Gironde : Avec sa première usine, Toopi rend votre pause pipi utile à l’agriculture

RECYCLAGE L’usine girondine, implantée à Loupiac-de-la-Réole, peut traiter 250.000 litres d’urines par an, sans déchet, ce qui correspond à une application d’engrais sur 60.000 hectares de terres agricoles

Elsa Provenzano
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Ce que révèle la couleur de votre urine — 20 Minutes
  • L’entreprise Toopi Organics a inauguré sa première usine de valorisation des urines humaines en fertilisant agricole, ce vendredi à Loupiac-de-la-Réole, en Gironde.
  • D’ici à 2027, la start-up ambitionne d’en construire de semblables près de 20 autres métropoles.
  • Elle a mis en place des collectes auprès de grands opérateurs comme le Futuroscope, Vinci autoroutes, dont certaines aires sont prélevées, et des collectivités qui aménagent leurs établissements en ce sens.

Et si votre petit pipi sur l’aire d’autoroute pouvait faire pousser des salades ? La start-up Toopi Organics rend ce rêve réalité, ce vendredi, avec l’inauguration de sa première usine de valorisation d’urines humaines en engrais agricoles. Présentée comme « une innovation de rupture » par le président de la Région Nouvelle-Aquitaine, dont c’est l’un des coups de cœur du moment, la solution passe en phase d’industrialisation après seulement trois ans d’existence.

L'idée est de récupéré les urines, en évitant de gaspiller de l'eau.
L'idée est de récupéré les urines, en évitant de gaspiller de l'eau. - E.Provenzano / 20 Minutes

En peu de temps, Toopi Organics a validé ses procédés, fait breveter sa technologie et obtenu l’autorisation de mise sur le marché dans plusieurs pays d’Europe et bientôt, début 2023, en France. Pouvoirs publics, grands groupes et investisseurs ont soutenu dès le départ ce procédé jugé prometteur et qui pourrait bien connaître une expansion mondiale dans les années à venir.

Un modèle économique viable

A écouter, Mickaël Roes, fondateur de Toopi Organics, on comprend que « cette première unité de transformation standardisée », qui peut produire 250.000 litres d’urines traitées par an, ce qui correspond à capacité d’épandage sur 60.000 hectares, n’est qu’un début. « L’idée dans les cinq prochaines années, c’est d’avoir monté une unité comme celle-là dans 20 métropoles françaises, à l’interface entre la ville, où on a beaucoup de volumes d’urines disponibles, et la campagne, où on a besoin d’engrais. » En proposant un engrais organique à base d’urines, la jeune entreprise propose une alternative aux fertilisants chimiques, fondés sur l’extraction de minerais et de l’industrie pétrolière.

Dans l’entrepôt, dans l’air duquel flotte une vague odeur d’ammoniaque, on découvre le stockage de cuves pleines en attente de traitement. Le procédé mis au point par Toopi Organics permet de conserver l’azote, les oligo-éléments et le magnésium présents dans les urines, tout en purifiant le milieu. « Le milieu de culture doit être pur, c’est-à-dire exempt de bactéries et de levures et, on procède à une baisse des résidus médicamenteux », précise Guillaume Saurat, responsable technique au sein de la jeune société. L’idée est ensuite de cultiver des bactéries dans ce milieu ainsi purifié. Il faut trois jours dans cette usine pour traiter 5.000 litres d’urines. Toopi revendique une technologie de recyclage des urines économiquement viable et « dont les produits sont in fine moins chers pour les agriculteurs », souligne Mickaël Roes.

Le stockage des cuves est organisé dans un entrepôt à Loupiac-de-la-Réole, en Gironde.
Le stockage des cuves est organisé dans un entrepôt à Loupiac-de-la-Réole, en Gironde. - E.Provenzano / 20 Minutes

Comment sont collectées les urines ?

Pour collecter le précieux liquide, la société mise sur les structures qui reçoivent beaucoup de public. Près de 400.000 litres par an, sont récoltés au Futuroscope et dans plusieurs lycées et collèges. De prochains établissements pourraient être équipés dès leur construction. Les prélèvements ont aussi été organisés sur quatre aires d’autoroute, grâce à un partenariat avec Vinci et une discussion est en cours pour aménager 400 autres aires d’autoroute. « Il y a aussi Darwin et Urssaf qui ont été équipés récemment, complète Mickaël Roes. Tout va vite. » Des collectes sont également organisées sur 70 % des festivals actuels, en lien avec des fabricants de toilettes partenaires. « On ne fera jamais particuliers, les 30 à 40 % restant, car la collecte est trop compliquée », précise le fondateur.

Pour accélérer la mise sur le marché de son produit, en lien avec le lancement de sa première unité de production, Toopi a signé un contrat avec un opérateur qu’on appelle un metteur en marché, qui vend de l’engrais aux coopératives. Grâce à Toopi, il s’épargne des importations de phosphates, auparavant réalisées par bateaux.

Des ambitions élevées

Pour les 20 autres usines prévues en France, ce sera en joint-venture, c’est-à-dire dans le cadre d’une entreprise à capitale partagé avec des coopératives, car cela permet de transformer et de valoriser localement, à une centaine de kilomètres à la ronde. « C’est un peu long à monter alors en attendant 2024 on vend de façon plus classique », précise le fondateur. Il envisage un fort développement dans les années à venir avec un chiffre d’affaires prévisionnel à cinq ans de 80 millions d’euros à l’échelle française.

Sur les 20 usines que Toopi a prévu d’ouvrir en France, cinq seront opérationnelles dès 2024. « En 2025, on aura montré que cela fonctionne et on accélère jusqu’en 2027 », s’enthousiasme-t-il. Dans les prochaines années, 250 recrutements sont envisagés par la société, qui compte pour l’instant 22 salariés.

« Aujourd’hui, on a trois millions de litres sécurisés par an, pour une usine de 250.000 litres de capacité de traitement, alors c’est plutôt la quantité d’usine (que la matière première) qui manque ». La commercialisation a déjà commencé en Belgique et plusieurs autres pays, notamment Africains, montrent une envie pressante pour le procédé.