Prudence en interprétant ces images satellites qui comparent la France entre 2021 et 2022

FAKE OFF Des images satellites comparant la France de juillet 2021 à juillet 2022 ont semé le doute dans l’esprit de nombreux internautes

Romarik Le Dourneuf
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Les deux images satellites montrant l'état de la France en juillet 2021 et juillet 2022.
Les deux images satellites montrant l'état de la France en juillet 2021 et juillet 2022. — Capture d'écran / Copernicus
  • Des images satellites de la France circulent depuis plusieurs jours et interrogent beaucoup d’internautes sur l’état de la nature entre juillet 2021 et juillet 2022.
  • Certains utilisent ces images pour mettre en doute le réchauffement climatique, justifiant que la sécheresse de l’été 2022 ne serait qu’une exception.
  • Si exception il y a, c’est en fait l’été 2021 qui a été touché par des précipitations plus importantes que les années précédentes, et vraisemblablement celles à venir.

Depuis quelques jours, des images satellites montrant la France circulent sur les réseaux sociaux. Il s’agit de deux photographies accolées l’une à l’autre, dans un format « avant/après » avec la France de juillet 2021, verdoyante sur son ensemble et celle de 2022 avec une nature décimée, aux couleurs plus orangées.

La majorité des internautes les ayant partagées précisent que ces images proviendraient de Copernicus, le programme d’observation de la Terre de l’Union européenne qui regroupe les États membres, l’Agence spatiale européenne (ESA), l’Organisation européenne pour l’exploitation des satellites météorologiques (EUMETSAT), le Centre européen de prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF), les agences de l’UE et Mercator Océan. Les images non-coupées affichent d’ailleurs le nom de l’organisme avec le logo européen en bas à droite.

Ces images ont beaucoup fait réagir sur les réseaux sociaux. Si beaucoup déplorent le délabrement de la verdure hexagonale, d’autres apparaissent plus sceptiques. D’un côté, il y a ceux qui doutent de la véracité de ces images aux vues du changement radical constaté en seulement une année. De l’autre, ceux qui y voient la preuve que l’année 2022 n’est qu’une année exceptionnellement sèche et que le vert visible en 2021 montre que le réchauffement climatique n’est pas si fort qu’on peut le dire. 20 Minutes fait le point.

FAKE OFF

Ces images sont bien réelles. Contacté par 20 Minutes, Copernicus confirme que ces photographies proviennent bien du programme, qui les affiche d’ailleurs sur son site Internet, répondant aussi aux doutes émis sur la date des clichés.


Nous avons présenté ces images à Météo-France pour comprendre une telle différence entre les deux années. « On ne peut tirer de conclusion sur des images prises à un instant T, à seulement une année d’écart, nous explique une porte-parole, il faudrait les comparer avec celles de toutes les années précédentes sur la même période. »

L’année 2022 bat des records de sécheresse, le pays ayant connu (et connaît encore) une vague d’incendie inédite, et les précipitations ont été très déficitaires en juillet sur la quasi-totalité de la France. En moyenne, sur le pays, le cumul de précipitations agrégées s’élève à 9,7 mm, soit un déficit d’environ 84 %. Juillet 2022 est le mois de juillet le plus sec sur la période 1959-2022 à l’échelle nationale et au second rang des plus secs, tous mois confondus, derrière mars 1961. Ce qui explique la couleur orangée de la photographie de juillet 2022 : la nature grille.

Ces conditions extrêmes sont pourtant dans la tendance observée ces dernières années. Confirmant ainsi le réchauffement climatique. Les experts annoncent d’ailleurs que cet été ne sera sans doute pas plus chaud que ceux à venir.

C’est en fait le mois de juillet 2021 qui a été une exception sur les dernières années. Le pays a connu un excédent moyen de précipitations supérieur à 20 %, un excédent constaté une grande partie du territoire selon Météo-France : « De la frontière belge à la Bretagne et au nord de la Nouvelle-Aquitaine ainsi que du Grand-Est au nord d’Auvergne-Rhône-Alpes, les cumuls de pluie ont souvent dépassé une fois et demie la normale. »

L’été 2021 a été enregistré comme l’été le plus froid et humide depuis 2014 en raison d’une « goutte froide » qui avait stationné sur une partie de l’Europe, provoquant des inondations meurtrières en Allemagne et en Belgique. Paul Marquis, météorologue indépendant, interrogé dans nos colonnes en septembre 2021 avait d’ailleurs qualifié l’été dernier de « pause dans le réchauffement climatique ». Les tenants de la théorie de « l’année exceptionnelle » étaient donc sur la bonne piste, mais ils ont lu les cartes à l’envers.