à gagner, mais la guerre est loin d’être finie. « On est déjà à plus de 50.000 hectares de forêt brûlée pour l’année et il reste encore un mois de saison de feu de forêt avec des conditions compliquées et difficiles ou que vous vous trouviez sur le territoire français, même dans le Nord », déplore Anthony Collin.

D’autre part, si Bruno Laffon assure que pour l’heure « on ne sait pas comment le feu est reparti », l’élément déclencheur pourrait bien être le retour de l’activité humaine autour des zones où il y a eu les incendies. « Il suffit d’une petite maladresse pour que ça reparte », rappelle Anthony Collin. De son côté, Darmanin a émis l’hypothèse ce mercredi que « les feux soient le fait d’incendiaires ». « Huit feux ont démarré à quelques centaines de mètres d’intervalle, alors que c’est tout à fait inhabituel », a-t-il justifié. L’enquête devra le déterminer.