Est-il possible de faire du sucre de betterave bio, équitable et durable ?

AGRICULTURE Le groupement Bio en Hauts-de-France se lance dans le défi un peu fou de monter une coopérative pour faire tourner une microsucrerie de betteraves bio dans une filière aux mains de grands industriels

Mikaël Libert
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Récolte de betteraves sucrières (illustration).
Récolte de betteraves sucrières (illustration). — Gutner/SIPA
  • Une microsucrerie de betterave, bio, équitable et locale, va se monter dans les Hauts-de-France.
  • Elle devrait produire à l’horizon 2024 du sucre cristallisé non raffiné.
  • La coopérative portera l’achat des betteraves, leur transformation et la commercialisation du produit fini.

Vont-ils se casser le dos sur le sucre ? Bio en Hauts-de-France, le groupement régional de l’agriculture biologique, a formellement lancé, lundi, un projet sur lequel plusieurs de ses membres travaillaient depuis quelques années déjà : mettre sur pied la première filière française de sucre de betterave bio, équitable, locale et durable. Au cœur du système, une microsucrerie produira du sucre cristallisé « complet », beaucoup moins controversé que son cousin le sucre raffiné.

L’industrie du sucre de betterave est une grosse machine qui tire déjà l’essentiel de sa matière première dans les Hauts-de-France. En surface, la culture de la betterave s’étend sur 402.000 hectares, soit l’équivalent de près de 600.000 terrains de football, le tout exploité par un peu moins de 24.000 producteurs. Les 34 millions de tonnes de ce tubercule produites chaque année servent à fabriquer du bioéthanol ou du sucre blanc, essentiellement raffiné dans les usines de grands groupes comme Lessaffre et Tereos.

Même pour une microsucrerie, il faut de grandes surfaces agricoles

Autant dire que la coopérative nouvellement créée, La FABrique à sucres, ne compte pas jouer la concurrence. Ce n’est d’ailleurs pas le postulat de ses fondateurs. « On va commencer par une petite unité de 400 hectares installée dans la région », assure Sébastien Lemoine, agriculteur et administrateur de la coopérative. Pour calculer les coûts de production et déterminer le seuil de rentabilité, cela fait déjà 6 ans que des parcelles de betteraves bio ont été mises en production. « Quand en agriculture conventionnelle on produit 90 tonnes par hectare, en bio, c’est presque moitié moins », détaille-t-il. Du coup, même pour une microsucrerie, il faut de grandes surfaces.

Quoi de neuf alors ? Rien pour l’instant, le sucre de betterave bio existant déjà. Sauf que la microsucrerie produira du sucre non raffiné, ou complet. « Le sucre raffiné ôte les vitamines et les minéraux de la betterave. Il s’assimile très très rapidement et n’a pas d’intérêt nutritionnel », explique Sébastien Lemoine. Au-delà de l’intérêt nutritionnel du produit, c’est toute la filière qui sera mise en place qui se voudra vertueuse. Equitable, en rémunérant justement les producteurs. Locale, en produisant et transformant le produit dans la région.

Les grandes lignes sont désormais tracées, la coopérative entre maintenant dans le concret. La première unité de 400 hectares, autrement dit les producteurs, devra être située « dans le triangle Arras, Cambrai et Lens ». La microsucrerie sera installée dans le même secteur. Sébastien Lemoine estime que l’entité sera opérationnelle pour la campagne betteravière de 2024 et que les produits pourront être commercialisés dès octobre de la même année.