Pesticides : « Une différence entre communes, en fonction des cultures », visible grâce une nouvelle carte de Solagro

ENVIRONNEMENT L’entreprise associative vient de publier une cartographie répertoriant les fréquences de traitements par des phytosanitaires par ville

Elsa Provenzano
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Les pesticides, un véritable poison pour les abeilles, les oiseaux et les sols — 20 Minutes
  • L’association Solagro a publié une carte qui met à jour de façon très localisée la consommation de pesticides par commune.
  • La carte de France est très contrastée, faisant ressortir les monocultures intensives comme les productions céréalières et viticoles.
  • En rendant ces données publiques et à la disposition des citoyens, l’association espère aussi orienter l’action publique.

C’est un travail de fourmi qui a été effectué par l’association Solagro qui vient de publier une cartographie de l'utilisation des pesticides en France. On a accès aux fréquences de traitements en survolant la carte, avec des indicateurs commune par commune, une première. La carte de France apparaît très contrastée et fait ressortir sans surprise les régions agricoles : les grandes cultures céréalières, la viticulture et l’arboriculture.

« On y voit une différence entre communes, en fonction des cultures implantées, commente François Veillerette, porte-parole de l’association Générations Futures. C’est le meilleur résultat qu’on puisse présenter aujourd’hui avec les infos auxquelles on a accès. L’étape d’après, ce serait que tous les registres d’épandages soient tenus en ligne par les agriculteurs, ce qui permettrait d’établir des statistiques en direct. » L’association Solagro s’est basée sur les déclarations de cultures auprès de l’Union Européenne au titre de la PAC (politique agricole commune) et les données moyennes de traitement relevées par le ministère de l’Agriculture dans ses enquêtes culturales. « Ce sont des estimations, sur la base de chiffres officiels, pointe le porte-parole. On s’approche de la réalité mais avec un petit delta quand même. »

Les régions céréalières et viticoles en rouge

La carte permet de consulter les fréquences de traitements par commune. Sans surprise celles où la pomme est cultivée peuvent afficher jusqu’à 30 traitements par an, et les viticoles une quinzaine. Les zones les plus concernées sont la vallée du Rhône, la vallée de la Garonne, la région viticole bourguignonne et les grandes plaines céréalières de Picardie. Les monocultures intensives sont bien celles qui ressortent le plus sur cette cartographie.

« La Bretagne, qui a d’autres problèmes avec la pollution aux nitrates, est moins touchée par les pesticides que beaucoup d’autres régions », observe François Veillerette. On voit que certains secteurs, situés dans les zones de montagnes et les marais côtiers, sont très protégés par rapport à l’usage des pesticides. La carte permet aussi de voir le degré d’agriculture biologique et on constate que le Bordelais est l’une des régions où il y a le moins de viticulture bio. Beaucoup de territoires ont entamé une transition : 3.532 communes dépassent 25 % de bio et 807 50 %.

« Une aide à la décision publique »

La volonté de Solagro est de donner accès à ces données à tous les citoyens qui peuvent consulter les résultats dans leurs communes. « Cela permet de dessiner plus finement les zones à problèmes où il y a des actions à mettre en œuvre, pointe le porte-parole de Générations Futures. C’est une aide à la décision publique car on aimerait que la carte s’éclaircisse ». Ce travail de suivi des consommations par commune de pesticides va se poursuivre et permettra de mettre à jour les évolutions.

« La mise en œuvre du plan Ecophyto II qui vise une réduction de l’usage des pesticides de 50 % d’ici 2025 par rapport à la situation de 1998, conjointe au développement de l’agriculture biologique qui visait un objectif de 15 % de la SAU (surface agricole utile) d’ici 2022, devrait conduire à un verdissement progressif de cette carte », écrit Solagro dans son rapport. L’objectif du plan Ecophyto 1 (qui prévoyait une réduction de 50 % des pesticides entre 2009 et 2018) n’avait pas été atteint et les ventes de pesticides avaient même augmenté de 15 % entre la période de référence 2009-2011 et la période 2017-2019.