Toulouse : Ils créent des vélos cargos sur-mesure en recyclant de vieux VTT démodés

UPCYCLING Deux Toulousains ont créé Botch Cargo Bikes, une coopérative qui utilise les cadres de vieux VTT en acier pour en faire des vélos cargos, de plus en plus tendance en milieu urbain

Béatrice Colin
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Thomas et Jean, les deux associés de
Thomas et Jean, les deux associés de — B. Colin / 20 Minutes
  • Utilisés par des professionnels ou des particuliers, les vélos cargos sont de plus en plus nombreux en ville.
  • A Toulouse, deux entrepreneurs ont créé Botch Cargo Bikes, une coopérative qui utilise de vieux cadres de VTT démodés pour les transformer en vélos cargos sur-mesure et personnalisables.
  • Avec cette démarche de surcyclage – faire du neuf de qualité avec du recyclé –, les deux Toulousains ont l’idée de faire du vélo cargo un objet d’utilité sociale.

Alors que les vélos vintage ont le vent en poupe et investissent les pistes cyclables des centres-villes, dans les caves des particuliers français dorment des milliers de VTT passés de mode. Après avoir été le top du top dans les années 1980 et 1990, ces deux roues tout-terrain ne trouvent plus preneurs. Pire, ils finissent dans les poubelles et déchetterie.

Ils ont tout de même tapé dans l’œil d’un duo de Toulousains qui a décidé de se lancer dans la conception de vélo cargo et de sortir de l’ornière ces cadres d’acier, hyperrésistants, mis au rebut parce que moins bankables que d’autres vieux biclous. « En France, 1,5 million de vélos sont jetés chaque année et 10 à 15 millions se trouvent dans les garages », rappelle Thomas Gras, l’un des cofondateurs de Botch Cargo Bikes qui a eu l’idée de donner une seconde chance à certains d’entre eux.

C’est en devenant il y a quelques années livreur à Bruxelles, où il était étudiant, qu’il est « tombé amoureux » du concept de vélo cargo. Après avoir été journaliste en Russie, de retour en France, il a peaufiné son projet avant de se lancer dans un projet d’atelier de vélo cargo sur-mesure. Entre-temps, la crise sanitaire aidant, ce mode de déplacements avait trouvé de nouveaux adeptes, qu’ils soient entrepreneurs ou simples particuliers l’utilisant pour transporter leurs enfants. La mise en place des Zones à faible émission a aussi poussé certains à réfléchir sur la manière de se déplacer en ville.

Sur-mesure et personnalisable

Après s’être formé au métier de cadreur et mécanicien cycle, il a croisé la route de Jean Lagard, chaudronnier de formation. Après s’être fait la main en assemblant des vieux VTT et des vélos d’enfants, les deux passionnés ont décidé de passer à la vitesse supérieure et ont créé en début d’année leur entreprise. Ce sont des artisans italiens qui leur fournissent la partie avant. Et eux s’occupent de tout le reste. « Nous récupérons la majorité des cadres auprès de la Maison du vélo mais parfois certaines personnes veulent qu’on utilise leur vieux VTT ou celui de leur père car ce vélo a une histoire. Après ils choisissent la taille de leur cargo, long ou court, la couleur est aussi personnalisable », poursuit Thomas.

Dans leur atelier du quartier des Minimes, les deux associés de cette coopérative sélectionnent les cadres, les recalibrent, soudent et assemblent ensuite les différentes pièces avant que leurs clients viennent en prendre possession dans un délai de deux à trois mois pour environ 2.200 euros selon les modèles. Mais ils ont aussi la possibilité de les livrer en format kit cadre à monter soi-même ou à l’atelier et disponible dans un délai d’un à deux mois. Et ils sont neufs, mêmes s’ils sont composés de pièces issues de vélos recyclés « car on refait tout ». Certains des utilisateurs se posent la question de l’électrifier, mais la plupart préfèrent le garder sans assistance.

Un outil d’utilité sociale

Depuis leur lancement, ils en ont vendu à des professionnels qui travaillent en centre-ville mais aussi à des passionnés de deux-roues, qu’ils soient de Nantes, Paris ou Toulouse. Comme Fabrice, un artisan qui fait de la rénovation et sillonne désormais les rues de la Ville rose sur son vélo cargo d’entreprise. « J’avais déjà une politique vélo, mais j’avais du mal à tout transporter dans mes sacoches. Ce qui m’a motivé c’est de pouvoir circuler et me garer en centre-ville avec, j’y mets ma caisse à outils et mes sacs de ciment. Pour les autres matériaux, je me les fais livrer et le vélo cargo m’évite tous les petits trajets que je faisais en camion. Ça fait des économies d’essence et c’est aussi écologique », relève le Toulousain qui croise beaucoup de livreurs qui ont opté pour cette solution mais aussi quelques artisans.

« Aujourd’hui il y a une tendance de fond. En 2020, 11.000 pièces ont été vendues, en hausse de plus de 300 %. Le vélo ne remplace pas tout, mais le vélo cargo c’est l’équivalent d’une fourgonnette ou d’une petite voiture pour un usage de tous les jours. C’est un bel outil d’utilité sociale, il doit se faire une place et notre objectif c’est d’inonder les rues de vélos cargos », conclut Thomas qui veut à terme relocaliser l’ensemble des éléments de fabrication en France, quand une grande partie des vélos cargos sont aujourd’hui produits à l’autre bout du monde.