Méditerranée : A Nice, une équipe de scientifiques essaie de protéger des algues brunes menacées

BIODIVERSITE MARINE Les cystoseires sont des algues brunes endémiques à la Méditerranée et qui sont menacées de disparaître. Au laboratoire Ecoseas de l’université Côte d’Azur, une équipe de scientifiques a pour projet de la sauvegarder grâce à de la restauration de cette forêt marine

Elise Martin
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Une forêt de cystoseires en Méditerranée (Illustration)
Une forêt de cystoseires en Méditerranée (Illustration) — L. Passeron Mangialajo
  • Les cystoseires se trouvent en surface pour certaines espèces et jusqu’à 60 m de profondeur pour d’autres.
  • Ces algues brunes endémiques à la Méditerranée sont menacées par la pollution, la destruction de leur habitat et la surpêche des prédateurs des herbivores.
  • L’équipe de scientifiques qui travaille au laboratoire Ecoseas de l’UCA réimplante dans son milieu naturel ces végétaux après les avoir cultivés en laboratoire.

« C’est comme une forêt de chênes mais sous l’eau, un des écosystèmes méditerranéens les plus complexes et fragiles », voilà comment Luisa Passeron Mangialajo, chercheuse à l’université Côte d’Azur (UCA) au laboratoire Ecoseas, illustre le rôle des cystoseires, algues brunes endémiques qui se trouvent uniquement en Méditerranée et qui sont menacées de disparaître.

« Il y a des canopées, des sous-bois, elle sert de refuge, de nourricerie et offre de la nourriture pour d’autres espèces. Les forêts de cystoseires ont un rôle primordial dans la productivité des écosystèmes et dans le maintien de la biodiversité. Si elles venaient à disparaître, ça aurait les mêmes conséquences que si une forêt sur la Terre disparaissait. » C’est pour toutes ces raisons que cette chercheuse, qui travaille depuis 2007 sur l’écologie marine, essaie de préserver ces espèces avec son équipe au laboratoire Ecoseas.

La surpêche des prédateurs des oursins, une des causes de la disparition des cystoseires

« Certaines espèces de cystoseires se trouvent en surface, d’autres jusqu’à 60 m en profondeur, développe la scientifique. En quelques dizaines d’années, on en a perdu énormément, notamment dans les zones urbaines car elles sont très sensibles à la pollution. Elles subissent également la destruction de leur habitat avec la construction de port ou de jetées mais aussi des perturbations physiques [piétinement, ancres des bateaux]. Leur plus grande menace, c’est la prolifération d’herbivores comme les oursins, notamment à cause de la surpêche de leurs prédateurs. »

C’est ce qu’on appelle une « cascade trophique ». Luisa Passeron Mangialajo précise : « En pêchant de manière intensive les prédateurs des oursins [sars, dorades…], ces derniers se multiplient et broutent les algues en créant des véritables déserts sous-marins, que l’on appelle barren grounds. »

Réimplanter les espèces

Le laboratoire Ecoseas a alors pris les choses en main à travers le projet européen Afrimed de restauration écologique dans les forêts marines. En partenariat avec sept autres pays, ils ont identifié les sites prioritaires pour agir.

Sur la Côte d’Azur, ce projet pilote est testé dans des sites Natura 2000, à des endroits où les cystoseires sont encore présentes mais aussi là où elles ont disparu. « On a des données qui nous prouvent qu’il y avait des algues à certains endroits dans les années 1970. Ce qu’on contrôle moins, ce sont les causes de leur disparition. »

L’équipe de Luisa Passeron Mangialajo collecte alors des « graines » au moment où les algues se reproduisent, les étudient, les cultivent en laboratoire pour les réimplanter ensuite dans leur milieu naturel. « On place des supports, sur lequel il y a des petites pousses et on les protège, autant que possible, des herbivores », précise la professeure. Deux expériences sont en cours et seront suivies tout l’été. Pour être sûr qu’elles fonctionnent, « il faut attendre au moins un an pour voir si elles se sont capables, à leur tour, de se reproduire »