Incendies : « Le barbecue, il ne faut pas le faire les jours de mistral »… Prévention et technologies nouvelles pour les marins-pompiers de Marseille

SECHERESSE Des cadets en VTT vont aller à la rencontre des Marseillais et des touristes pour parler prévention, tandis que sur le front, véhicule et détecteurs innovants doivent permettre de détecter au plus vite les incendies

Caroline Delabroy
Le nouveau véhicule équipé d'un mât télescopique des marins-pompiers de Marseille
Le nouveau véhicule équipé d'un mât télescopique des marins-pompiers de Marseille — C.Delabroy/20 Minutes
  • Le bataillon des marins-pompiers de Marseille a présenté son dispositif de prévention des incendies pour cette campagne d’été 2022, qui démarre avec une sécheresse inédite.
  • Dans son escarcelle, un nouveau véhicule équipé d’un mât télescopique avec une caméra à vision infrarouge, et des détecteurs dans des coins reculés du massif des calanques.
  • Le maire de Marseille, Benoît Payan, réclame des renforts pour assurer la sécurité durant l’été et regrette d’avoir appris, par le Journal officiel, le changement de commandement du bataillon début juillet, soit en plein cœur de la bataille contre les incendies.

« Cette année, c’est l’année de tous les dangers », lance Benoît Payan, le maire de Marseille, au lendemain des 24 départs de feu recensés dans le département rien que pour la journée de jeudi. « Une sécheresse inédite, des vents prévus comme violents, le nombre de touristes, tout est réuni pour que les incendies se déclarent sur le territoire marseillais », ajoute-t-il, en présentant ce vendredi le dispositif de prévention et de protection contre les feux de forêt pour cette campagne de l’été 2022. Une campagne qui démarre tôt donc : « Nous avons à ce jour le niveau de sécheresse d’un 15 juillet », alerte le vice-amiral du bataillon des marins-pompiers de Marseille, Patrick Augier.

Durant tout l’été, 450 marins-pompiers et 45 engins vont être mobilisés chaque jour sur le terrain, avec la possibilité de monter jusqu’à 700 personnes en cas d’incendie. Des cadets vont aussi sillonner en VTT les sentiers de randonnée et les secteurs périurbains du parc national des Calanques. « Nous avons décidé cette année de faire beaucoup de prévention auprès du public, explique Patrick Augier. Les jours de mistral, on ne sort pas son barbecue, on ne sort pas sa disqueuse. Et comme toujours, on ne jette pas son mégot par la fenêtre. Si tout le monde fait ça, c’est déjà le geste citoyen de l’été. »

200 détecteurs incendie dans les calanques

Le bataillon s’est aussi doté de nouveaux moyens pour détecter au plus vite les départs de feu. Expérimenté l’an passé, le ballon dirigeable va reprendre du service du côté de Luminy, pour une vision à 15 km à la ronde, et du haut de ses 800 mètres. Il va être complété d’un nouveau véhicule équipé d’un mât télescopique de 6 mètres, baptisé « Vamo » et posté au nord de la ville. Son avantage ? Sa caméra à vision normale et infrarouge, qui permet des vues nocturnes. Et contrairement aux drones par exemple, qui peuvent être cloués au sol à cause du vent ou des bombardiers d’eau, lui peut se déployer à tout moment.

« Ce véhicule augmente la vision d’une situation, il va éclairer le commandement sur un scénario de lutte », poursuit David Gaidet, chef des opérations. D’autant que d’autres images vont enrichir la vue des marins-pompiers de Marseille : dès la fin juin, pas moins de 200 capteurs Bluetooth vont être installés dans le massif des Calanques, une première également. « Ce sont en quelque sorte des capteurs incendies comme dans les appartements, mais adaptés aux forêts, détaille le vice-amiral. Avec des fonctionnalités en plus, puisqu’ils sont équipés aussi de détecteurs chimiques et d’hygrométrie qui donnent la nature des risques. » Ils seront positionnés dans des secteurs cachés par les collines, qui échappent de fait à la surveillance de loin.

Payan réclame plus de moyens à l’Etat pour passer l’été

Le bataillon des marins pompiers s’est également équipé cette année de produit retardateur à adjoindre à l’eau, qui pourra être ainsi pulvérisé par voie terrestre. Sans compter deux chiens, formés pour détecter le Covid, et qui vont cet été détecter la cause des départs de feu. « Ce sont toujours des feux allumés, la plupart du temps par mégarde », relève le vice-amiral, qui rappelle que l’an passé, il y a eu à Marseille 240 incendies, pour une superficie brûlée inférieure à 20 hectares.

Le développement technologique et l’acquisition de ce nouveau matériel ont coûté près de 700.000 euros au bataillon. « Cela va permettre à notre unité d’élite d’être en avance sur le front des incendies », affirme Benoît Payan, qui prévient « qu’il n’acceptera pas de coupes sombres sur les crédits des marins-pompiers de Marseille ». D’après son cabinet, les subventions de l’Etat représentent 7 % du budget du bataillon, quand il est de 21 % à Paris.

« Nous accueillons de plus en plus de touristes, nous allons dépasser cet été le million d’habitants, poursuit le maire. Est-ce qu’on peut continuer longtemps à accueillir autant de monde sans réguler l’accès aux calanques ? Cela appartient à l’Etat. Les solutions ne sont pas de nous, elles ne sont pas là. J’ai appelé le ministère de l’Intérieur, on manque aussi de renforts durant l’été. »

Le maire de Marseille ne perçoit pas comme un signe de bonne volonté d’avoir appris, par la voix du Journal officiel, la nomination d’un nouveau vice-amiral du bataillon des marins-pompiers de Marseille. Il doit prendre ses fonctions début juillet. « Au moment de rentrer dans une période intense de risque incendie, le ministère des Armées décide de changer le commandement ! », accuse le maire de Marseille.