Paris : Avis de grand frais sur la capitale, la Mairie veut tripler son réseau de climatisation écolo

ANTI CANICULE Saviez-vous que la mairie de Paris dispose d'un réseau de froid, qui sert à rafraichir nombre de bâtiments et de musées?

Guillaume Novello
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C'est ici, à 24 mètre sous terre, qu'est produit le froid de Paris
C'est ici, à 24 mètre sous terre, qu'est produit le froid de Paris — G. Novello
  • La Mairie de Paris vient de renouveler sa concession de service public avec Fraîcheur de Paris, une filiale d’Engie, pour exploiter le réseau de froid de la capitale.
  • Ce dernier, qui est en fait un ensemble de canalisations faisant circuler de l’eau très froide, rafraîchit 800 bâtiments dont le Louvre ou encore l’Assemblée nationale.
  • Dans le site Canada, située rive droite, l’eau de la Seine est utilisée pour alimenter en froid le réseau, générant ainsi des économies d’énergie.

Il est moins connu que son cousin chauffant. Mais le réseau de froid de Paris pourrait bien devenir le plus populaire avec le réchauffement climatique et les coups de chaud à répétition. Pour faire simple, le réseau de froid est l’inverse du réseau de chaleur urbaine. Quand l’un sert à chauffer, l’autre sert à refroidir via la circulation d’eau très froide (à 4 °C), comme un super climatiseur collectif. Et c’est Fraîcheur de Paris, filiale à 85 % de Engie et à 15 % de la RATP, qui exploite ce réseau de 98 km via une concession de service public accordée par la Mairie de Paris et qui a été renouvelée le 5 avril dernier pour une durée de vingt ans.

En tout, 800 bâtiments, soit 3 millions de mètres carrés, sont connectés à ce réseau, en grande partie des acteurs du tertiaire (bureaux, centres commerciaux) mais aussi des musées comme le Louvre ou l'Assemblée nationale. Et la Mairie de Paris souhaite aller plus loin. « Avec ce nouveau contrat, l’objectif est de tripler la taille du réseau en passant d’une couverture de 43 % de la surface de Paris à la totalité », indique Dan Lert, adjoint en charge de la transition écologique. Pour, en somme, passer de numéro un européen à numéro un mondial. Avec en ligne de mire, le raccordement de l’AP-HP, de groupes scolaires, de crèches, etc.

Fraîcheur de Seine

L’élu parisien rappelle en outre que « la sobriété énergétique est au cœur de ce nouveau contrat ». Car, cette technique de froid collectif est beaucoup moins gourmande en énergie que les systèmes de climatisation individuels. Pour produire ce froid, Fraîcheur de Paris dispose de dix sites dans les sous-sols de Paris, dont trois sont situés en bord de Seine. L’un d’eux, l’usine Canada, s’enfonce à près de 30 mètres sous-terre, juste sous la place du Canada, au débouché du Pont des Invalides, rive droite. On y accède par un escalier en colimaçon escamotable, digne des meilleurs films d’espions.

L'entrée du site Canada, invisible en temps normal.
L'entrée du site Canada, invisible en temps normal. - G. Novello

En descendant, nul Auric Goldfinger, mais plutôt Benoît Reydellet, directeur de projet chez Fraîcheur de Paris. « Ici nous produisons un tiers du froid du réseau, soit via des groupes de froid, soit via la méthode du free cooling », explique-t-il. Pour résumer, l’eau profonde de la Seine est pompée puis mise en contact du réseau fermé d’eau de refroidissement. Si la Seine est suffisamment fraîche, elle peut refroidir d’elle-même le réseau, c’est ce qu’on appelle le free cooling. « Dans le nouveau contrat, on doit monter de 2 % de la production totale à 11 % en free cooling », précise Benoît Reydellet.

Tout est entièrement automatisé

Et si la Seine n’est pas suffisamment froide, on complète par un refroidissement classique par groupes de froid, sachant que « l’électricité consommée est 100 % renouvelable, via des champs de panneaux photovoltaïques », précise l’ingénieur. Evidemment l’eau de la Seine rejetée est plus chaude que celle pompée mais « on ne rejette jamais une eau à plus de 31°, promet Benoît Reydellet. Et de toute façon, cela ne correspond qu’à 0,1 % de la chaleur générée par le rayonnement solaire sur la portion parisienne du fleuve. »

Voici les pompes qui propulsent l'eau réfrigérée dans le réseau.
Voici les pompes qui propulsent l'eau réfrigérée dans le réseau. - G. Novello

Et toute cette production de froid se fait sous les pieds des Parisiens dans un amas de tuyauterie, de vrombissements assourdissants et de chaleur moite. En revanche, très peu de personnels sur place, sauf pour l’entretien, puisque tout est automatisé et que les dix sites sont gérés depuis un PC situé près de la gare de Lyon où deux téléopérateurs sont en permanence sur le qui-vive. Et en cas de coup dur, un réservoir d’eau glacée (mais il n’est pas le seul) est situé au niveau de la Tour Maubourg pour assurer la pérennité du système de froid.

Enfin si le réseau à vocation à s’étendre, « le raccordement des logements ne fait pas partie des objectifs dans l’immédiat », indique Dan Lert qui espère convaincre les institutionnels grâce à des tarifs attractifs. Soit 137 euros le mégawattheure de froid.