Pollution : « Les plastiques, on ne s’en passera jamais », estiment deux chercheurs de Bordeaux

SCIENCE A l’occasion d’une conférence-débat organisée ce mercredi, deux experts répondent aux questions de 20 Minutes sur l’avenir des plastiques

Propos recueillis par Manon Gazin
Des bouteilles en plastique (illustration).
Des bouteilles en plastique (illustration). — CHARLY TRIBALLEAU / AFP
  • Ce mercredi une conférence-débat sur l’avenir des plastiques est organisée à Talence près de Bordeaux, en présence d’experts et de chercheurs.
  • Des établissements spécialisés à Bordeaux planchent pour rendre ces matériaux moins nocifs pour l’environnement.
  • Des applications existent déjà, dans le cadre de partenariats industriels, dans le domaine des cosmétiques.

Quels seront les plastiques de demain ? Une conférence-débat, gratuite et ouverte à tous, organisée par le laboratoire de chimie des polymères organiques (LCPO), propose de s’intéresser à cette question, ce mercredi 15 juin. L’événement aura lieu à l' INP (établissement regroupant plusieurs écoles d’ingénieurs), à 17h30. Daniel Taton, professeur à l’université de Bordeaux et directeur adjoint du LCPO, et Thomas Vidil, chercheur au LCPO, répondent aux questions de 20 Minutes sur leurs travaux, dont l’ambition est de réduire l’impact environnemental de ces matériaux.

Où retrouve-t-on du plastique ?

Daniel Taton, professeur et directeur adjoint du LCPO.
Daniel Taton, professeur et directeur adjoint du LCPO. - Manon Gazin / 20 Minutes

Daniel Taton : On retrouve des matériaux plastiques, qui sont principalement constitués de polymères, dans tous les secteurs de notre vie quotidienne. A peu près 40 % des applications des plastiques sont pour l’emballage. On les retrouve dans le bâtiment, les transports, les dispositifs électriques et électroniques, les cosmétiques etc. Par exemple, dans les crèmes pour le visage ou les shampoings, il y a des polymères (lire encadré).

Pourrait-on un jour s’en passer ?

Daniel Taton : Je pense qu’on ne s’en passera jamais. Les plastiques ont contribué à la modernité de notre société (…) Il y a aussi des raisons économiques. En Europe, en 2018, cette industrie employait 1,6 million de personnes. Et générait environ 360 milliards d’euros. Et ça va continuer d’augmenter (…) La question, c’est de mieux gérer leur fin de vie.

Thomas Vidil, chercheur au LCPO sur l'agglomération bordelaise.
Thomas Vidil, chercheur au LCPO sur l'agglomération bordelaise. - Manon Gazin / 20 Minutes

Thomas Vidil : Et il y a des raisons sanitaires. Si on se rabattait sur des matériaux plus onéreux, toute une partie de la société ne pourrait plus subvenir à ses besoins les plus primaires. Nos hôpitaux, nos cantines fermeraient. Nous travaillons sur des solutions pour rendre les plastiques plus durables, à travers des partenariats avec des industriels. A Bordeaux, il y a notamment des initiatives menées par la Région.

Quel serait le plastique parfait ?

Daniel Taton : Le plastique idéal, c’est certainement celui qui est issu d’une ressource végétale renouvelable, qui ne concurrence pas la chaîne alimentaire.

Thomas Vidil : Il faut concevoir des plastiques qui pourront être recyclés, réutilisés. Ou qui pourront durer le plus longtemps possible, pour faire en sorte qu’ils puissent être utilisés sur des générations. Et c’est ça notre but : dire qu’aujourd’hui, il faut trouver les meilleures solutions pour que demain nos plastiques n’aient pas cet impact négatif sur l’environnement (…) C’est ce pourquoi on travaille tous les jours dans ce laboratoire.

Un projet pour des cosmétiques plus « verts »

En 2018, le laboratoire de chimie des polymères organiques (LCPO) avait créé avec l’Oréal un laboratoire commun, dédié à l’innovation des polymères « verts ». L’objectif de cette initiative ? Conduire des recherches en commun pour développer des polymères à activités cosmétiques (soin de la peau, maquillage…), respectueux de l’environnement. Tout en conservant l’efficacité et la performance du produit dans lequel ils sont utilisés.