Dans le Sud-Ouest, les producteurs de fraises « dépassés » par les fortes chaleurs

CRISE CLIMATIQUE Les températures actuelles favorisent une maturation deux fois plus rapide des fraises. Certains producteurs ont déjà dû jeter la moitié de leur récolte

20 Minutes avec AFP
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Dans le Sud-Ouest, les producteurs de fraises dépassés par les fortes chaleurs.
Dans le Sud-Ouest, les producteurs de fraises dépassés par les fortes chaleurs. — Frédéric Scheiber / AFP

« C’est des bonbons qu’on jette par terre ». Par plus de 30 degrés, Laurent Dirat, producteur de fraises en Tarn-et-Garonne, contemple, dépité, les fruits répandus au sol, rendus invendables par les fortes chaleurs des dernières semaines.

Au cours du mois de mai, il a dû jeter la moitié de la récolte. Et les prix chutent.

« On n’arrive pas à suivre, on est dépassé ! Ça fait 12 ans que je fais des fraises, je n’ai jamais vu ça », assure Laurent Dirat face à ses 100.000 fraisiers répartis sur cinq hectares.

« Un épisode caniculaire, c’est le pire, il vaut peut-être mieux qu’il pleuve », se désole Jean-Pascal Mourgues, responsable de la coopérative Mourgues Fruits qui expédie les fraises récoltées dans les champs de Laurent Dirat, à Gramont.

« Crise conjoncturelle »

Habituellement, les cueilleurs passent une fois par semaine dans chaque rang. Pour suivre la cadence de maturation, ils devraient y passer tous les deux jours.

Xavier Mas, président de l’Association d’organisations de producteurs nationale de fraises, n’hésite pas à parler de « crise conjoncturelle » après près de deux semaines de fortes chaleurs dont les répercussions sur les prix fragilisent la filière.

« Les prix sont 20 % plus bas que sur la moyenne des cinq dernières années à la même époque », souligne-t-il.

La qualité des fruits altérée par les températures

Une offre qui explose et des critères rigides, pour pouvoir en vendre le maximum, qui forcent les producteurs à écarter une bonne partie de la récolte. Les températures « réduisent la taille du fruit, dégradent sa tenue et ont un impact sur la qualité », décrit Xavier Mas.

Pour lutter et ralentir la maturation, les cultivateurs arrosent plus qu’à l’accoutumée. « On met de l’eau, sinon les pieds claquent », image M. Mourgues, dont la coopérative est basée à Moissac depuis 1948.

« L’exigence est d’avoir un produit très solide pour les supermarchés, il leur faut un degré de maturité très faible, au risque d’avoir une fraise insipide, mais les supermarchés n’auront pas de perte », développe Laurent Dirat.

« Et pour ça, regrette-t-il, la condition, c’est de jeter des fraises comme on le fait ».