Alpes-Maritimes : 153 sur 163 communes en « alerte sécheresse », une situation « inédite » selon la préfecture

EAU SECOURS Face à un déficit important des recharges en eau, la préfecture des Alpes-Maritimes vient de placer tout le département en « alerte sécheresse », à l’exception de la zone de la Siagne aval qui reste en « vigilance »

Elise Martin
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Une rivière victime de la sécheresse (Illustration)
Une rivière victime de la sécheresse (Illustration) — M. ALLILI / SIPA
  • La préfecture des Alpes-Maritimes prolonge les mesures de restriction d’eau et place en « alerte sécheresse » 55 nouvelles communes par rapport à son ancien arrêté au vu du déficit pluviométrique et d’autres données sur des cours d’eau qui ne sont pas à un niveau normal attendu pour cette période.
  • Au total, 153 des 163 communes sont concernées par une interdiction d’arrosage entre 9 et 19 heures, l’interdiction de laver sa voiture en dehors dans des stations économes en eau, l’interdiction de remplir une piscine et une réduction de 20 % des prélèvements ou consommation.
  • Le prochain point sur la situation est prévu le mois prochain.

« Nous sommes dans une situation inédite depuis les premiers relevés de Météo-France en 1959, ce n’est arrivé qu’une seule autre fois », annonce Pascal Jobert, directeur départemental des territoires et de la mer (DDTM) des Alpes-Maritimes qui ne « veut rien cacher » lors d’une conférence de presse ce mardi après-midi. 153 des 163 communes du département viennent d’être placées en « alerte sécheresse », les 10 autres, situées vers Cannes et pouvant bénéficier des réserves du lac de Saint-Cassien restent, « pour l’instant », en « vigilance ».

Le constat ne s’est donc pas amélioré depuis le premier arrêté de la préfecture sur la sécheresse le 9 mars, et ce, malgré les quelques jours de pluie et d’orage. « On a, en moyenne sur tout le département, un déficit pluviométrique de 50 %, annonce le directeur de la DDTM. C’est-à-dire qu’au lieu d’avoir eu 600 mm de pluie dans nos réserves dont les recharges auraient dû se faire du 1er septembre au 24 mars, on en a eu 300 mm. Et dans les nappes, on est à un niveau le plus bas jamais atteint. Habituellement, on arrive à ce stade en automne, là on est qu’en mai. »

Interdiction d’arroser de 9 heures à 19 h

D’autres facteurs ont permis à la DDTM de dresser ce constat, notamment le niveau des cours d’eau, qui ne sont pas bons ainsi que les relevés de l’Office français de la biodiversité (OFB) sur le niveau des ruisseaux, dont certains points de repère dans le département montrent qu’ils sont « à sec ». L’indice de l’humidité est également observé, « il est à un tel point qu’on peut dire qu’il est décennal, qu’il est à un taux qui ne revient qu’une année sur dix », précise Pascal Jobert.

Ainsi, la préfecture a décidé d’élargir les mesures de restrictions qui concernaient déjà 98 communes des Alpes-Maritimes. « Ça induit donc une interdiction d’arrosage entre 9 et 19 heures, l’interdiction de laver sa voiture en dehors dans des stations économes en eau, de remplir une piscine et une réduction de 20 % des prélèvements ou consommation », ajoute Audrey Massot, adjointe à la cheffe du Pôle Eau de la DDTM. Même interdiction pour les industriels, commerciaux et agriculteurs, excepté s’ils possèdent un système de goutte à goutte, qui permet « de ne pas perdre d’eau ».

Des contrôles « pédagogiques »

Des contrôles « pédagogiques » qui deviendront répressifs, ont commencé par la DDTM et l’OFB, appuyés par la police municipale de certaines communes. « On vise les golfes, la gestion des espaces verts, les ports », souligne Pascal Jobert. Si les restrictions ne sont pas respectées, « les usagers risquent jusqu’à 1.500 euros d’amende et jusqu’à 3.000 euros en cas de récidive », affirme le directeur de la DDTM.

Il rassure : « La situation ne nous amène pas vers un manque d’eau, elle nous amène à appliquer des restrictions pour éviter qu’on le soit. » L’arrêté est prévu jusqu’au 30 juin 2022 « au moins », avant un prochain point avant l’été qui s’annonce chaud, d’après les prévisions de Météo-France qui ne s’était pas trompé sur celles du printemps, l’annonçant alors « très sec ».