Incendies, canicules, sécheresse : Quand les activités humaines provoquent le climat

DEREGLEMENT Après les violents incendies de juillet en Gironde et en Bretagne, la sécheresse est venue mettre à mal une végétation déjà très fragilisée dans le sud de la France. La faute au réchauffement climatique ?

Emilie Petit
La forêt calcinée près de la dune de Pyla, le 19 juillet 2022.
La forêt calcinée près de la dune de Pyla, le 19 juillet 2022. — Bob Edme/AP/SIPA

Des pluies qui se font désirer et des journées caniculaires de plus en plus nombreuses. Puis des terres asséchées et des incendies, pourtant d’origine humaine, qui se propagent dangereusement. Depuis plusieurs semaines, la France vit l’un de ses étés les plus noirs. En cause : un mois de juillet particulièrement chaud et sec. Mais pas que…

Le réchauffement climatique est-il à l’origine des canicules ?

C’est un fait, chaque degré supplémentaire sur le thermomètre, dû aux activités humaines responsables de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, rend les extrêmes de chaleur plus fréquents et plus sévères. Le réchauffement planétaire est, aujourd’hui, de +1,1°C par rapport au niveau préindustriel (1850 à 1900), et de +1,7°C en France. Une hausse qui, dans certaines régions, a contribué à une intensification des sécheresses agricoles et écologiques liées à l’humidité des sols, en raison d’une augmentation de l’évapotranspiration*. La végétation a donc de plus en plus soif, les précipitations étant totalement déséquilibrées, insuffisantes, voire absentes pendant plusieurs mois, puis intenses sur des périodes plus courtes.

Le réchauffement climatique, induit par l’utilisation des énergies fossiles par l’homme (pétrole, gaz et charbon) est donc responsable de l’accroissement du nombre d’épisodes caniculaires. Il fait de plus en plus chaud, de plus en plus longtemps, et ce n’est pas une bonne nouvelle.


La canicule et la sécheresse favorisent-elles la propagation des incendies ?

L’intensification des conditions météorologiques est propice au déclenchement et à la persistance d’incendies. Bien que les départs de feu soient parfois provoqués par une imprudence (cinq fois sur dix) ou soient parfois intentionnels (trois fois sur dix), ils sont ensuite largement alimentés par la hausse des températures, et la sécheresse qui s’ensuit. Comme en Gironde, dans le Gard et en Bretagne, fin juillet, ou en Dordogne ces derniers jours, entre autres.

Le manque de pluies hivernales puis printanières a également mis à mal les réserves en eau des sols, déjà appauvris par des années de maltraitance chimique. Résultat : après la canicule, et tandis que des incendies font toujours rage dans le sud de la France, la sécheresse vient s’ajouter aux maux du climat.

Quel impact sur les forêts de France et leur capacité de stockage des émissions de gaz à effet de serre ?

Qui dit atmosphère et environnement plus secs, dit forcément augmentation de la pénurie en eau (appelée aussi stress hydrique), avec, pour effet, une mortalité plus élevée des arbres et un dépérissement des forêts qui renforcent les risques d’incendies. La végétation a soif ! Et elle est mise à mal par les vagues de chaleur successives, la vitesse du vent et les conditions de sécheresse des mois précédents, qui augmentent le potentiel de grands incendies de forêt.

En France, le puits de carbone forestier a fortement baissé au cours de la dernière décennie en raison d’une réaffectation des sols et d’une bétonisation accrue, bien qu’un plan de reforestation a été mis sur la table dans le plan « France relance » du gouvernement Philippe en juillet 2021. Le Haut Conseil pour le climat avait également déjà pointé du doigt la baisse de la capacité de stockage des émissions carbone par les forêts de France : seulement 30,7 millions de tonnes (Mt) d’équivalent CO2 alors que les scénarios de la Stratégie nationale bas carbone émis par le gouvernement l’avaient estimée à 39 Mt. Elle avait pourtant doublé entre 1990 et 2000, passant de 25 à 50 Mt d’équivalent CO2…

(*) L’évapotranspiration correspond à l’émission de vapeur d’eau dans l’atmosphère depuis le sol et la surface des végétaux.