Nouvelle Aquitaine : « Il faut sauver ce qui nous reste, on en est là », alerte Cistude après une étude sur six ans

BIODIVERSITE L’association Cistude Nature a coordonné une vaste étude « Les sentinelles du climat », qui s’intéresse aux effets du dérèglement climatique sur la faune et la flore de la région Nouvelle-Aquitaine

Elsa Provenzano
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Le papillon Apollon, qui vit en altitude, va très probablement disparaître.
Le papillon Apollon, qui vit en altitude, va très probablement disparaître. — FAUTRE/SIPA
  • L’étude « Les sentinelles du climat », s’intéresse depuis 2016 aux effets du dérèglement climatique sur les espèces locales de Nouvelle-Aquitaine.
  • Les données recueillies par les naturalistes montrent un appauvrissement généralisé du vivant et la disparition très probable de certaines espèces, peu aptes à se déplacer.
  • L’association Cistude qui coordonne l’étude défend la mise en place de mesures de protection comme l’installation de zones refuges climatiques. Elle alerte aussi sur la nécessité de baisser les émissions de gaz à effet de serre pour limiter les dégâts sur la biodiversité.

« A l’époque (il y a six ans), on parlait beaucoup de l’ours blanc sur son glaçon mais quid de la biodiversité dans la région ? Il y avait un déficit de données et de connaissances », se souvient Christophe Coïc, directeur de Cistude Nature. Avec une soixantaine d’autres structures (laboratoires de recherche, associations, conservatoires etc.) l’association s’est lancée avec le soutien de plusieurs collectivités locales sur un programme de suivi de la faune et flore régionales, confrontées au dérèglement climatique. 

A l’heure actuelle, on se dirige vers un scénario qui prévoit une augmentation de +4°C d’ici 2100. En Nouvelle-Aquitaine, c’est un climat proche de celui de l’Andalousie qui est redouté dès 2050, qui va sonner le glas pour de nombreuses espèces. « On veut comprendre ce qui se passe en observant des espèces qui n’ont pas de capacité de fuite, pour elles c’est l’adaptation ou l’extinction », précise Fanny Mallard, coordinatrice du programme Les sentinelles du climat. Le conseil scientifique de l’étude est présidé par le climatologue Hervé le Treut.

Pour récolter les données, 251 sites de suivi ont été installés sur la région, couplés à 182 stations météo sur les différents sites. Le programme est toujours en cours mais il y a urgence à en communiquer les résultats, très alarmants, avant sa fin, estime Cistude. Si certaines espèces méditerranéennes vont remonter dans la région, modifiant les paysages, d’autres n’auront pas la capacité de se déplacer.

Des constats alarmants

La population de nacré de la filipendule, un papillon orangé et noir typique de la région, va diminuer de moitié, même dans le scénario le plus optimiste. « Cette espèce est déjà habituée à de fortes températures mais au-delà de 35 degrés, elle va souffrir », explique Fanny Mallard. S’il existe des zones de report favorable, l’éventualité qu’elles soient colonisées par cette espèce est un peu faible. Pour un autre papillon, l’Azuré des mouillères, qui vit dans les Landes humides promises à l’assèchement, les possibilités de survie apparaissent aussi très limitées car cette espèce se déplace très peu.

En montagne, certaines espèces comme le papillon l’Apollon, ont un « cycle biologique lié au nombre de jours de neige », précise la coordinatrice. Une particularité qui signe la disparition probable de l’espèce dans la région. Les espèces de plaine vont, elles, pouvoir se déplacer en altitude. Le lézard de muraille, celui qu’on croise le plus communément, s’est en moyenne déjà déplacé de plus de 28 mètres par an en altitude, depuis 2011. L’étude, dont les données devront être consolidées dans les prochaines années, fait l’hypothèse que l’installation d’une population en cours, en plus haute altitude, est amenée à s’intensifier.

La marmotte des Alpes installée dans les Pyrénées a aussi fait l’objet d’un suivi qui montre une baisse continue du nombre de marmottons et une baisse plus marquée en haute altitude.

Comment agir ?

Le premier impératif est de réduire les émissions de gaz à effet de serre pour limiter l’ampleur du réchauffement climatique, devenu inéluctable. Des mesures de protection peuvent aussi être déployées. Par exemple les rainettes ibériques, qui subissent également les effets des printemps plus chauds et plus secs, ont la particularité de pouvoir limiter leur déshydratation en se plaquant contre la végétation. « Ainsi, le maintien d’une diversité de microhabitats à une petite échelle spatiale est essentiel à la sauvegarde de l’espèce dans quelques refuges climatiques », pointe Fanny Mallard.

De la même façon sur les dunes, soumises à l’érosion côtière qui grignote de l’habitat pour le lézard ocellé par exemple, il est possible de « recréer des parties de dunes, en lien avec l’office national des forêts, pour retrouver son habitat », ajoute-t-elle. Les milieux les plus riches, en termes d’espèces, de diversité etc. pourraient servir de zones refuges, dans le cadre d’une stratégie de conservation régionale. « Il faut sauver ce qui nous reste, on en est là », regrette Christophe Coïc.

Le réchauffement climatique ne laisse pas assez de temps aux espèces pour s’adapter, c’est donc à l’homme de favoriser au maximum ces zones de refuges pour limiter les dégâts causés par ses actions sur le vivant.