Bretagne : L’abattage des choucas, seule solution pour éviter les dégâts agricoles ?

NATURE Deux associations de défense des animaux ont attaqué ce mercredi devant le tribunal administratif de Rennes des arrêtés pris par les préfets du Morbihan, du Finistère et des Côtes-d’Armor autorisant l’abattage de milliers de corvidés

Jérôme Gicquel
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Le choucas des tours est accusé d'occasionner des dégâts considérables dans les cultures.
Le choucas des tours est accusé d'occasionner des dégâts considérables dans les cultures. — Aurélien Audevard / Bretagne Vivante
  • Accusés de faire des ravages dans les cultures, les choucas des tours sont dans le viseur des agriculteurs.
  • En Bretagne, les préfectures du Finistère, du Morbihan et des Côtes-d’Armor ont pris des arrêtés autorisant l’abattage d’environ 25.000 oiseaux.
  • Deux associations de défense des animaux ont réclamé ce mercredi l’annulation et la suspension de ces arrêtés devant le tribunal administratif de Rennes.

On le confond souvent avec le corbeau ou la corneille noire. Depuis une dizaine d’années, le choucas des tours fait beaucoup parler de lui en Bretagne. Espèce protégée depuis 1989, le corvidé apprécie il est vrai le climat et les terres fertiles de la région où il a pris ses aises et prolifère. Un peu trop d’ailleurs aux yeux des agriculteurs qui l’accusent de faire des ravages dans leurs cultures, occasionnant des pertes financières très importantes. Particulièrement friand des jeunes pousses ou des graines à peine semées, le choucas est ainsi devenu « persona non grata » en Bretagne.

Pour limiter les dégâts dans les exploitations, les préfets du Finistère, du Morbihan et des Côtes-d’Armor ont pris récemment des arrêtés dérogatoires pour autoriser au cours de l’année l’abattage d’environ 25.000 choucas dans ces trois départements. Dans le viseur des chasseurs, les volatiles peuvent encore échapper à cette mort certaine. Car l’an dernier, un arrêté similaire pris dans les Côtes-d’Armor avait été retoqué par la justice après une requête déposée par la Ligue de protection des oiseaux.

Le choucas accusé à tort de tous les maux ?

La demande d’annulation et de suspension en urgence de ces arrêtés émane cette fois des associations One Voice et Crow Life. Lors de l’audience en référé qui s’est tenue ce mercredi matin devant le tribunal administratif de Rennes, les représentants de ces associations de défense des animaux ont mis en avant le caractère « illégal » de ces arrêtés. Rappelant que le choucas est une espèce protégée, ils s’étonnent ainsi qu’on puisse autoriser « cette destruction de la faune sauvage ».

Accusés de tous les maux, les choucas ont également bon dos selon les deux associations. « Comment prouver que les dégâts sont imputables aux seuls choucas ? », s’interroge Maître Nicolas-Laurent, avocate de One Voice, pointant également du doigt les quotas fixés « qui ne reposent sur aucune donnée scientifique ». Mais c’est surtout l’absence de solutions alternatives à l’abattage envisagées par la préfecture qui met en rage les deux associations.

L’efficacité des solutions alternatives interroge

Car ces solutions existent selon elles. Une enquête, commandée par la Dreal à l’université Rennes 1 et qui vient tout juste d’être publiée, préconise ainsi pour limiter l’expansion de l’espèce en Bretagne de « limiter l’accès aux sites de nidification » en obstruant par exemple les cheminées. L’étude évoque aussi l’enjeu pour les agriculteurs de limiter l’accès des choucas à la nourriture. Cela passe par une plus grande fermeture des bâtiments agricoles ou par un changement des pratiques comme « un ajustement des méthodes de semis ».

Autant de solutions que les représentants de l’État et des agriculteurs estiment inefficaces quand les dégâts sont très importants. « Il y a des moyens alternatifs au tir qui existent comme l’effarouchement. Mais ils ne permettent pas de protéger les cultures quand il y a trop d’individus », souligne le représentant de la préfecture du Morbihan. « La destruction n’est pas un objectif en soi mais la seule solution possible actuellement pour limiter les dégâts agricoles », abonde le représentant départemental de la chambre d’agriculture.

Le tribunal administratif de Rennes rendra sa décision de suspendre ou non les trois arrêtés dans les prochains jours.