En pleine crise, le lait bio veut retrouver le goût de la fête

AGRICULTURE Ce dimanche, de nombreuses fermes ouvrent leurs portes au public dans le cadre de la Fête du lait bio avec l’objectif de reconquérir le cœur des consommateurs

Camille Allain
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En France, le lait bio représente entre 5 et 10 % de la collecte totale de lait. Un chiffre qui ne cesse d'augmenter.
En France, le lait bio représente entre 5 et 10 % de la collecte totale de lait. Un chiffre qui ne cesse d'augmenter. — C. Allain / 20 Minutes
  • La filière laitière est secouée par la croissance soudaine de la production biologique, qui peine à être écoulée et voit ses prix baisser.
  • Pour tenter de séduire les consommateurs, les éleveurs organisent des portes ouvertes de leurs fermes ce dimanche à l’occasion de la Fête du lait bio.
  • Avec la baisse du prix du lait bio et la hausse du conventionnel, les deux produits sont quasiment achetés au même prix par les laiteries.

« Inquiets, je ne sais pas, mais on se pose des questions. » Léna et Fabrice Monnier ont obtenu leur précieux label bio en 2020, alors que la France applaudissait chaque soir ses soignants et toquait à la porte de ses paysans. Une véritable consécration pour ce couple installé à Domloup, au sud-est de Rennes (Ille-et-Vilaine). « On a toujours voulu se mettre en bio. Mais comme on n’était pas du milieu, on a démarré en conventionnel, parce que c’était plus pratique, plus facile pour débuter. » Deux ans après l’obtention du précieux label qu’ils espéraient tant, les deux éleveurs de vaches laitières subissent comme toute la filière une importante crise. Débordé par une offre trop abondante, le marché n’a pas su séduire assez de consommateurs. Depuis plusieurs mois, le cours du lait bio dégringole, au point d’être aujourd’hui au même prix que son homologue conventionnel, dont le cours flambe.


Adhérents de Triballat à Noyal-sur-Vilaine (aujourd’hui renommée Olga), Léna et Fabrice ont eu la chance de voir leur laiterie maintenir son prix d’achat. Mais à une condition : « On s’est engagés à produire 3 % de volume moins. » Avec la hausse des charges et l’inflation, le couple a dû baisser ses revenus afin de maintenir celui de ses trois collaborateurs. Regrettent-ils leur conversion alors que la filière conventionnelle se porte bien ? « Absolument pas. Notre volonté a toujours été de mettre en place un système vertueux et non polluant », assume Léna Monnier. Pour les éleveurs de Domloup, la solution est à trouver du côté des consommateurs. « C’est eux qui ont le pouvoir. Sans eux, on ne sert à rien. » Dimanche, les Monnier vont donc ouvrir leur ferme à environ 250 personnes pour leur première participation à la Fête du lait bio.

« Le bio, ce n’est pas qu’un label »

Organisée dans toute la France, cette 18e édition prend un sens tout particulier cette année. D’abord parce que la fête a été gâchée deux années par les restrictions imposées par l’épidémie. Mais surtout parce qu’elle s’affiche comme un moyen de reconquérir les consommateurs. « On veut ramener du monde dans nos fermes, pour partager, se reconnecter au rural », assume Emilien Mondher, adhérent d’Agrobio35 qui organise la fête. Cet éleveur installé à Betton, au nord de Rennes, ne possède qu’une vingtaine de vaches, toutes de la race bretonne pie noire. Lui attendra le 19 juin pour accueillir le public à la ferme. Mais son intention reste la même. « Le bio, ce n’est pas qu’un label. Les gens ne le comprennent qu’en venant voir comment on travaille. Ils voient les prairies enherbées, le bien-être animal, la manière dont on fabrique du beurre, de la crème, des yaourts. »

Lui n’est pas inquiet pour l’avenir de la filière. D’abord parce qu’il ne dépend pas d’une laiterie mais vend tout en direct. Mais surtout parce qu’il a foi en son système.

Avec la guerre en Ukraine, on voit les engrais flamber. Le système bio n’en utilise pas, il est plus autonome sur le plan de l’alimentation, plus résistant ».

Face au tassement de la demande, les laiteries refusent désormais toutes les demandes de conversion. Un constat difficile à avaler pour les jeunes générations qui veulent s’installer. Depuis cinq ans, la collecte de lait bio a progressé de +12 à +30% chaque année, pour s’établir à plus de 1,2 milliard de litres l’an passé. Soit un peu plus de 5 % du total national.

Pour repartir de l’avant, la filière aimerait aussi une clarification des innombrables labels qui ont envahi les emballages des produits laitiers ces dernières années. « Le consommateur, quand il arrive dans le rayon, il est perdu. Il voit les circuits courts, les produits Haute qualité environnementale qui ne sont absolument pas bios », regrette Fabrice Monnier. Les faits se traduisent dans les chiffres de vente. Selon FranceAgriMer, sur la période 2019-2021, la consommation de l’ensemble des produits laitiers bio a reculé de 5 % sur le lait en bouteilles et de 15 % sur les fromages frais. Il y a un marché à reconquérir. Rien de tel qu’une petite fête pour le séduire.