Bouches-du-Rhône : Le delta du Rhône, où se rencontrent eau douce et eau salée, va accueillir en 2023 une « centrale osmotique »

ENERGIE RENOUVELABLE La compagnie nationale du Rhône espère tirer parti d’une technologie innovante pour exploiter ce gisement d’électricité verte qui pourrait fournir, à terme, deux fois les besoins en électricité de la ville de Marseille

Caroline Delabroy
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La mer submerge les terres du delta du Rhône dans le parc régional de Camargue suite à de fortes précipitations.
La mer submerge les terres du delta du Rhône dans le parc régional de Camargue suite à de fortes précipitations. — GERARD JULIEN / AFP
  • A partir de fin 2023, une installation pilote de la Compagnie nationale du Rhône commencera à produire une énergie 100 % renouvelable et permanente dans le delta du Rhône.
  • Développée par Sweetch Energy, cette technologie d’énergie osmotique utilise la différence de salinité entre l’eau douce du fleuve et l’eau de mer.

De l’électricité verte correspondant à deux fois la consommation annuelle de la ville de Marseille. Le tout produit dans le delta du Rhône, en Camargue, par la rencontre des eaux salées de la mer et de l’eau douce du fleuve. C’est le pari que fait la Compagnie nationale du Rhône, concessionnaire pour la production d’hydroélectricité du fleuve, à l’horizon 2030. Dès 2023, un premier site pilote va être lancé sur le territoire en partenariat avec Sweetch Energy, une start-up spécialisée dans l’énergie osmotique, le nom, donc, de cette énergie renouvelable.

« C’est de l’énergie massivement disponible sur la planète et qui n’est pas du tout exploitée, explique Nicolas Heuzé, le CEO et cofondateur. Dans tous les estuaires, tous les deltas, il y a de l’énergie qui se libère. Chaque année, elle représente l’équivalent de 30.000 Térawatt-heure (TWh), quand la consommation d’électricité à l’échelle mondiale est aujourd’hui de 26.000 TWh. » A l’écouter, l’énergie osmotique représente l’avantage d’être aussi permanente, contrairement à l’éolien ou au solaire par exemple. « C’est un atout très fort qui repousse les frontières de l’énergie renouvelable », sourit Nicolas Heuzé.

Le schéma de la centrale osmotique, projet pilote dans le delta du Rhône
Le schéma de la centrale osmotique, projet pilote dans le delta du Rhône - Sweetch Energy

Un delta à haut potentiel

Que les échanges d’eau opèrent, par un phénomène d’osmose, un échange d’ions et produisent, in fine, de l’énergie, la chose n’est pas vraiment nouvelle. En revanche, la start-up a développé une technologie qui permet d’envisager une exploitation à grande échelle. « En s’appuyant sur des travaux de recherche, nous avons réussi à mettre au point des membranes où circule l’eau vingt fois plus performantes et cinq à dix fois moins chères qu’actuellement », assure Nicolas Heuzé. La centrale pilote vise ainsi à valider les éléments techniques du système. Un premier pas avant d’industrialiser cette énergie, pour tirer parti du potentiel des 4 millions de mégawatts du delta du Rhône.

L’emplacement précis sur l’embouchure du Rhône sera validé au cours du deuxième trimestre 2022, il n’a pas encore été divulgué. « Evidemment, nous allons aussi utiliser le site de la centrale pour réaliser des études environnementales et vérifier qu’on ne va pas perturber un écosystème existant », veut rassurer le CEO de Sweetch Energy, qui souligne « qu’il n’y a pas de rejet de produits chimiques ou quelconques intrants dans l’eau ».

« Small is beautiful »

Pour Jean-Luc Moya, administrateur de France Nature Environnement dans les Bouches-du-Rhône, le projet n’est pas assez avancé pour s’en faire encore une opinion. « On est favorable à toutes les formes d’énergie renouvelable, la crise actuelle ne fait que confirmer la nécessiter de développer les énergies alternatives, dit-il. Après, cela s’analyse au cas par cas, il n’est pas question d’apporter un blanc-seing. Le delta du Rhône est une réserve de biosphère exceptionnelle, une zone humide d’importance nationale très surveillée. »

Il attend, notamment, d’en savoir plus sur le dimensionnement du projet. Auprès de 20 Minutes, Sweetch Energy évoque une unité de « 150 à 200 m², mais qui pourrait se faire sur plusieurs niveaux, sous-sol compris, pour limiter l’emprise au sol ». « Pour la superficie, le démonstrateur prendra la forme de 2 ou 3 conteneurs dans lesquels seront intégrés les systèmes de circulation d’eau au travers d’empilements de membranes, on est donc sur une emprise au sol faible », avance de son côté, la compagnie nationale du Rhône.

« Small is beautiful », rappelle Jean-Luc Moya en guise de slogan. En matière d’énergies renouvelables, continue-t-il, on peut vite passer « d’une logique de production d’énergie locale à une logique industrielle ». « Le delta est plutôt un lieu à protéger qu’à exploiter », dit en écho un autre défenseur de l’environnement, qui attend toutefois d’en savoir davantage sur ce site pilote d’énergie osmotique en Camargue.