Gironde : Comment le parc naturel marin de l’estuaire veut mieux connaître la population de maigres

RESSOURCES Le Parc naturel marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis vient d’équiper une vingtaine de maigres de balises satellite pour mieux connaître les cheminements de ce poisson migrateur

Mickaël Bosredon
— 
L'estuaire de la Gironde, côté Médoc
L'estuaire de la Gironde, côté Médoc — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Le maigre est un poisson migrateur emblématique de cette zone de la côte Atlantique, qui va de la Gironde à la Charente-Maritime.
  • Pour collecter différentes données sur les cheminements de cette espère, le Parc naturel marin a équipé une vingtaine de poissons de balises qui remonteront à la surface dans douze mois.
  • L’objectif est de connaître le niveau d’exploitation de cette espèce, et s’il est durable ou pas.

En France, le maigre est pêché sur l’ensemble du golfe de Gascogne. Mais 80 % de la population est exploitée dans la zone du Parc naturel marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis. A ce titre, cela en fait un poisson migrateur « emblématique » de cette zone de la côte Atlantique, qui va de la Gironde à la Charente-Maritime.

Pourtant, cette espèce reste méconnue. C’est pourquoi le Parc naturel marin vient d’équiper vingt maigres adultes de balises, après la phase de reproduction, qui a lieu en juin dans l’estuaire de la Gironde. Elles permettront de collecter différentes données sur leurs cheminements, dans le secteur du Parc marin et au-delà. Au terme de douze mois, les balises se détacheront et remonteront à la surface pour transmettre les données via le réseau de satellites Argos.

Entre 600 et 800 tonnes pêchées par an

Le marquage des poissons va ainsi servir à identifier l’aire de répartition de ces maigres. « On va suivre les déplacements des vingt poissons marqués pendant un an, pour comprendre si la population de maigres dans le parc est la même que celle exploitée au Portugal, ou s’ils sont inféodés au parc, explique Yohan Weiller, chargé de mission pêche et conchyliculture au Parc naturel marin. C’est une question centrale, pour savoir s’il faut mettre en place une gestion au niveau français, ou avec les Espagnols et les Portugais. »

Pose de balise sur un maigre
Pose de balise sur un maigre - Yohan Weiller

« Nous avons besoin d’en savoir plus sur le niveau d’exploitation du maigre, et surtout s’il est durable ou pas » poursuit Yohan Weiller. Pour cela il nous faut tout un tas d’informations, notamment sur l’historique, la taille et les lieux de capture. »

De telles informations existent déjà pour nombre d’espèces pêchées sur le littoral Atlantique, mais pas pour le maigre. « Le maigre étant une espèce assez peu connue, il y a peu de partage d’informations. Nous pouvons seulement mesurer les niveaux de débarquement [de la part des pêcheurs], qui restent relativement stables depuis une quinzaine d’années, entre 600 et 800 tonnes par an. A titre d’exemple, les débarquements de sole dans le golfe de Gascogne, tournent autour de 3.700 tonnes par an, même si l’échelle du stock n’est pas la même. »

L’objectif est de définir des niveaux d’exploitation

Pilotée par l’Ifremer, cette initiative qui entre dans le cadre du projet Acost (Amélioration des connaissances sur les stocks du Golfe de Gascogne) se mène en collaboration avec les pêcheurs. « Pour les marquages, nous avons sollicité un professionnel pour embarquer sur son bateau, et les pêcheurs sont les premiers à avoir besoin de connaître quel est le niveau d’exploitation de telle ou telle espèce, assure le chargé de mission. L’objectif du projet Acost qui court jusqu’en 2025, est bien de définir des niveaux d’exploitation, mais cela viendra dans un second temps. »

Le maigre est un poisson « très particulier », rappelle Yohan Weiller. Il fréquente les zones au large de la Mauritanie, le sud du Portugal, au nord de l’Egypte et dans le golfe de Gascogne. Au printemps, les adultes remontent le long des côtes des Landes pour se diriger vers l’estuaire de la Gironde, leur seule zone de reproduction connue en France. C’est aussi un poisson qui a la particularité « de pouvoir grossir très rapidement, et énormément, pour atteindre jusqu’à 60 kg et deux mètres de long. »

Créé en 2015, le Parc marin a entre autres objectifs de protéger les écosystèmes du littoral. « Les estuaires et les zones côtières sont généralement des zones de nourricerie pour les petits poissons issus de la reproduction, explique encore Yohan Weiller. A ce titre, ces zones sont donc essentielles pour la reproduction des poissons. »