Groenland : Une nouvelle population d’ours polaires fonctionnant différemment des autres a été découverte

CHANGEMENT CLIMATIQUE Il s’agit de la population d’ours polaires « la plus isolée génétiquement sur la planète », selon les chercheurs

20 Minutes avec agences
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Illustration d'un ours polaire.
Illustration d'un ours polaire. — David Goldman/AP/SIPA

La fonte rapide de la banquise dans l’Arctique représente une grave menace pour la survie des ours polaires. Mais des scientifiques ont récemment identifié une nouvelle population d’ours dans le sud-est du Groenland, qui utilisent les blocs de glace détachés pour circuler.

Leur découverte est décrite dans une étude publiée jeudi dans la revue Science. Elle ouvre la possibilité qu’au moins quelques représentants de cette espèce puissent survivre durant le XXIe siècle, sachant que la banquise de l’Arctique finira par complètement disparaître en été.

Sept ans sur le terrain

« L’une des grandes questions est de savoir où les ours polaires vont pouvoir se maintenir », explique Kristin Laidre, coautrice de l’étude. « Je pense que les ours évoluant dans un endroit comme celui-là peuvent nous en apprendre beaucoup quant à où cela pourrait être le cas. »

Les chercheurs ont effectué un travail de terrain entre 2015 et 2021 après avoir interrogé des chasseurs inuits. Chaque année, ils ont passé un mois au Groenland, au printemps, logeant au plus près possible du lieu de vie de cette population d’ours polaires, qui compte a priori plusieurs centaines d’individus.

Une population d’ours isolée

Des ours ont été équipés de dispositifs de localisation par satellite, et des échantillons d’ADN ont été récoltés. Il s’agit de la population « la plus isolée génétiquement sur la planète », selon Beth Shapiro, coautrice de l’étude. « Nous savons que cette population a vécu séparément des autres ours polaires durant au moins plusieurs centaines d’années. »

Leur isolement provient de la géographie de leur lieu de vie : un paysage complexe de fjords sur la pointe sud du Groenland, entouré d’impressionnantes montagnes et des eaux du détroit du Danemark, avec nulle part où aller. Quand ils sont entraînés par le courant du détroit, « ils sautent de la glace et marchent pour retourner vers leurs fjords », explique Kristin Laidre. Certains ours ont déjà dû parcourir plus de 150 km pour rentrer chez eux.

Une espèce toujours menacée

Si la banquise procure une plateforme de chasse aux quelque 26.000 ours polaires de l’Arctique, ils n’y ont plus accès que quatre mois par an à cause du réchauffement climatique. Le reste de l’année, ils comptent sur les morceaux de glace se détachant de glaciers et finissant directement dans la mer.

Beaucoup reste encore à étudier chez les ours polaires de cette partie du Groenland. Les femelles adultes y sont un peu plus petites que la moyenne, et elles semblent avoir moins de petits, mais des données sur le long terme sont nécessaires. Il est aussi important de ne pas placer trop d’espoirs dans cette étude. Les ours polaires ne seront pas sauvés sans action urgente pour combattre le changement climatique.