Comment la Nouvelle-Aquitaine compte sauver les abeilles sauvages

BIODIVERSITE Le programme Life « Wild Bees » va permettre de coordonner des actions en faveur des abeilles sauvages, sur les cinq parcs naturels régionaux de Nouvelle-Aquitaine

Mickaël Bosredon
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Illustration abeille sauvage
Illustration abeille sauvage — Caro / Sorge/SIPA
  • Moins connue que l’abeille domestique, l’abeille sauvage est pourtant toute aussi essentielle à la pollinisation.
  • On recense plus de 1.000 espèces d’abeilles sauvages en France, toutes très différentes des unes des autres.
  • Le programme développé dans les parcs naturels régionaux de Nouvelle-Aquitaine doit permettre de restaurer son habitat et favoriser ses déplacements.

Saviez-vous qu’il existe plus de 1.000 espèces d’abeilles sauvages en France ? Que les plus petites ne dépassent pas la taille d’un grain de riz, quand la plus grande, la Xylocope violette, mesure jusqu’à 30 mm ? Que l’on en trouve des jaunes, des rouges, des noires ?

« Souvent, quand on parle de pollinisation et d’insectes pollinisateurs, on pense à l’abeille domestique, mais ce n’est qu’une espèce, il ne faut pas oublier toutes les autres qui n’ont pas nécessairement la même vie ni la même capacité de déplacement, insiste Eva Thibon, coordinatrice du programme Life "Wild Bees". Et comme les abeilles sauvages font rarement de miel, elles recueillent généralement d’autant moins l’intérêt, pourtant elles sont tout aussi essentielles à la pollinisation. »

Territoires d’expérimentation

Mieux connaître, et faire reconnaître le rôle de ces abeilles sauvages, ce sera l’un des enjeux de ce programme Life « Wild Bees ». Doté d’un budget de 6,5 millions d’euros jusqu’en 2026, financé à 60 % par l’Europe mais aussi la région Nouvelle-Aquitaine et l’Office français de la biodiversité, il doit aussi permettre de réaliser des travaux de « génie écologique » pour restaurer des habitats favorables aux abeilles sauvages, et réintroduire des plantes d’origine locales pour permettre une meilleure pollinisation.

Piloté par le Parc naturel régional (PNR) Périgord-Limousin, il impliquera les quatre autres PNR de Nouvelle-Aquitaine (Marais-Poitevin, Médoc, Millevaches en Limousin et Landes de Gascogne) qui deviennent ainsi des territoires d’expérimentation pour la sauvegarde de ces espèces.

« 70 % des espèces d’abeilles sauvages sont terricoles »

Même si elles sont moins connues que les abeilles domestiques, les abeilles sauvages sont tout aussi concernées par le déclin des insectes pollinisateurs, en raison de l’utilisation de néonicotinoïdes, ou de l’artificialisation des sols. Solitaire, l’abeille sauvage a du mal à retrouver son nid sous l’effet des pesticides.

« 70 % des espèces d’abeilles sauvages sont terricoles, c’est-à-dire qu’elles font leur nid dans le sol, il est donc nécessaire de libérer les pelouses calcaires qu’elles affectionnent, ajoute Eva Thibon. Il faut aussi reconnecter les sites de nidification des ressources florales, car les plus petites espèces d’abeilles sauvages parcourent moins de 200 mètres, quand une abeille domestique peut réaliser 3 km. Ainsi, quand on fleurit un rond-point, il faut aussi penser à garder des sols à proximité pour le nid. »

Le projet « Wild Bees » va aussi travailler à « interconnecter les sites via des corridors écologiques, par exemple sous les lignes à haute tension ou sur les bords de route, pour améliorer les habitats. » Un travail qui nécessitera la formation de personnels d’Enedis et RTE, ou du conseil départemental.

Favoriser les espèces végétales locales

Il est par ailleurs primordial de favoriser les espèces végétales locales, alors que la région Nouvelle-Aquitaine n’a pas été épargnée ces dernières décennies par l’émergence d’espèces exotiques envahissantes. « Les abeilles se sont accommodées de certaines de ces espèces, comme le robinier faux acacia, qui donne par ailleurs un très bon miel. Mais nous ne souhaitons pas trop propager ces espèces, qui viennent en compétition des espèces locales. Nous essayons d’éradiquer, même si c’est très difficile, la Jussie, plante envahissante que l’on trouve en bord de mares. »

Avec plus de 1.000 espèces, les abeilles sauvages, même si certaines ne butinent qu’une espèce florale, présentent l’avantage de polliniser un plus grand nombre de plantes que les abeilles domestiques. Le conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, estime le service de pollinisation à plus de 450 millions d’euros de productions alimentaires à destination humaine.