Haute-Garonne : Dans les lacs, les bactéries toxiques vont-elles proliférer à cause du réchauffement climatique ?

SANTE Responsables de la fermeture du lac de Sesquières, les cyanobactéries prolifèrent entre autres avec la chaleur. Le phénomène pourrait donc s'accentuer à cause du réchauffement climatique

Marie-Dominique Lacour
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Le téléski de Sesquières, à Toulouse.
Le téléski de Sesquières, à Toulouse. — Nicolas Stival / 20 Minutes
  • À la suite de la détection de cyanobactéries au lac de Sesquières, le site a fermé durant une semaine, avant que la baignade soit à nouveau autorisée ce vendredi par l’Agence régionale de santé.
  • La récente canicule pourrait être à l’origine du phénomène d’algues bleues.
  • Ces bactéries toxiques pour l’homme et l’animal sont présentes naturellement dans les eaux douces. En trop grande quantité elles peuvent provoquer diarrhées ou vomissements, jusqu’à (rarement) des atteintes grave du système nerveux.

Malgré un bilan positif dévoilé hier par l’Agence régionale de santé sur la qualité de l’eau des lacs de baignade en Haute-Garonne, les cyanobactéries gâchent un peu la fête. En août 2021, la Ramée avait fermé quelques jours. Cette année, et alors que l’été vient tout juste de démarrer, c’est le lac de Sesquières qui a subi la même sanction : à la suite de la prolifération de ces micro-organismes, la baignade y a été interdite durant tour une semaine.

Les cyanobactéries ici en Dordogne (illustration).
Les cyanobactéries ici en Dordogne (illustration). - JEAN-PIERRE DESVAUX / AFP

Et pour cause. Aussi appelées algues bleues, elles peuvent provoquer des intoxications, vomissements, irritations de la peau et autres problèmes de santé. Lundi, des toxines étaient encore présentes à Sesquières. Mais l’ARS a finalement levé l’interdiction vendredi, après les résultats des dernières analyses effectuées mercredi qui ont permis de donner le feu vert aux activités nautiques et à la baignade.

Des phénomènes nouveaux

La canicule y serait-elle pour quelque chose ? Vendredi 17 juin, l’eau du lac de Sesquières était montée à 30°. Selon l’Agence, plus que le réchauffement global, la hausse soudaine de la température pourrait être à l’origine du problème, en provoquant un phénomène de turnover des masses d’eau.

« Mis à part le réchauffement climatique, nous n’avons pas identifié d’autres causes directes », précise Juliette Wilhelm, coordonnatrice eau et santé pour l’ARS 31. Toutefois, l’agence précise que la température de l’eau n’est qu’un facteur parmi d’autres. Les précipitations, l’agitation de l’eau ou encore le manque de prédateurs (zooplanctons) favorisent aussi la prolifération de ces organismes, naturellement présents dans les eaux douces des lacs d’Occitanie.

L’an dernier à la Ramée, les algues s’étaient manifestées sous forme d’une efflorescence : l’eau s’était colorée en vert. Une première. A Sesquières, ce sont cette fois des flocs de cyanobactéries qui ont été observés, c’est-à-dire « des remontées qui prennent la forme de masses flottantes », explique Juliette Wilhelm. Là aussi, le phénomène est nouveau, du moins jamais observé précédemment.

Les animaux touchés par ces pollutions

Avec l’aide d’un bureau d’études, l’agence tente de comprendre le processus pour mieux le prévenir, car quand les bactéries prolifèrent, peu de moyens existent pour revenir à la normale. « Quand ce sont des blocs d’algues comme à Sesquières, on peut les enlever pour limiter la libération des toxines dans l’eau, dit Juliette Wilhelm, mais quand les bactéries ne sont pas observables à l’œil nu, on ne veut vraiment rien faire. » Sauf attendre. Seul le temps et l’évolution des conditions météorologiques peuvent ramener le nombre de bactéries à un seuil acceptable, sans danger pour les baigneurs.

Même si le risque mortel est très rare sur l’humain, notamment grâce aux actions de prévention, l’ARS rappelle que la vigilance vaut aussi et surtout pour les animaux : ces derniers doivent être tenus à l’écart des sites fermés pour ne pas boire l’eau polluée. Chaque année, plusieurs décès de chiens imputables aux cyanobactéries sont à déplorer en Occitanie et partout en France.

En Haute-Garonne, la baignade est autorisée sur dix sites naturels : lac de la Ramée (Tournefeuille) lac de la Thésauque (Nailloux), lac de Saint-Ferréol (Revel), lac de l’Orme Blanc (Caraman), lac de Braguessou (Saint-Jory), à Villemur-sur-Tarn (rivière Tarn), lac des Bonnets (Murets), lac de Montréjeau, site aménagé de La Source (Carbonne), le lac de la Gimone (à cheval sur le Gers et la Haute-Garonne) et le lac de Sesquières. En dehors de ces endroits, la baignade est interdite et considérée dangereuse. Les horaires de baignade autorisée et surveillée sont à consulter sur les sites des mairies.