Les seuils des vagues de chaleur sont « de plus en plus souvent dépassés »

BRULANT Christine Berne, climatologue à Météo-France, revient pour « 20 Minutes » sur la litanie de vagues de chaleur qui s’écrasent sur l’Hexagone cet été

Diane Regny
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La France est touchée par sa troisième vague de chaleur depuis le début de l?été et ces phénomènes sont appelés à se multiplier. (PHOTO D'ILLUSTRATION)
La France est touchée par sa troisième vague de chaleur depuis le début de l?été et ces phénomènes sont appelés à se multiplier. (PHOTO D'ILLUSTRATION) — Canva
  • La France est touchée par sa troisième vague de chaleur depuis le début de l’été. Elle a commencé le 31 juillet et devrait durer encore au moins toute la semaine.
  • « Au niveau national, depuis le 17 juillet, la France établit chaque jour un nouveau record de sécheresse des sols (sur un historique qui débute en août 1958) », note Météo-France. Une situation qui pourrait s’aggraver au mois d’août alors que les températures restent très élevées.
  • 20 Minutes se penche sur ces vagues de chaleur successives, grâce à l’analyse de Christine Berne, climatologue à Météo-France.

Il faut chaud, chaud, chaud cette semaine dans l’Hexagone. La vague de chaleur qui touche la France n’en a pas fini et devrait culminer avec un pic caniculaire vendredi dans la majeure partie du pays. Les alertes se multiplient mais sont-elles encore adaptées avec le réchauffement climatique ? 20 Minutes fait le point.

Les épisodes de forte chaleur s’aggravent-ils ?

Cet été, l’Hexagone a déjà subi trois vagues de chaleurs. Une première en juin, d’une durée de cinq jours, une autre en juillet, longue de quatorze jours, et celle que nous traversons actuellement et qui a commencé le 31 juillet. « Les vagues de chaleur sont de plus en plus longues et intenses mais ce n’est malheureusement pas une surprise », déclare Christine Berne, climatologue à Météo-France. « Cet été et cette semaine, il va y avoir encore des vigilances canicule », prédit-elle, estimant qu’au moins une vingtaine de départements seront touchés. L’été a déjà été particulièrement chaud. Et « une nouvelle vague de chaleur pourrait survenir en septembre. On est sur une tendance avec des étés qui ont et auront beaucoup de jours en vague de chaleur. »

D’après les simulations climatiques du rapport Drias, si nous continuons la courbe actuelle de nos émissions de gaz à effet de serre – qui augmentent chaque année, à la fin du siècle nous subirons entre 20 à 50 jours de plus en vague de chaleur. La tendance est claire : entre 1947 et 2019, les experts de la météo comptent 45 vagues de chaleur (sans compter celle que nous vivons ces jours-ci). Sur ces 45 vagues, seulement neuf ont eu lieu avant 1989.

Nos seuils d’alerte sont-ils encore adaptés ?

Après la canicule de 2003, les experts du climat ont défini des seuils. La vague de chaleur est « le premier seuil, la première alerte » calculée à l’échelle nationale. Le pays entre dans une vague de chaleur « quand on a pendant plusieurs jours le seuil de 25 degrés qui est dépassé, en moyennant toutes les températures nuit et jour », explique l’experte du climat. Les canicules, elles, sont calculées à l’échelle départementale et sont donc plus précises.

« On ne les a pas changés depuis vingt ans et avec le réchauffement climatique, les températures montent, donc ces seuils de vagues de chaleur et de canicule sont plus fréquemment dépassés », admet Christine Berne. En été, vagues de chaleur et canicules semblent se succéder. Entre 1976 et 2005, « les vagues de chaleur étaient relativement rares sur la plupart du territoire avec moins de cinq jours par an », souligne le rapport Drias. La saison estivale 2022 a déjà explosé les compteurs. « A l’automne ou à l’hiver, on aura plus de recul sur l’été pour se poser la question de la définition et voir si elle est encore plus pertinente ou s’il faut augmenter les seuils », explique la météorologue.

La notion n’est toutefois « pas artificielle », estime-t-elle. Pour les canicules, elle permet de protéger les habitants car les seuils mis en place en collaboration avec Santé Publique France poussent à la vigilance. Quant aux vagues de chaleur, elles sont « un impact très important sur les activités humaines » et leur fréquence cet été « sous-entend qu’il ne pleut pas et qu’il y a de la sécheresse ». Une situation cruciale pour notre agriculture ou même notre accès à l’eau potable.

Comment ces indicateurs peuvent-ils nous aider à faire face ?

Les experts développent des seuils et des projections pour informer le gouvernement et pour protéger les populations. Les seuils des canicules sont d’ailleurs gérés par le ministère de la Santé. Les vigilances orange ou rouge sont enclenchées plus vite dans les régions qui ne sont pas habituellement soumises à ce climat torride. « Les organismes s’habituent et l’habitat est plus adapté aux chaleurs dans certaines régions », souligne Christine Berne.

Dans le Sud, les Français sont habitués aux fortes chaleurs estivales. Ils ont donc intégré les bonnes habitudes de protection. « Mais en 2003, on s’était rendu compte que les gens plus au Nord n’avaient pas le réflexe de fermer les volets le matin et ne se protégeaient pas du tout de la chaleur la journée », se souvient la climatologue. L’été 2003, exceptionnellement brûlant, a provoqué la mort d’environ 15.000 personnes.

Tirer la sonnette d’alarme peut permettre aux organismes de santé de se tourner vers les plus fragiles, aux autorités de communiquer les bons gestes et aux habitants de réaliser l’ampleur du phénomène. En cas de canicule, il faut bien évidemment allumer la climatisation dans les Ehpad, par exemple. Mais à terme, « il va falloir modifier les habitations, mieux les isoler », ajoute Christine Berne. Car on n’a pas fini d’avoir chaud.