Environnement : En échange de dons pour leurs associations, ils collectent chaque année des milliers de déchets

RECYCLAGE Depuis 2014, Charlotte Gentric et David Cholez, ont collecté plus d’un million de déchets difficilement recyclables pour le compte de TerraCyle. En échange, ces particuliers récoltent de l’argent pour leurs assos

Fabrice Pouliquen
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Charlotte Gentric, habitante de Saint-Maurice, dans le Val de Marne, a collecté plus d'un million de déchets contre dons depuis 2014 en participant à des programmes de Terra Cycle.
Charlotte Gentric, habitante de Saint-Maurice, dans le Val de Marne, a collecté plus d'un million de déchets contre dons depuis 2014 en participant à des programmes de Terra Cycle. — F. Pouliquen/20 Minutes
  • L’une à Saint-Maurice, dans le Val-de-Marne, l’autre près de Nîmes, Charlotte Gentric et David Cholez ont un point commun : celui d’avoir mis au point des réseaux de collecte efficace de déchets.
  • Des gourdes de compotes, des emballages de pains spéciaux, des brosses à dents… Chaque année, depuis 2014, ils ramassent plusieurs centaines de milliers de ces déchets difficilement recyclables.
  • Direction TerraCycle près de Lille qui s’est fait une spécialité de ces déchets. La contrepartie pour Charlotte et David ? De l’argent. Ou plutôt des dons dont ils font profiter leurs associations. Depuis 2014, ils ont chacun dépassé les 10.000 euros.

La mécanique est bien huilée depuis le temps que Charlotte Gentric l’a mise en place dans sa commune, à Saint-Maurice (Val de Marne). Un carton est déposé à l’entrée de l’annexe de la bibliothèque et entouré d’indications précisant bien la nature des déchets qu’il faut déposer dedans. En ce moment, il s’agit des gourdes de compote et des emballages de pains ou de viennoiserie.

Les habitants le remplissent peu à peu, jusqu’à ce que Charlotte Gentric fasse la relève. « Une fois tous les quinze jours », raconte-t-elle. Un autre carton est installé à la bibliothèque principale, un autre encore dans une école primaire du centre-ville, relevé à la même fréquence. Et il n’est pas rare, désormais, que la mère de famille soit directement contactée par des personnes qui apportent des cartons remplis des déchets recherchés.

Un million de déchets collectés depuis 2014

Tous les cartons passent ensuite par le box de Charlotte Gentric, au sous-sol de sa résidence. Elle trie les déchets pour écarter les erreurs et lorsque ses collectes ont atteint les poids suffisants – « 30 kg par exemple pour les gourdes de compotes », précise-t-elle-, elle les envoie via l’entreprise postale UPS, sans frais pour elle, à Troisvilles, dans la région lilloise, où TerraCycle, entreprise du secteur du recyclage, possède son centre de tri.

Depuis 2014, la Francilienne a ainsi collecté plus d’un million de déchets pour un poids total de 22 tonnes. Des gourdes de compote, des emballages de pains et brioches donc, mais aussi des brosses à dents, des capsules de café, des stylos et autres fournitures (surligneurs, feutres, correcteurs), des emballages de produits cosmétiques, des collants… Bref, tous ces déchets plastiques « techniquement recyclables, mais qui ne le sont pas dans les filières de tri classique, faute de véritables marchés derrière » explique Alyssa Cau, chargée de relations publiques à TerraCycle. « Ils finissent enfouis en décharge ou brûlés, ce qui constitue, à nos yeux, les deux moins bonnes solutions de traitement », complète Aurélien Dumont, chargé des relations adhérents au sein de Zero Waste, ONG qui promeut la démarche Zéro déchets.

Des déchets contre des dons

De ces plastiques peu considérés, TerraCyclé, créée aux Etats-Unis en 2001, s’en est fait une spécialité. « Nous les trions de nouveau, avant de les nettoyer et les broyer pour en faire des granulés plastiques », reprend Alyssa Cau. Ces derniers sont ensuite vendus à des entreprises manufacturières qui les font entrer dans la composition de nouveaux produits en tout genre. Des meubles, des arrosoirs, des poubelles, des revêtements pour les aires de jeu ou les terrains d’athlétisme.

En mars 2021, TerraCycle disait ainsi avoir recyclé 7,762 milliards de déchets à travers les 21 pays où elle opère. Tous, au départ, collectés par des particuliers. Plus de 202 millions de personnes à travers le monde, revendiquait l’entreprise. C’est la pierre angulaire du système de collecte mis en place par TerraCycle. Elle lance des programmes de recyclage en partenariat avec des entreprises qui mettent sur le marché ces déchets difficilement recyclables*. Une vingtaine sont en ce moment ouverts en France. S’y inscrit qui veut, du moment qu’il est majeur et qu’il reste encore de la place. A ces bénévoles ensuite d’organiser leur système de collecte et de constituer leurs brigades.

La contrepartie ? De l’argent. Ou, plus précisément, des dons. Chaque déchet recyclé rapporte des fonds à la brigade qui l’a collecté qu’elle peut ensuite redistribuer à l’association de son choix. Les règles changent selon les programmes. Une gourde de compote collectée rapporte, par exemple, un point qui sera échangeable contre 0,01 euro.

20.000 euros collectés en huit ans

Ça fait peu dit ainsi. Tout de même, l’an dernier, Charlotte Gentric a collecté 1.639 euros et « plus de 10.000 euros en huit ans », précise-t-elle. La mère de famille en fait profiter essentiellement** « Teckel sans doux foyer », association dont elle est membre et qui recueille les teckels abandonnés, les soigne, les place en familles relais jusqu’à leur trouver un nouveau foyer.

Si cette somme n’est pas la principale entrée d’argent de l’association, « elle reste très appréciable, surtout lorsque les dons de particuliers tendent à baisser », reprend Charlotte Gentric. Ce n’est pas David Cholez qui dira le contraire. Depuis Marguerittes, dans la périphérie de Nîmes, le Gardois est un autre bénévole très actif dans la collecte des déchets pour TerraCycle. Au point, lui aussi, d’avoir passé le cap du million de déchets collectés depuis qu’il a commencé, en 2014 lui aussi. « On devrait même être à 2 millions d’ici la fin de l’année », anticipe-t-il.

David Cholez aussi a commencé par faire le tour des écoles environnantes pour trouver des déchets, au point de devenir « Monsieur collecte » pour les écoliers. « Mais, maintenant qu’on est bien identifié, on est très régulièrement appelé par des particuliers qui se proposent de collecter des déchets dans leur entourage et de nous les envoyer ou de passer les chercher », raconte-t-il. Voilà comment le Gardois parvient désormais à recueillir entre 300.000 et 400.000 déchets par an désormais. « Ce qui nous a permis de recueillir 4.000 euros par an ces dernières années et 20.000 euros en huit ans », précise-t-il. Ces dons profitent à l’association « Le marathon de la prématurité » qu’il préside pour venir en aide aux parents d’enfants nés prématurés. « Nous leur trouvons des solutions d’hébergements ou nous leur finançons leurs trajets entre leur domicile et l’hôpital, parfois très éloigné, détaille-t-il. Nous achetons aussi du matériel comme des coussins d’allaitement ou des veilleuses. »

Garder en tête que le meilleur des déchets est celui qu’on ne produit pas ?

Pour David Cholez, ces collectes pour TerraCycle permettent de faire coup double, « en permettant de réunir, relativement facilement désormais, jusqu’à un tiers du budget de l’association, tout en faisant un bon geste pour l’environnement », lance-t-il. Sur le dernier point, Aurélien Dumont, à Zéro Waste, nuance tout de même. « Il y a un manque de transparence de la part de TeraCycle sur ce que deviennent concrètement les déchets, regrette-t-il. Quelle part est véritablement recyclée ? Et comment fait l’entreprise pour les plastiques pour lesquels il n’existe pas aujourd’hui de solution de recyclage ? » « Nous ne lançons des programmes de recyclage que pour les déchets dont nous savons en amont que nous pourrons les valoriser, rétorque-t-on à TerraCycle. Et ce sont les partenariats que nous nouons avec les entreprises qui nous permettent de lever le frein économique auquel sont confrontées les filières de tri classiques. »

C’est le deuxième bémol alors d’Aurélien Dumont : « Il ne faudrait pas que ces collectes qu’organise TerraCycle soient le prétexte pour les entreprises qui utilisent ces emballages difficilement recyclables de ne pas chercher à les améliorer voire, mieux, à les réduire », insiste-t-il, en rappelant que cela doit être la priorité aujourd’hui. David Cholez et Charlotte Gentric disent avoir bien conscience de ces limites. Mais c’est aussi le point positif des huit années de collectes qu’ils ont désormais derrières eux. A force, ils sont devenus des grands connaisseurs du recyclage, identifiés comme tel dans leurs villes au point d’intervenir régulièrement dans les écoles. « Et le premier message est toujours de dire que le meilleur des déchets est celui qu’on ne produit pas », assure Charlotte Gentric.

*C’est par exemple Materne pour le programme de recyclage ciblant les gourdes de compotes. « Ce qui ne veut pas dire qu’on ne ramasse que les déchets de cette marque », précise Charlotte Gentric.

Charlotte Gentric reverse aussi une partie des dons à l’association Les Etincelles de Loucas, un petit garçon originaire de l’Aube qui est Infirme Moteur Cérébral (IMC) de naissance.