Sécheresse : Vers un record de sel (et de fatigue) pour les paludiers de Guérande

OR BLANC Le grand soleil et le manque de pluie font les affaires des sauniers de Loire-Atlantique, qui travaillent à un rythme effréné depuis début mai

Julie Urbach
Récolte du sel d'un paludier membre de la coopérative Les Salines de Guérande.
Récolte du sel d'un paludier membre de la coopérative Les Salines de Guérande. — JS Evrard/AFP
  • Pour produire le fameux or blanc, il faut un maximum de soleil et du vent.
  • La saison s'annonce donc très bonne à Guérande, même si la fatigue pointe chez les paludiers, soucieux de ces conditions climatiques extrêmes.

Dans la famille des agriculteurs, difficile de trouver ceux qui ont le sourire en ce moment. Mais dans les marais salants de Guérande, en Loire-Atlantique, la sécheresse que connaît le pays ces derniers mois fait les affaires des paludiers. Car pour favoriser la cristallisation et produire le fameux or blanc, il faut un maximum de soleil et du vent pour une bonne évaporation, mais aussi le moins de pluie possible, afin de garder un bon niveau de salinité. « Contrairement à la saison précédente, tous les ingrédients sont réunis pour faire du sel, indique Charlotte Lefeuvre, installée à Guérande depuis 2011. Le mois de juillet n’est pas terminé et on a déjà dépassé la récolte de toute une année moyenne ! Tant qu’il ne pleut pas, avec mes saisonniers, on ramasse. Des records vont tomber si on continue comme ça ! Alors je ne me plains pas, même s’il y a un peu de fatigue. »

Il faut dire que pour ces 300 sauniers, la saison démarre de plus en plus tôt ces dernières années, toujours en raison des conditions climatiques particulières. Dès le début du mois de mai, après le nettoyage, Christophe Annaheim et ses collègues étaient sur le pont munis de leurs las, ces instruments longs de 5 mètres qui permettent de récolter le sel sur le fond argileux des bassins rectangulaires, appelés œillets. « J’en ai 57 et je suis déjà à 1,3 tonne de gros sel pour chacun, soit 80 tonnes sortis avec mes deux petits bras, calcule ce paludier également président de l' Association française des producteurs de sels de l'Atlantique. Depuis 30 jours, on est sur un 7 jours sur 7, non-stop, qu’on ne peut pas interrompre au risque de créer une grosse croûte. C’est un travail très physique, sans mécanisation. Et les fortes chaleurs n’aident pas. »

« Ce qui se passe n’est pas normal, voire très inquiétant »

Pour éviter les températures trop élevées, les paludiers se rendent sur leurs salines dès 5 heures 30, et ne les quittent qu’en milieu de matinée. Après une grosse pause, une deuxième session est généralement nécessaire en fin de journée, quand le soleil commence à décliner et offre, en plus, de splendides reflets sur les bassins. « Mais lundi dernier, on était à 45 degrés sous abri, et il n’y a aucune ombre…, poursuit Christophe Annaheim. Une fois de plus, on ne peut que se satisfaire d’avoir du sel, mais un épisode comme celui-là n’a rien d’agréable. Je n’ai jamais eu aussi chaud à aller sur le marais ! On voit que ce qui se passe n’est pas normal, voire très inquiétant. »

Ce que redoutent ces producteurs, ce sont notamment les tempêtes qui pourraient se multiplier sur nos côtes en raison du dérèglement climatique. « La digue qui protège nos marais a vécu Xynthia mais elle n’en supportera pas d’autres, s’inquiète Christophe Annaheim. Sans parler des 50 centimètres de la montée des eaux prévus par le Giec. » En attendant, les prévisions météo n’annoncent toujours pas de pluie, ou de très faibles averses, pour les dix prochains jours. Si certains paludiers ont déjà atteint leur quota de fleur de sel (cette fine pellicule à la surface à écrémer), fixé par la coopérative, la récolte du gros sel pourrait donc continuer sur ce rythme effréné jusqu’en septembre.