Côte d'Azur : La justice veut faire respecter l'interdiction de la nage avec dauphins

PROTECTION La pratique est interdite depuis 2020

20 Minutes avec AFP
Il est interdit de s'approcher à moins de 100 mètres d'un dauphin depuis le 1er janvier 2021.
Il est interdit de s'approcher à moins de 100 mètres d'un dauphin depuis le 1er janvier 2021. — Canva

C’est un non ferme. Le parquet de Grasse (Alpes-Maritimes) a fait saisir début juillet les bateaux de trois entreprises qui proposaient de nager en Méditerranée avec des dauphins, une pratique interdite depuis 2020, a-t-on appris ce mercredi auprès de ces entreprises et du parquet.

Pour environ 300 euros par personne pour la journée, ces entreprises basées à Mandelieu-la-Napoule et Antibes, sur la Côte d’Azur, proposaient de se jeter à l’eau, en pleine mer, avec masque et tuba, au milieu d’un banc de dauphins, préalablement repéré à l’aide d’un ULM. Or, depuis un arrêté ministériel du 3 septembre 2020, entré en vigueur le 1er janvier 2021, « on n’a plus le droit de s’approcher à moins de 100 mètres d’un dauphin, encore moins de se jeter à l’eau avec un dauphin », a indiqué le parquet.

Une activité « très lucrative »

Après une première réunion d’information avec les trois opérateurs en décembre 2020, « nous avons constaté en février 2021 que l’activité était toujours proposée sur leur site internet », a ajouté le parquet. Après un rappel par la gendarmerie maritime en avril 2021, les trois sociétés « ont continué tout l’été 2021, parce que c’est très lucratif ».

Début juillet, alors que la gendarmerie maritime constatait que cette nage avec dauphins se poursuivait et après un signalement de l’association France nature environnement (FNE), le parquet a placé les trois gérants des trois sociétés en garde à vue et mené des perquisitions. Un juge des libertés et de la détention « a pris une ordonnance de saisie des quatre bateaux appartenant aux trois entreprises », a encore précisé le parquet.

Jusqu’à deux ans de prison

Les trois gérants seront de nouveau entendus « pour être jugés d’ici à la fin de l’année », notamment pour « pratique commerciale trompeuse » et « perturbation volontaire d’espèce animale non domestiquée protégée », a ajouté le parquet. Les gérants risquent jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 300.000 euros d’amende.

« Nous n’avons jamais été condamnés, nous travaillons avec des scientifiques et pourtant nous sommes traités comme de lourds délinquants », a réagi Magalie Grimont, épouse du gérant du Bateau d’Annett, l’une des trois sociétés visées. « Alors que nous proposons d’autres activités, comme la pêche ou l’observation des cétacés, nous sommes privés de notre outil de travail et menacés de liquidation judiciaire », a-t-elle ajouté, estimant qu’une dizaine d’emplois sont en jeu.

Des nages dans les « eaux internationales »

Pour leur défense, les trois entreprises regroupées dans un Syndicat du collectif des opérateurs marins azuréens et français (COMPA) et qui, dans un communiqué, se présentent comme des « défenseurs d’un écotourisme responsable » assurent qu’elles organisaient ces nages avec dauphins « dans les eaux internationales ». Un argument balayé par le parquet qui rétorque que, selon ses investigations, « 98 % de ces activités se faisaient dans les eaux territoriales françaises ».

Dans une question écrite au ministre de l’Intérieur datée du 13 juillet et consultée par l’AFP, le sénateur des Alpes-Maritimes, Henry Leroy, a « alerté » sur la « nécessité de protéger l’activité de nage à proximité des dauphins » dans le département « face aux attaques répétées et infondées de différentes associations écologiques ».

« Interruption d’un comportement naturel »

Selon Morgane Ratel, chargée de projet à l’association Miraceti pour la connaissance et la protection des cétacés, cette activité de nage avec les dauphins « est limitée à ce groupuscule d’entreprises dans le Var ». La jeune femme se félicite que l’activité « ne se développe pas mais nous continuons à la suivre ».

Si elle confirme qu’il n’est pas rare que les dauphins se rapprochent des bateaux, en revanche, « dès qu’il y a une interaction du cétacé avec l’Homme, il y a interruption d’un comportement naturel ».

Des cétacés en danger

Toute petite mer — 1 % de la surface mondiale des océans —, la Méditerranée abrite plus de 10.000 espèces. Vingt-et-une sortes de cétacés — sur les 87 recensées dans le monde — ont été observées dans ses eaux et celles de la mer Noire, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

La plupart sont classées « en danger ». Outre les rencontres avec des touristes trop entreprenants, ces animaux risquent des collisions avec les navires, dans une mer concentrant 25 % du trafic mondial.