Réchauffement climatique : Une éruption de l'Etna émet plus de CO2 que toute l'activité humaine ? Gare à ce post climatosceptique relayé sur Facebook

FAKE OFF Un post climatosceptique circule sur Facebook, tentant de rejeter la responsabilité des émissions de CO2 sur l'activité volcanique plutôt que sur les activités humaines. Un message totalement faux, expliquent des scientifiques à « 20 Minutes »

Mathilde Cousin
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L'Etna en éruption, le 18 janvier 2021.
L'Etna en éruption, le 18 janvier 2021. — Torrisi/ Magnus News/SIPA
  • Une éruption de l’Etna aurait rejeté dans l’atmosphère plus de 10.000 fois plus de CO2 que l’humanité ne l’a fait depuis qu’elle est sur terre, selon un post relayé sur Facebook.
  • Cette affirmation est « complètement délirante », explique un scientifique à 20 Minutes.

Et si finalement, les responsables du réchauffement climatique étaient les volcans plus que les humains ? C’est ce qu’avance, à tort, un post climatosceptique, relayé sur Facebook. Accompagné d’une image de l'Etna​ en éruption, le post indique, en anglais que « ce petit rot [l’éruption] de l’Etna a déjà rejeté dans l’atmosphère plus de 10.000 fois plus de CO2 que l’humanité ne l’a fait depuis qu’elle est sur terre, mais ne vous inquiétez pas, une arnaque est en préparation pour taxer votre minuscule empreinte [carbone]. »

Le post ne donne aucune date pour cette éruption, ni aucun chiffre pour les quantités de CO2 qui auraient été rejetées par le volcan.

Non, une éruption de l'Etna ne relâche pas plus de co2 dans l'atmosphère que l'humanité ne l'a fait depuis ses débuts.
Non, une éruption de l'Etna ne relâche pas plus de co2 dans l'atmosphère que l'humanité ne l'a fait depuis ses débuts. - Capture d'écran Facebook

FAKE OFF

Les scientifiques interrogés par 20 Minutes sont unanimes : cette comparaison est fausse. « C’est complètement délirant », lance Edouard Kaminski, chercheur en vulcanologie physique à l’Institut de physique du globe de Paris. Et le scientifique de faire les calculs : « Pour un dégazage " intense " de l’Etna, des mesures en 2015 donnaient 10.000 tonnes de carbone injectées dans l’atmosphère chaque jour. Dans les années 2000, les estimations du Giec pour les carburants fossiles et cimenteries sont de l’ordre de 20 millions de tonnes de carbone par jour. Si l’Etna formait un panache puissant pendant toute l’année – ce qui n’est bien sûr pas le cas – il ne représenterait donc pas plus de 0.05 % des injections dues aux carburants fossiles et cimenteries, sans compter les autres sources anthropiques de CO2 comme la déforestation. »

Les émissions de CO2 de ce volcan ne sont donc absolument pas comparables aux volumes provenant de l’activité humaine.

« Cela se saurait si les volcans émettaient plus de gaz que nos gaz à effet de serre, on ne serait pas en train de parler du problème pour le climat », abonde Cathy Clerbaux, directrice de recherches au CNRS. D’où vient l’affirmation contenue dans ce post trompeur ? Aucune source n’y est nommée, mais pour la scientifique la confusion pourrait venir du fait « qu’il y a énormément de carbone qui est stocké en-dessous de la surface de la terre, dans le manteau, dans la croûte, dans le noyau ». Mais cela ne signifie pas que ces gaz « vont être recrachés par les volcans ! ».

Par le passé, des éruptions ont modifié temporairement le climat, mais « ils ont eu un impact négatif : au lieu de réchauffer, cela avait tendance à refroidir », ajoute Cathy Clerbaux. « L’effet net de toute grande éruption pertinente à notre échelle de temps humaine est toujours un effet de refroidissement », rappelle également Yves Moussalam, chercheur à l’université new-yorkaise de Columbia. Cet effet est « principalement dû à l’émission de soufre et à la formation d’aérosols de sulfate dans la stratosphère qui réfléchissent la lumière du soleil, refroidissant ainsi la surface ».

En 1991, l’éruption du Pinatubo, aux Philippines, a généré « un refroidissement global estimé à 0,6°C sur une période de quinze mois », rappelle le chercheur. Si on remonte encore le temps, en 1815, l’éruption du Tambora, en Indonésie, « provoque la fameuse " année sans été " ».

Quant à celles et ceux qui seraient enclins à souhaiter qu’une telle éruption volcanique survienne dans notre contexte de réchauffement, ils sont sur une mauvaise piste, prévient Yves Moussalam : « Une éruption volcanique de la taille du Tambora ou pire n’est absolument pas quelque chose à espérer pour lutter contre le réchauffement actuel. Le refroidissement global après une éruption de la sorte serait brutal et catastrophique pour l’agriculture à l’échelle mondiale. »