Marseille : « Bonne idée » ou « scandaleux » ? Le pass pour accéder à la calanque de Sugiton divise les Marseillais

BIODIVERSITE Cet été, pour la première fois, l’accès à la calanque de Sugiton à Marseille sera limité, sur réservation via un QR Code

Mathilde Ceilles
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La calanque de Sugiton va être soumis à des quotas de fréquentation à partir de cet été
La calanque de Sugiton va être soumis à des quotas de fréquentation à partir de cet été — Mathide Ceilles / 20 Minutes
  • Pour la première fois, cet été, le parc national des Calanques va instaurer un pass pour limiter le nombre de visiteurs dans la calanque de Sugiton.
  • A Marseille, certains de nos lecteurs applaudissent, au nom de la préservation de l’environnement.
  • D’autres réclament toutefois des facilités pour les locaux, et craignent que les touristes viennent les priver de ce site emblématique de la cité phocéenne.
  • Un retour d’expérience est prévu pour l’automne.

EDIT du 23 juin 2022 : Les réservations pour accéder, dimanche, à deux criques de Marseille, ont ouvert ce jeudi 23 juin sur le site du Parc national des Calanques, qui limite cet été à 400 personnes par jour la fréquentation de ces espaces naturels méditerranéens fragilisés [contre 2.500 habituellement au coeur de l'été]. L'ouverture de ces réservations est l'occasion pour la rédaction de 20 Minutes de vous proposer à la relecture les témoignages de nos lecteurs qui, pour beaucoup, applaudissent l'initiative, au nom de la préservation de l’environnement. A noter que la rédaction marseillaise sera, dimanche, à Sugiton pour vivre avec vous cette première dans un parc national français. Rendez-vous donc dans trois jours sur  @20minutesMars

C’est une première en France. Face l’hyperfréquentation de la calanque de Sugiton, menacée d’érosion en raison des 2.000 personnes qui fréquentent le site durant l’été, le parc national des Calanques a décidé de restreindre l’accès à cesiteemblématique de Marseille . Désormais, la visite se fera uniquement sur réservation les 26 juin, 3 juillet et tous les jours du 10 juillet au 21 août. Trois jours avant leur venue, à 9 heures, et jusqu’à la veille 18 heures, les visiteurs devront réserver un pass sur une plateforme de réservation, mise en œuvre par la start-up marseillaise Troov, et ce, pas plus de huit fois durant la période de restrictions.

Après avoir rentré nom, prénom, mail et numéro de téléphone, ce pass, valable pour cinq personnes la journée entière, génère un QR code à présenter à deux agents de sécurité présents sur la zone restreinte, ou aux forces de l’ordre qui feront des contrôles sur la plage. Seules 400 personnes pourront accéder à cette zone de 9,5 hectares qui comprend la plage et l’arrière-plage. « L’objectif est de limiter l’érosion de la pinède, maintenir la capacité de renouvellement du paysage et éviter de mettre un processus irréversible », détaille François Bland, le directeur du parc des Calanques

« C’est dommage mais nécessaire »

Une mesure qui divise les lecteurs de 20 Minutes. « C’est dommage mais nécessaire, estime Jean-Paul. L’affluence en plein été dégradait le site, et supprimait tout le charme et la beauté du site. » « La protection de cet espace naturel, comme pour Porquerolles, reste primordiale, abonde Murielle. Les sauver reste la priorité. » « Les sites naturels d’exception doivent à tout prix être préservés au même titre qu’une œuvre d’art, acclame Fabienne. De tels sites se méritent. »

« Un bus ou un cinéma n’accueille pas plus de passagers ou de spectateurs qu’ils ne peuvent en accueillir, note Sabine. Si on veut une place assurée, on réserve. Personne ne trouve cela scandaleux. Si cela peut préserver le site, cette mesure est une très bonne idée. » « Je trouve raisonnable d’instaurer un permis de visite, juge Sam. En 2019, j’étais aux calanques. J’ai tellement vu de vacanciers jeter leurs déchets de pique-nique et même des couches de bébé, des canettes partout. C’était désespérant. »

Un laissez-passer pour les Marseillais ?

La mesure suscite toutefois une certaine inquiétude. « C’est très bien d’instaurer ce permis de visite, étant donné l’invasion intensive de nos calanques, concède Guenoden. J’espère surtout que ça ne sera pas les cars de touristes qui en bénéficieront en priorité… Je trouve bien triste que nous devions arriver à ce genre de situation. Ces calanques sont protégées depuis des années par les Marseillais. »

« C’est très bien de limiter l’accès aux calanques pour préserver le patrimoine naturel, clame Elodie. Cependant, je pense qu’il faudrait aménager quelques dispositions pour cela ne défavorise pas trop les Marseillais au profit des touristes. En effet, en tant que touriste, on va davantage anticiper nos excursions, parfois plusieurs semaines en avance, alors qu’en tant que local, on prévoit nos balades d’une semaine à l’autre, parfois moins. Ce serait dommage que toutes les entrées soient prises d’assaut par des touristes et qu’il n’y ait plus de place pour les locaux. Pourquoi pas des quotas distincts ? » « Cela existait déjà sous le maire, Monsieur Defferre, se souvient Paule. On allait à la mairie chercher le document et à cette époque, on devait être résident à Marseille. »

Un retour d’expérience à l’automne

Une option que le parc national des Calanques dit ne pas avoir retenue, estimant que les calanques appartenaient à tout le monde. « Scandaleux, s’offusque Hubert. Ce parc a supprimé l’aire de jeux des Marseillais. » « Cela fait dix ans que le parc national s’est approprié notre patrimoine naturel en imposant de plus en plus de restrictions aux Marseillais qui deviennent jour après jour de plus en plus insupportables, peste Nicolas. De quel droit peut-on nous restreindre un accès libre à la nature, surtout quand cela fait des générations que nous la respections ? Nous n’avons jamais eu besoin d’un parc national pour que notre site reste merveilleux. Je trouve donc cette mesure odieuse et injuste. » « Nombre de personnes vont se retrouver devant la barrière sans avoir réservé en ligne, pronostique Guillaume. Pas sûr que ça les décourage qu’ils ne trouvent pas un autre moyen d’accès. »

Le parc insiste sur l’aspect expérimental de cette mesure, qui fera l’objet d’un suivi scientifique et d’une enquête sociologique auprès des visiteurs, avant un retour d’expérience prévue pour l’automne 2022. « L’expérimentation sera réussie s’il y a une renaturation emblématique du site et si les citoyens ont bien adhéré à cette mesure », estime François Bland.