Incendies en Bretagne et en Gironde : Les milliers d’hectares de forêts brûlés sont-ils exploitables ?

INTERVIEW Alors que les feux semblent désormais maîtrisés en Gironde et en Bretagne, les experts forestiers vont devoir déterminer le devenir des hectares brûlés

Marie De Fournas
— 
Un arbre brûle lors d'un incendie de forêt qui s'est déclaré au pied de la Dune du Pyla près de Teste-de-Buch, dans le sud-ouest de la France, le 13 juillet 2022.
Un arbre brûle lors d'un incendie de forêt qui s'est déclaré au pied de la Dune du Pyla près de Teste-de-Buch, dans le sud-ouest de la France, le 13 juillet 2022. — UGO AMEZ/SIPA
  • Les feux de Girondes et de Bretagne ont laissé derrière eux des milliers d’hectares de forêts brûlées.
  • Selon les experts forestiers, en fonction de l’intensité et de la durée d’un feu de forêt, le cœur du bois reste encore exploitable et peut-être notamment utilisé dans le secteur énergétique.
  • Pourtant, selon l’ingénieure forestière Eglantine Goux-Cottin, interviewée par 20 Minutes, il n’est pas bon de tout vouloir exploiter à tout prix dans une forêt détruite.

Lundi, les secours sont arrivés à bout des grands feux de forêts qui sévissaient en Gironde depuis une quinzaine de jours. Mais la bonne nouvelle en cache une plus triste : les dégâts sont énormes. Les incendies ont détruit plus de 7.000 hectares de forêt à la Teste-de-Buch, près du bassin d’Arcachon et près de 14.000 ha à Landiras. A cela s’ajoutent les 1.700 hectares de landes, de sapinières et de feuillus sur les Monts d’Arrée, en Bretagne. Des paysages de cendres et de charbons, où la vie ne devrait pas reprendre avant plusieurs années. Mais d’ici là, que vont devenir ces terrains ?

Peut-on y faire quelque chose dans l’immédiat ?

Pour la sécurité des humains, mais surtout celle de la forêt, il n’est vraiment pas recommandé d’y intervenir tout de suite. Les secours ont annoncé que les feux étaient fixés, mais cela signifie seulement qu’il n’y a plus de foyers actifs. En Gironde, avec le sol de tourbe dans le secteur de Landiras, il y a un risque de feu couvant sous la terre « qui peut réémerger de manière assez importante », a ainsi indiqué à l’AFP le patron des pompiers de Gironde (SDIS 33) Marc Vermeulen.

« Avec le dérèglement climatique qui provoque des périodes de sécheresse plus tôt, plus longues et plus intenses, la forêt est en stress hydrique. Elle manque d’eau », nous explique Eglantine Goux-Cottin, ingénieure forestière. « A la moindre étincelle, ça repart ». Pour celle qui est aujourd’hui présidente de la société Ingénieure Conseils en Environnement et Foresterie, il va falloir au moins attendre plusieurs semaines avant toute action.

Comment décider quoi faire ?

Une fois que les secours auront totalement maîtrisé le feu, c’est-à-dire procédé à l’extinction complète de celui-ci, ils pourront laisser la place aux experts forestiers. « Dans un premier temps, nous allons observer ce qui se passe », indique par exemple à l’AFP Paul Tourneur, chef de projet biodiversité à l’Office national des forêts Landes Nord Aquitaine.

« Il s’agit d’abord d’apporter une expertise sur les risques liés à des éboulements, des glissements de terrain ou d’éventuelles inondations qui pourraient se déclencher en raison des amas de bois au sol, puis de faire des propositions de réhabilitation des espaces incendiés », énumère Philippe Caramelle, responsable de l’Unité spécialisée de Défense des forêts contre l’incendie (DFCI) en Corse, sur le site de l’ONF. En résumé, les experts vont « déterminer ce qui a été brûlé, avec quelle intensité et quelles techniques mettre en œuvre pour la reconstitution », précise l’ONF. Une fois la phase d’observation terminée, viendra alors l’heure des décisions.

Qu’est-il possible de récupérer dans une forêt brûlée

S’il s’agit d’une forêt privée avec un modèle productif et destinée à la vente, le bois restant pourra éventuellement être vendu. « Selon l’intensité et la durée du feu, il est possible que le bois n’ait brûlé qu’en surface, mais qu’une fois cette couche enlevée, le cœur reste exploitable », assure Eglantine Goux. Exploitable certes, mais pas par toutes les entreprises. On oublie la construction ou les beaux meubles d’ébénistes, même si dans certaines forêts touchées par ces incendies se trouvaient des chênes vieux de 300 ans. Les pins d’Alep généralement transformés en pâte à papier ne pourront plus avoir cet usage si l’incendie les a noircis.

« Les pins seront valorisés pour l’énergie dans les grandes centrales à biomasse régionales, tandis que les chênes alimenteront la filière bois de chauffage, s’ils sont en bon état, ou seront directement broyés avec les pins pour l’énergie », indique l’Office national des forêts.

Quelle est la meilleure façon d’exploiter une forêt brûlée

Bien qu’Emmanuel Macron ait annoncé un grand chantier de replantation pour les forêts détruites de Gironde, la meilleure solution pour Eglantine Goux c’est de ne rien faire. Oui, absolument rien. « Le meilleur ingénieur forestier, c’est la forêt. Et à une époque où on ne sait pas s’il va neiger en avril, le meilleur moyen d’avoir des forêts résilientes, qui résistent au mieux au dérèglement climatique, c’est de laisser la régénération se faire naturellement ».

On ne touche donc surtout pas aux souches, même si elles ont brûlé. « Les arbres feuillus repoussent à partir de celles-ci, c’est ce qu’on appelle le rejet de souche ». On ne nettoie pas non plus les cendres sur le sol. Elles seront absorbées par ce dernier. En fait, pour l’experte, la meilleure chose à faire pour la forêt, c’est de « la laisser tranquille se remettre de son sinistre ».