Marseille : « C'est calme ! »... Les visiteurs redécouvrent la calanque de Sugiton sous quota

REPORTAGE Pour la première fois en France, le parc national des Calanques expérimentait ce dimanche un système de réservation pour limiter l’accès à une calanque marseillaise, celle de Sugiton

Mathilde Ceilles
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Désormais, l'accès à la calanque de Sugiton à Marseille se fera uniquement sur réservation
Désormais, l'accès à la calanque de Sugiton à Marseille se fera uniquement sur réservation — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Ce dimanche, le parc national des Calanques expérimentait pour la première fois un système de réservation en ligne pour accéder à Sugiton, et ainsi protéger la biodiversité.
  • Certains ont tenté de contourner le système en amont du contrôle, mais la majorité des visiteurs avait pris leur disposition.
  • Les chanceux se sont réjouis de bénéficier d’une calanque paradisiaque, au calme et loin de la foule habituelle.

Sous une chaleur écrasante en ce dernier dimanche de juin, Redha et ses amis arpentent le long chemin qui mène à la crique paradisiaque de Sugiton, à Marseille. « En fait, aujourd’hui, on a prévu une petite journée aux calanques comme on fait depuis dix ans. Sans, au préalable, réserver des QR codes sur Internet, tout ça, tout ça, explique le jeune homme, dont l’accent marseillais ne trompe pas sur son origine. Et là, on arrive et on a l’info que ce système-là passe aujourd’hui. »

Ce système-là, c’est la mise en place d’un QR code obligatoire pour accéder à la calanque de Sugiton, à Marseille. Ce dimanche, en effet, était expérimenté pour la première fois en France une logique de réservation en ligne pour visiter cet espace menacé. Objectif : limiter la fréquentation à 400 personnes par jour, et ainsi préserver ce lieu emblématique du parc national des Calanques menacé en raison de l’érosion provoquée par la surfréquentation touristique du site.

« On va essayer de tchatcher »

« On a ouvert les places à la réservation jeudi à 9h, explique Zacharie Bruyas, chargé de communication auprès du parc. Et l’ensemble était parti autour de 16h. On ne savait pas à quoi s’attendre, même si on ne s’attendait pas à ce que ça parte aussi vite. » Trop vite pour Redha, qui a été pris de court… mais qui ne compte pas renoncer pour autant.

« Là, actuellement, on n'a pas de pass, explique le jeune homme. Même si on nous dit "N’y allez pas, n’y allez pas", on va essayer, vu que c’est dans notre sang, de forcer un petit peu le truc. Soit on va contourner par des petits chemins, soit on va forcer un petit peu oralement le barrage, en parlant gentiment… sourit Redha. On va essayer de tchatcher, comme on dit à Marseille ! »

Levé à l’aube

Sous sa petite tente, Marty, l’agent de sécurité chargé avec son collègue de contrôler chaque pass, se veut sourd à ceux qui lui content fleurette. « Il y a des malicieux qui tentent de passer, se marre-t-il. Un m’a expliqué qu’il avait été contrôlé plus haut, et que, sur la route, il avait supprimé son pass ! J’ai répondu que c’était gentil d’avoir essayé, mais que j’étais dans le regret de lui annoncer qu’il devait rebrousser chemin. C’est la pire des blagues que j’ai eues, celle-là. Il y en a aussi qui font croire qu’ils ne sont pas Français… »

D’autres, plus motivés, se sont levés à l’aube pour accéder à la petite crique aux eaux cristallines avant l’ouverture du checkpoint. « On s’est levé tôt ce matin, vers 6h, peste Julien. C’est un peu à chier quand même, leur truc. La beauté de la nature devrait être accessible à tout le monde, pas seulement à ceux qui ont réservé ! »

« Il y a beaucoup moins de monde »

Des subterfuges et des mines renfrognées qui restent plutôt rares sur le chemin de Sugiton. Dans la grande majorité, les visiteurs ont pris leur disposition et applaudissent la mise en place d’une telle mesure. « Je viens souvent, confie Dimitri. Et d’habitude, même en fin de matinée, c’est déjà bien rempli. Là, on a été seuls jusqu’à 11h ! » « Je sais que d’habitude, Sugiton, c’est très fréquenté, abonde Sébastien, qui vient de piquer une tête dans la mer Méditerranée. Et comparé à d’autres endroits autour de Marseille, c’est très agréable. C’est calme, paisible, avec une très belle vue ! »

Sur la petite plage, plus besoin en effet de jouer à Tétris pour pouvoir étendre sa serviette. Des conditions qui font même revenir dans ces criques paradisiaques certains Marseillais dégoûtés. « Ça doit faire un ou deux ans que j’étais pas venu ici alors que je suis Marseillaise, sourit Camille. Quand j’ai vu le système de quotas, je me suis dit que ça allait être pris d’assaut. Et finalement, c’est très agréable. Je suis surprise. Il y a beaucoup moins de monde. Avant, on avait du mal à trouver une place pour bronzer ou se croiser dans le sentier. Ça a peut-être aussi changé la population. Il y a moins de jeunes avec des enceintes qui mettent la musique à fond… Je remercie mes amis lyonnais d’avoir réservé un pass pour Sugiton ! »

« J’habite juste à côté, s’enthousiasme Isabelle. Je trouve que là, c’est hyper agréable. D’habitude, je ne viens jamais l’été. Déjà, il fait chaud, et il y a beaucoup trop de monde pour pouvoir se baigner. Là, c’est super ! » « Le dispositif a parfaitement fonctionné, se réjouit le directeur du parc, Nicolas Chardin. C’est de bon augure pour la suite. Il n’y a pas de mauvaise surprise. » Le système sera renouvelé dimanche prochain, avant d’entrer en vigueur tous les jours du 10 juillet au 21 août. Au total, ce dimanche, 342 personnes se sont présentées à la calanque de Sugiton munie de leur QR code.