Présidentielle 2022 : Poser les bases de la planification, le premier chantier écologique d'Emmanuel Macron ?

ECOLOGIE En fin de campagne, Emmanuel Macron aura fini par parler d’écologie, s’engageant à nommer un Premier ministre en charge de la planification écologique. De quoi faire de la composition du gouvernement le premier chantier environnemental du quinquennat ?

Fabrice Pouliquen
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Un manifestant pendant la Marche pour le climat à Paris, le 21 septembre 2019.
Un manifestant pendant la Marche pour le climat à Paris, le 21 septembre 2019. — Alexis Orsini/20 Minutes
  • Emmanuel Macron a remporté dimanche la présidentielle avec 58,5 % des voix. Un score large sur le papier, mais le président a conscience qu’un grand nombre d’électeurs ont voté pour lui afin de faire barrage à l’extrême droite.
  • S’il y a bien un domaine où le président sera attendu au tournant, c’est celui de l’écologie. Emmanuel Macron a fini par en parler en toute fin de campagne, s’engageant à aller deux fois plus vite sur la baisse des émissions de gaz à effet de serre.
  • Il a aussi promis un Premier ministre chargé de la planification écologique. Les ONG veulent en savoir plus désormais. « Un premier chantier écologique sera déjà la composition du gouvernement », glisse Pierre Cannet, directeur du plaidoyer au WWF.

Ce second mandat « sera écologique ou ne sera pas », assurait Emmanuel Macron, depuis les jardins du palais du Pharo, à Marseille. C’était le 16 avril, en plein entre-deux-tours, lors  d'un meeting très axé les thématiques environnementales. En la matière, il annonçait vouloir aller deux fois plus vite dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Bien qu’élu avec 58,5 % des voix, il disait avoir conscience, dimanche soir, que de nombreux François lui ont donné sa voix « non pour soutenir les idées que je porte, mais pour faire barrage à celles de l’extrême droite ». « Ce vote m’oblige », poursuivait-il, signe qu’il ne s’attend pas à ce qu’il y ait un état de grâce mais qu’il soit attendu au tournant par les Français. En particulier sur les enjeux écologiques ?

La planification écologique, séduisante sur le papier ?

« On a évité le pire avec Marine Le Pen, qui laissait craindre une grosse marche en arrière sur le climat », estime le patron de Greenpeace France, Jean-François Julliard, interrogé par l’AFP. Mais cette réélection d’Emmanuel Macron ne fait pas non plus sauter de joie les ONG et activistes du climat. « Il y a des doutes légitimes quand on voit le quinquennat dont on sort, fait de renoncements et de recul sur le front climatique et écologique », tacle Sarah Fayolle. La chargée de campagne pour Greenpeace France n’a pas été plus rassurée par la vision présentée pour la suite par le président. « Son programme ne présentait rien de fort et de solide qui laisserait entendre qu’il a vu enfin la lumière », estime-t-elle.

Certes, Emmanuel Macron a multiplié les gages donnés à l’électorat de Jean-Luc Mélenchon et de Yannick Jadot dans la dernière ligne droite de l’entre-deux-tours. « Et jusqu’à son discours au Champ-de-Mars », note Pierre Cannet, directeur du plaidoyer à WWF France. Dans le lot, la promesse, faite aussi à Marseille, de nommer un Premier ministre de « la planification écologique ». « Un terme pris à Jean-Luc Mélenchon », rappelle Sarah Fayolle. L’idée est séduisante sur le papier, concèdent les ONG, qui insistaient déjà lors du premier quinquennat sur la nécessité de ne pas faire de la lutte contre le changement climatique l’affaire du ministère de la Transition écologique seulement. « Mais pour l’instant, ça reste très flou, estime Anne Bringault, coordinatrice des programmes du  Réseau Action Climat (RAC). S’il s’agit seulement d’acter que Matignon décidera, ça ne changera pas grand-chose. En revanche, si le principe est de rendre le Premier ministre redevable du respect des objectifs climatiques de la France et de faire en sorte que ses ministres veillent au respect des budgets carbone [quantités maximales d’émissions allouées] dans leurs secteurs, alors ça peut être intéressant. »

Le premier chantier ? La composition du gouvernement

Pierre Cannet s’attend à avoir déjà une idée plus précise lors de la composition du premier gouvernement que couchera Emmanuel Macron. « C’est le premier chantier écologique de son deuxième quinquennat, estime-t-il. Nous verrons l’ambition qu’il rattache à cette planification écologique ». Le directeur du plaidoyer du WWF sera attentif aux compétences et expériences de chacun des ministres et à la cohérence globale pour éviter les blocages et les refus de dialogues passés, notamment entre les ministres de l’Agriculture ou de l’Economie et celui de la Transition écologique.

Mais tout n’est pas qu’une question de nom. Pierre Cannet et Anne Bringault espèrent aussi en savoir plus, très vite, sur la méthode et les garanties pour mener à bien cette planification écologique. Avant les législatives là encore. « L’enjeu est d’assurer, par de nouveaux outils, que toutes les décisions prises dans ce quinquennat répondent également à l’urgence climatique et d’érosion de la biodiversité », insiste le premier. « Qu’aucune ne soit contradictoire avec les budgets carbone que s’est fixés la France, secteur par secteur, dans la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) », ajoute Anne Bringault.

Les ONG cogitent depuis longtemps sur le sujet. Le WWF propose par exemple le passe climatique, qui prévoit notamment de créer une institution indépendante pour évaluer et garantir la conformité des politiques françaises avec nos engagements climatiques. Une mission taillée, en théorie, pour le Haut conseil pour le climat (HCC). Cette instance de douze experts a été créée en novembre 2018 à la demande d’Emmanuel Macron pour apporter un regard indépendant sur  la politique du gouvernement en matière d’environnement. « Mais elle a déjà très peu de moyens pour remplir sa mission », déplore Anne Bringault.

Des chantiers d’envergure à lancer sans attendre

Reste qu’avec la planification écologique, on parle surtout de méthode. Le but à atteindre reste la réduction drastique de nos émissions de gaz à effet de serre dans la décennie 2030. Doubler le rythme de baisse de ces émissions (lire encadré), le cap que fixe Emmanuel Macron, n’est même pas le bon, pointe Sarah Fayolle. « Il faudra aller encore plus vite pour rester sur la trajectoire de l’accord de Paris », indique-t-elle, avant de lister les chantiers d’envergure qu’il faudrait lancer immédiatement ou du moins accélérer. « C’est par exemple le déploiement des énergies renouvelables, sur lequel nous sommes le pays le plus en retard en Europe, déplore-t-elle. Mais aussi le sujet de la régulation des grandes entreprises, en leur imposant des baisses de leurs émissions, la transition des secteurs les plus polluants (transports, agriculture…), la rénovation énergétique des bâtiments, une meilleure prise en compte des enjeux de biodiversité… »

Sur ces sujets également, les ONG regrettent qu’Emmanuel Macron soit resté en surface pendant la campagne. Mais des échéances politiques à venir permettront rapidement de mesurer l‘ambition réelle du président. Elles sont notamment européennes. « Dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC), les Etats membres doivent présenter  un plan stratégique national déclinant de quelles façons ils dispatcheront localement les aides allouées, illustre Anne Bringuault. La France s’est déjà vue retoquer une première copie par la Commission européenne, car jugée trop peu ambitieuse sur le volet climatique ». Elle devra présenter une seconde d’ici à juin. « Espérons cette fois-ci que ce plan ne s’appuie pas uniquement sur le numérique et la robotique pour assurer la transition du secteur », reprend la coordinatrice des programmes du RAC. Au niveau national, Sarah Fayolle donne surtout rendez-vous en septembre, avec le début de l’examen du projet de loi finance 2023. « Un dossier crucial puisqu’il s’agira de discuter de comment on dépense l’argent public…. A la transition écologique ou à des activités polluantes ? »

Doubler le rythme de baisse des émissions, un cap insuffisant ?

C’est une autre promesse du discours de Marseille, le 16 avril. Emmanuel Macron a promis d’aller deux fois plus vite sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre française. En fixant ce cap, il se réfère à son premier quinquennat pour lequel il assure déjà avoir déjà doublé le rythme de baisse des émissions françaises. Entre fin 2017 et 2021, cette baisse était de l’ordre de 9,2 % sur les, contre 5 % sous Hollande, décryptait Libération, le soir du débat d’entre-deux-tours. "Mais il faut préciser que les cinq dernières années ont été marquées par la crise du Covid-19 qui a fait baisser fortement et artificiellement les émissions en 2020, rappelle Pierre Cannet. Celles-ci étaient déjà reparties à la hausse l’an dernier (+6,2 %)." Il faudra donc faire plus que doubler le rythme de réductions des émissions dans les cinq ans à venir, insiste-t-on au WWF comme à Greenpeace. Et sans l’aide de crises majeures comme celle du covid. Du moins espérons-le.